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Les nausées

mercredi, juillet 22nd, 2009

luka Un des signes « sympathiques » de la grossesse particulièrement populaires chez les futures mamans (50 à 80% des femmes enceintes) : les nausées. J’ai déjà dit plusieurs fois sur ce blog tout le bien que je pensais de l’abruti qui a osé les qualifier de « matinales », et j’ajouterai juste qu’il mériterait de vivre une version adaptée du supplice de Sisyphe : vivre juste le premier trimestre de la grossesse et puis recommencer, encore et encore, pour l’éternité (*rire machiavélique*). Et même tarif pour l’inventeur du terme « signes sympathiques ». Pour ceux et celles qui ne visualisent pas bien, le premier trimestre est comme une sorte d’interminable gueule de bois, sauf qu’on n’a même pas la joie de la soirée bien arrosée de la veille (souvenez-vous de ce billet).

Personnellement, je milite pour qu’on soit mise en coma artificiel et nourrie par perfusion pendant le premier trimestre, parce que franchement il n’y a pas grand chose d’intéressant ou d’agréable : une fois la bonne surprise du test positif passée, reste à se traîner comme une loque toute la journée tout en tentant désespérément d’avoir l’air normal puisque souvent on ne veut pas encore l’annoncer (surtout au boulot). On a l’air ballonnée mais pas du tout enceinte, d’ailleurs on ne se sent pas enceinte, juste pas très bien. En prime on flippe de faire une fausse couche et on ne peut même pas se rassurer avec les mouvements du bébé (qu’on ne sent généralement pas avant 3-4 mois révolus). Qu’on nous réveille juste pour l’écho des 12 SA et puis après on se rendort jusque vers 3 mois – 3 mois 1/2. Ou au moins juste le 2ème mois, à qui je décerne sans hésitation la palme du mois le plus pourri des neuf. Bon je m’égare là… revenons à nos moutons.

En pratique, je ne pense pas qu’il y ait besoin de faire un dessin mais en gros les nausées de grossesse recouvrent différents symptômes : dégoûts, envie de vomir permanente, hauts-le-cœur, vomissements… Selon les femmes et les grossesses, on peut en ressentir plus ou moins (personnellement des nausées pour les deux grossesses mais très peu de vomissements par exemple). Dans certains cas, les vomissements peuvent être tellement fréquents qu’ils empêchent la femme de s’alimenter : on parle d’hyperemesis gravidarum, qui affecterait 0.3 à 2% des femmes enceintes. Cela conduit alors à une hospitalisation avec alimentation par intraveineuse. Cette pathologie peut être si violente que certaines femmes en arrivent à avorter d’un bébé qu’elles désiraient, en l’absence d’autre traitement. A toutes fins utiles, je signale le livre Beyond Morning Sickness d’Ashli McCall (que je n’ai pas lu…) consacré à cette pathologie, ainsi qu’une compilation de liens (en anglais) sur le sujet. Les nausées commencent généralement vers la fin du premier mois et peuvent s’arrêter brutalement à la fin du premier trimestre mais (moins fréquemment) se poursuivre plus tard voire jusqu’à la fin de la grossesse.

Comment lutter contre les nausées ? Malheureusement, l’approche médicale des « petits » maux de la grossesse en général et des nausées en particulier est encore empreinte de la misogynie paternaliste avec laquelle ils ont été historiquement abordés : encore un truc de bonne femme pour se rendre intéressante, de toute façon c’est psychosomatique (un peu comme les douleurs menstruelles). Si vous ajoutez à ça la crainte d’effets secondaires des médicaments sur le fœtus (d’autant plus que le premier trimestre est le plus sensible)… Le plus généralement, on prescrit des antiémétiques comme Vogalène, Motilium ou Primperan, ce n’est pas très glamour mais il vaut mieux les prendre en suppo (j’ai testé le Vogalène lyoc c’est juste infect). Et l’efficacité n’est pas garantie. Mais n’hésitez pas à réclamer à la personne qui vous suit de tester plusieurs médicaments, si le premier essayé ne marche pas. Dans d’autres pays on prescrit de la succinate de doxylamine (Donormyl en France) en combinaison avec la vitamine B6 (traitement recommandé par Fleur, fidèle de la basse-cour et trois grossesses hyperémétiques au compteur) : pourquoi ne pas en parler à la sage-femme ou au médecin ? Vous pouvez aussi vous en remettre aux médecines dites parallèles : acupuncture, ostéo, shiatsu etc. Attention aux huiles essentielles dont l’usage est fortement déconseillé pendant la grossesse (à voir avec un spécialiste). Enfin on trouve différents petits trucs :

  • manger quelque chose (biscotte, cracker ou autre) dès le réveil, avant même de se lever
  • manger régulièrement par petites quantités, ne pas attendre d’avoir trop faim
  • le gingembre aurait des propriétés antiémétiques : à prendre frais, en infusion, confit ou selon toute modalité qui vous paraît compatible avec votre estomac (pour les plus rétives il existe des capsules) ; le citron également (personnellement j’ai remplacé le thé que je ne supporte plus par une rondelle de citron dans de l’eau chaude avec éventuellement une pincée de gingembre en poudre, ça passe bien)
  • les aliments froids sentent moins fort (à part les fromages dégoulinants mais c’est interdit à cause de la listériose de toute façon) donc sont souvent mieux tolérés
  • le Coca est supposé être antivomitif (personnellement je ne supporte plus les boissons à bulles)
  • si on a du mal à boire (encore moi), privilégier les fruits et légumes très aqueux (ah la pastèque… mais pas évident de trouver un équivalent en hiver)

A mon avis, la meilleure façon de faire c’est de s’écouter : manger ce qui nous fait envie et éviter ce qui nous dégoûte. Même si ce qui nous fait envie est très atypique et traditionnellement écœurant. Et surtout si ça change tous les jours (c’est normal). Ca me rappelle la fois où j’ai supplié mon père de m’emmener manger un canard laqué au début de la grossesse du Poussin ; sa réponse : « Tu as la nausée et tu veux aller manger chinois ? Tu es vraiment enceinte. »

Évidemment, le plus probable est qu’aucun de tous ces trucs ne vous débarrassera vraiment des nausées, il faut donc apprendre à vivre avec (voir aussi l‘article de Maman travaille).

Autant que possible, éviter les situations les plus difficiles (odeurs désagréables, aliments répulsifs etc). Essayez d’avoir toujours sur vous quelques trucs à boire et à manger qui vous conviennent, en cas de petit creux impromptu (ignorer un petit creux en période de nausée se paye… cher…). Esclavagisez sans scrupule votre entourage pour obtenir satisfaction de vos envies : si vous pensez qu’un truc a des chances de ne pas retourner à l’envoyeur, il faut le tenter.

Si vous vomissez beaucoup, il faut anticiper. Lorsqu’un vomissement monte, on ne peut pas l’arrêter, on a donc très peu de temps si on veut conserver un minimum de dignité. Donc où que vous soyez essayez de repérer rapidement l’endroit le plus proche où vous pouvez vomir (toilettes, poubelle, plate-bande…). Pour les cas les plus difficiles, vous pouvez prévoir d’avoir sur vous un sac plastique (ou mieux, un sac à vomi de designer), et je vous recommande aussi un paquet de kleenex (faut-il que je vous raconte la fois où je suis sortie précipitamment d’un wagon de métro pour courir jusqu’à la poubelle sur le quai et où je n’avais sur moi qu’un seul mouchoir, entamé de surcroît ? un TRES grand moment de solitude) et un peu d’eau pour se rincer la bouche, voire des bonbons à la menthe (sauf s’ils vous incommodent, personnellement j’ai beaucoup de mal avec le dentifrice ces temps-ci). Pour info, j’ai constaté que les nausées sont pires quand je suis très fatiguée, en chute de tension ou que je suis malade (ce qui en général me fatigue et fait baisser ma tension, voir points précédents), mais ce n’est probablement pas le cas de tout le monde.

Ne vous inquiétez pas pour le bébé (sauf éventuellement si vous en êtes au point de l’hyperemesis), il est prioritaire sur vous et donc prendra tout ce dont il a besoin dans vos réserves. Si votre alimentation n’est pas très mangerbouger.fr, n’hésitez pas à prendre des compléments alimentaires pour éviter les carences en vitamines, oligo-éléments etc.

Pour info, les recommandations de la Société des obstétriciens et gynécologues canadiens : je suis assez impressionnée par leurs suggestions alimentaires qui s’éloignent largement des recommandations habituelles pour la grossesse (y a même de la limonade et des chips -croustilles en québecois), voilà des gens pragmatiques.

Pour vous remonter le moral :

  • Le fait d’avoir des nausées diminue de 30% le risque de fausse couche.
  • Les enfants dont la mère a eu des nausées lors de la grossesse ont en moyenne un QI plus élevé que les autres.
  • Rien de tel que les nausées pour perdre du poids ; alors qu’on vous bassine en permanence qu’il ne faut pas trop prendre de poids pendant la grossesse, voilà une façon de gérer le problème sans aucun effort de volonté.

Et vous, vous avez des trucs infaillibles ?

(Photo : on se sent mieux déjà, non ?)

Nibar news

vendredi, décembre 19th, 2008

Vu sur Strollerderby* : en Angleterre (plus exactement à Liverpool) on va enseigner l’allaitement dès la maternelle. Partant du constat que l’allaitement, bien que naturel, n’est pas inné, les autorités locales espèrent augmenter le taux de mères choisissant l’allaitement (actuellement autour d’1/3). Les leçons commenceront dès la maternelle et iront jusqu’au lycée, où des mères allaitantes viendront faire la démo. Filles et garçons seront concernés, puisqu’apparemment l’opposition du père est un frein non négligeable à l’allaitement.

Je trouve l’initiative très intéressante, et à suivre. Ayant encore entendu par une de mes collègues : « Je n’avais pas de lait. J’ai essayé d’en tirer mais rien n’est sorti. Alors j’ai laissé tomber. », je pense que ce ne serait pas du luxe chez nous. Et j’y ajouterais bien quelques cours de psychologie de l’enfant (histoire qu’on arrête de suggérer qu’un bébé de trois semaines qui ne veut pas qu’on le pose fait des caprices…), et puis de vrais cours sur la reproduction et sur la contraception.

Dans un genre assez différent, j’ai aussi récupéré cette pub d’un goût douteux pour une crème contre les crevasses :

torn-nipple

La pub est prévue avec un point de colle entre les deux pages pour que quand vous vouliez la voir, le téton soit arraché et reste collé dans la bouche du chérubin. Le message : si vous allaitez sans la crème machin, vous allez morfler. Ahem. D’un côté, je trouve qu’on doit prévenir les femmes que les débuts de l’allaitement peuvent être douloureux, et que même si on fait tout bien comme il faut, et qu’on arrive à éviter crevasses et engorgement, on peut quand même avoir mal. Non parce qu’à force d’entendre parler d’un merveilleux moment d’intimité et de câlin bla bla bla, on tombe un peu des nues quand ce n’est pas l’extase dès la première tétée. Mais de l’autre, suggérer qu’une crème est indispensable, là Maurice, tu dépasses les bornes des limites. Et pour ceux qui ne seraient pas au courant : ceci n’est pas une femme qui vient d’accoucher, et cela n’est pas un nouveau-né (6-9 mois je dirais).

Pour finir, le carnet rose : Michelle Duggar a accouché de son 18ème enfant (par césarienne), la petite Jordyn-Grace. Son mari quant à lui a déjà hâte de remettre ça…

*Contrairement à ce qu’on pourrait croire vus les derniers posts, je ne compte pas transformer ce blog en VF de Strollerderby…

Trop de césarisées

lundi, décembre 8th, 2008

C’est le JDD qui reprend une étude de la Fédération Hospitalière de France (FHF, pas trouvé l’étude sur leur site), avec ces résultats : le taux de césariennes a doublé en un peu plus de 20 ans (de 10,9% en 1981 à 20,1% en 2007). Cela veut dire qu’actuellement un bébé sur cinq naît par césarienne. Or si cette opération s’avère vitale dans certains cas, il est clair qu’elle n’est pas dénuée de risques, tant pour la mère (mortalité 3,5 fois supérieure à la voie basse) que pour l’enfant (risque de fragilité pulmonaire accru, entre autres). L’OMS, cet empêcheur de jouer du bistouri tranquille, préconise un taux de 15%. D’après le JDD, les raisons avancées de cette popularité de la césarienne sont les suivantes :

  • Optimisation de l‘organisation et du budget des services en programmant des césariennes quand le personnel est disponible
  • Augmentation des grossesses tardives et multiples qui sont statistiquement plus sujettes à complications
  • Crainte des poursuites judiciaires : un obstétricien sera poursuivi pour n’avoir pas fait la césarienne à temps, mais jamais pour avoir fait une césarienne injustifiée
  • Publication de l’étude Hannah (2000) montrant que la césarienne était moins risquée pour l’enfant que la voie basse en cas de présentation en siège, même si son interprétation porte à controverse (y compris par le CNGOF)
  • Hausse de la demande de césariennes de convenance

Pour ce dernier point, rappelons que la césarienne est une intervention chirurgicale, donc autant sur le coup c’est bien plus rapide et indolore qu’une voie basse, autant ça se paie ensuite pour les suites de couches.

Un autre point intéressant de cette étude est le top 100 du taux de césariennes par maternité, au sein duquel prédominent largement les cliniques privées de niveau 1. La palme (le César ?) revient à la clinique de la Muette avec un beau 43,3 %. En moyenne, le taux de césariennes est supérieur d’un point dans les maternités privées de niveau 1 à celui des maternités de niveau 3, toutes publiques et supposées accueillir les cas les plus pathologiques (même s’il y a toujours des surprises). J’avais déjà expliqué ici que privilégier une petite clinique à un gros hôpital n’était pas toujours une stratégie gagnante si on voulait un accouchement aussi physiologique que possible (même si bien sûr il s’agit d’une tendance globale à laquelle existent de nombreuses exceptions).

Les cliniques visées se défendent par les arguments suivants :

  • La césarienne n’est pas avantageuse financièrement (seulement 347 €).
  • Ce sont les femmes qui leur demandent des césariennes de convenance.
  • L’étude ne prend pas en compte le nombre d’accouchements, ce qui introduit un biais statistique (argument réfuté par la FHF).
  • Le taux de césarienne n’est pas un bon indicateur de la qualité des soins.

Tout ceci est fort intéressant, mais on peut regretter que comme souvent, l’article suppose qu’on ne peut accoucher qu’en maternité, ce qui n’est pas (tout à fait) le cas. Comme déjà évoqué ici, on peut accoucher :

  • en maternité
  • en maternité mais avec une sage-femme libérale ayant accès au plateau technique dans le cadre de l‘accompagnement global
  • en maison de naissance (si on n’habite pas en France ou alors près des frontières du Nord-Est)
  • à la maison avec une sage-femme libérale
  • à la maison sans assistance médicale (même si ça n’est pas recommandé, je ne crois pas que ce soit illégal)

Malheureusement, en France tout est fait pour orienter les couples vers la première option et pour décourager les autres possibilités ; d’ailleurs je vous rappelle que vous pouvez faire quelque chose (pour le moment j’ai eu une réponse convenue de l’Ordre des sages-femmes et pas un mot ni de Roselyne, ni du directeur de l’AP-HP, et pas plus de mon député, à qui j’avais envoyé une copie). Attention, il ne s’agit pas de stigmatiser les maternités ou les mères qui y accouchent (comme la Poule pondeuse par exemple), mais encore une fois d’offrir un vrai choix aux futurs parents. Il me semble en tout cas que ça pourrait être une bonne piste pour réduire un peu ce taux : ça n’empêchera pas les femmes de demander des césariennes de convenance mais ça devrait au moins diminuer la part due à l’optimisation du fonctionnement des services.

Si vous avez ou devez accoucher par césarienne, ce billet n’est pas là pour vous culpabiliser non plus : bien sûr qu’il y a un nombre non négligeable de cas où l’opération est incontournable, et heureusement qu’elle existe. A la maternité où j’ai accouché, ils recommandaient de prendre le rendez-vous des six semaines après la naissance avec l’obstétricien qui a pratiqué l’opération, afin de pouvoir lui poser toutes vos questions et de « refaire le film » ensemble. Et si vous ne le vivez pas bien, j’ai entendu beaucoup de bien de l’association Césarine. Peut-être certaines commentatrices qui sont passées par là pourront nous en dire plus ?

Maternage, écologie et féminisme

mardi, décembre 2nd, 2008

L’article de Marianne a jeté un pavé dans la mare : et si le maternage et l’écologie étaient anti-féministes ? La question est intéressante, mais hélas tellement mal traitée qu’on ne peut pas en ressortir grand chose. Caricatural, l’article est entièrement à charge et aligne les contre-vérités et les approximations, sans nuance ni conscience de la complexité de la situation. J’ai beaucoup de respect pour Elisabeth Badinter, mais là elle est franchement à côté de la plaque. Au-delà de la méthode déplorable (dans la flopée de commentaires sur le site du magazine, une des femmes interviewées se plaint que la « journaliste » ait déformé ses propos), le problème sous-jacent à mon avis est d‘opposer a priori le bien-être de l’enfant à celui de la mère. Ou la femme se sacrifie pour sa progéniture, ou au contraire elle la sacrifie à l’autel de son égoïsme. Et selon les époques, le balancier passe de l’un à l’autre, mais c’est toujours plus ou moins l’un OU l’autre. Eh bien moi je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas optimiser les deux à la fois. Ne dit-on pas que l’enfant a besoin d’une mère épanouie pour s’épanouir ? Et à l’inverse, croit-on vraiment qu’une mère sera heureuse si ses enfants sont malheureux ?

Regardons un peu plus au Nord : les pays scandinaves sont réputés à la fois pour leur avancée en matière de droits des femmes (les Parlements les plus féminisés du monde en 1999 sont ceux de la Suède avec 42% de femmes, du Danemark, de la Finlande et de la Norvège, la France n’étant que 52ème avec 10,9 %) et des droits de l’enfant (pionniers dans les lois d’abolition de la fessée, plus de 90% d’allaitement maternel). Et en plus ils sont écolos. Si vous ajoutez à cela que les gens y seraient heureux (alors que l’hiver là-bas doit être encore plus déprimant qu’ici), que leur modèle socio-économique fait baver le reste de la planète, et qu’ils ont inventé Ikea, on finit par se dire qu’il faudrait peut-être tenter de s’en inspirer, non ? Alors certes tout n’est pas directement transposable chez nous, notamment pour l’écologie et le modèle socio-économique, mais concernant la périnatalité ? Les taux de natalité par exemple sont comparables, aux alentours de 2 enfants par femme si on en croit cette carte (même si moins élevés qu’en France qui est vice championne d’Europe). Et cette étude nous indique que la France comme les pays scandinaves est un des rares endroits d’Europe où les femmes sont à la fois très présentes dans le monde du travail et (relativement) très fécondes.

Une autre hypothèse sous-jacente qui me pose problème, c’est qu’on suppose que les clés du bonheur sont universelles. Il y a évidemment un socle commun (genre mieux vaut être riche et en bonne santé que pauvre et malade…), mais le paradis des uns peut tout à fait être l’enfer des autres. A toute mère (ou future mère) qui se pose la question de travailler ou de se consacrer à ses enfants, je suggère de lire cet article publié sur le blog des (Z)imparfaites. C’est une histoire de tripes : on le sent ou on le sent pas. Dans les deux cas, il ne faut pas se forcer. Le problème étant que même si nous vivons dans un pays où notre liberté individuelle est à peu près garantie, le choix n’est pas toujours vraiment possible. Comment retourner au travail si vous ne trouvez pas de façon satisfaisante de faire garder vos enfants ? Et comment s’y consacrer exclusivement si ça implique des fins de mois difficiles ?

Ce qui aliène les femmes, ce n’est pas d’allaiter ou de donner le biberon, ce n’est pas de rester avec leurs enfants ou de faire son trou dans un monde du travail fait par et pour les hommes.  C’est qu’on leur dise d’emblée quoi faire ou ne pas faire, qu’on les prive de faire elles-mêmes des choix mûrement réfléchis (ou du fond de leurs tripes, ça marche aussi), soit parce qu’elles n’ont pas toutes les informations, soit parce que certaines options leur sont en pratique interdites.

Et surtout, surtout : où sont les pères dans ces débats ? Voilà ce qui me gêne dans le terme de maternage : ça n’implique que la mère. Les Anglo-saxons parlent d’attachment parenting, nous devrions plutôt parler de parentage (mais c’est assez moche). OK, ce sont les femmes qui ont les utérus et les seins, mais il n’y a pas que ça ! Qu’une mère allaite n’empêche pas le père de prendre le bébé en peau à peau, de le porter, de dormir avec lui, de le laver, de lui changer ses couches (et de les laver…), de lui faire des purées, de le consoler, de le câliner et encore bien d’autres choses ! Tant qu’ils ne sont pas conflictuels, les liens d’attachement peuvent tout à fait se cumuler : un enfant peut être attaché à sa mère, à son père, à sa nounou, à ses grands-parents… Au risque de passer en mode bisounours : l’amour se multiplie, il ne se divise pas.

Les pères ont une grande responsabilité, car certains aménagements du monde du travail (temps partiel, congé parental, etc) ne deviendront vraiment acceptables et acceptés que quand ils ne seront plus que des histoires de bonnes femmes, mais quand les hommes s’y mettront aussi. Pour cela, il faut aussi que nous (les femmes) leur laissions prendre leur place, qu’on accepte qu’ils ne sont pas nos clones mais que même s’ils font les choses à leur façon, au moins ils les font !

Finalement je vois que je n’ai pas beaucoup parlé d’écologie, mais en fait je ne vois pas bien le rapport. Il est clair que beaucoup de femmes, et de couples, connaissent une vraie prise de conscience à l’arrivée de leur premier enfant, et tant mieux ! Je ne suis pas une militante acharnée, loin de là, mais travaillant pour l’Etat dans le domaine de l’environnement je peux vous confirmer que oui, l’écologie est un vrai problème, et que non, le changement climatique n’est pas un mythe (et qu’on peut encore tenter d’en limiter l’ampleur). Et à mon humble avis, une fois que le coût réel d’un certain nombre de produits sera intégré (c’est-à-dire la compensation pour les dommages causés à l’environnement tout au long du cylce de vie des produits), nous reverrons en profondeur notre façon de faire. On peut se planter la tête dans le sable et attendre de se prendre le changement de plein fouet, ou s’y préparer progressivement, en tentant de modifier en douceur quelques habitudes. Je ne dis pas ça pour vous faire la morale et vous culpabiliser (d’ailleurs moi-même je suis très loin d’être Ste Ecolo), mais parce que c’est inéluctable. Et nous faisons tous les jours l’expérience que ce n’est absolument pas incompatible avec une vie professionnelle.

Demain je vous ferai part de quelques idées pour améliorer la vie des femmes ET des enfants à la fois.

Où accoucher

vendredi, juillet 18th, 2008

 Pour la grande majorité des femmes, la question ne se pose même pas : on accouche à la maternité. Pourtant il y a une large gamme de possibilités (certes pas aussi étendue que ce qu’on souhaiterait mais…), et même « la maternité » recouvre un certain nombre d’options.

C’est vrai, c’est quoi une maternité ? D’après wikipedia,

Les maternités sont des lieux de santé assurant le suivi de la grossesse, l’accouchement et les suites de couche de la femme enceinte, ou parturiente. 

Ce sont des structures hospitalières, privées ou publiques, dans lesquelles travaillent aussi bien des médecins (obstétriciens, anesthésistes, pédiatres) que des sages-femmes (et bien sûr infirmières, auxiliaires de puériculture, aides-soignantes, etc). Toute intervention nécessaire peut y être pratiquée, notamment grâce à la présence d’un bloc chirurgical (et du personnel ad hoc pour le faire fonctionner). Il existe trois niveaux (en fait quatre si on compte bien) qui correspondent aux niveaux de pathologies (en gros au niveau de prématurité de l’enfant) pouvant être pris en charge. Ils vont de 1 (le moins « médicalisé ») à 3 avec une petite subtilité pour le 2 qui se divise en 2A et 2B.  Je ne vous recopie pas tous les détails donnés par wikipedia pour chacun que vous pouvez lire d’un simple clic. Comme cela a déjà été abordé ici, les maternités de niveau plus bas ne sont paradoxalement pas les moins excitées du bistouri. Bien y réfléchir avant de choisir donc… si tant est que votre situation géographique vous le permette (dit la Parigote qui dans son seul arrondissement compte pas moins de quatre maternités) !

Sachez ensuite que certaines maternités proposent ce qu’on appelle des pôles physiologiques, avec des salles de naissance dites « nature », avec ballons, baignoires, draps accrochés au plafond pour se suspendre, etc (voir un exemple ici). Seules les sages-femmes y officient (l’anesthésiste ne passera pas vous proposer la péridurale). Elles sont bien sûr réservées aux accouchements a priori non pathologiques, et si un problème survient la parturiente est immédiatement transférée dans le circuit « classique ».

Une autre possibilité est l’accouchement avec une sage-femme libérale à la disposition de laquelle l’hôpital met son plateau technique. En gros, la sage-femme vous suit à son cabinet pendant votre grossesse, et le jour J vous vous retrouvez à la maternité, où on vous donne une salle d’accouchement et là vous vous débrouillez toutes les deux (enfin le papa est admis quand même). Si tout s’est bien passé, une fois l’accouchement fini, vous prenez vos cliques et vos claques (n’oubliez pas le bébé) et rentrez chez vous, où la sage-femme passera régulièrement vous voir. Et si ça ne se passe pas si bien, les toubibs de la maternité prendront la situation en main.

Si vous avez décidé que ni la grossesse ni l’accouchement n’étaient des pathologies (et si vous avez bien sûr la chance que votre grossesse se déroule sans anicroche), vous pouvez fuir hôpitaux et cliniques, mais autant vous prévenir : en France c’est un peu le parcours du combattant (contrairement à d’autres pays européens comme les Pays-Bas, terre sacrée des militants de la naissance naturelle).

Il est théoriquement possible d’accoucher chez soi avec l’aide d’une sage-femme libérale (les initiés parlent d’accouchement à domicile ou AAD). Mais vue la réticence globale du système sanitaire en France, ces sages-femmes sont de moins en moins nombreuses car ont de gros problèmes d’assurance. Et les parents peuvent ensuite avoir maille à partir avec la sécu (ce qui est bien dommage puisque -on s’en doute- l’AAD est bien moins coûteux que la maternité), sans compter les tracasseries avec la maternité à laquelle il faut quand même mieux s’inscrire pour s’y rabattre en cas de pépin. Un répertoire de sages-femmes libérales pratiquant les AAD en France (ainsi que celles ayant accès à un plateau technique) est disponible sur le site http://www.perinatalite.info/ (il faut ensuite cliquer sur « répertoire sages-femmes », on ne peut pas faire de lien direct). Certaines vont même jusqu’à l’accouchement non assisté (ANA), soit volontairement (mais ça n’est vraiment pas recommandé), soit parce qu’elles ont un poussin très très pressé (un joli exemple chez Isabelle95). Bon à savoir : dans la grande majorité des cas, les accouchements super rapides ne nécessitent pas d’intervention médicale particulière.

Enfin une dernière possibilité est celle de la maison de naissance. Celle-là est vraiment théorique puisqu’il n’y en a pas en France. Mais si vous habitez à l’étranger ou à proximité de pays maisondenaissançophiles, vous pouvez en bénéficier. La maison de naissance est un lieu indépendant entièrement sous la responsabilité de sages-femmes, au sein duquel une (ou deux) sage-femme réferente suit une femme enceinte pendant sa grossesse puis son accouchement et enfin les suites de couches. Bien entendu, à tout moment, la future maman peut être transférée vers un service d’obstétrique hospitalier si son état le nécessite. Un certain nombre de projets sont dans les cartons en France mais ils semblent rencontrer une certaine résistance de la part des pouvoirs publics et des médecins (notamment le CNGOF et le CARO) , alors que les sages-femmes soutiennent largement l’expérimentation du concept (voir le communiqué du Conseil national de l’ordre des sages-femmes). Je n’ai pas une connaissance très pointue des spécificités françaises qui empêchent de transposer chez nous un système qui a visiblement fait ses preuves chez nos voisins, mais il semblerait que ce soient surtout des querelles de chapelles qui soient à l’oeuvre, ce qui est bien dommage. En témoigne la controverse sur la localisation des maisons de naissance, qui pour certains devraient se trouver à l’intérieur des maternités et pour d’autres (le CIANE en particulier) en être totalement indépendantes. Et c’est bien dommage, car même si je ne me sens pas moi-même prête à accoucher en maison de naissance et à renoncer à Sainte Péridurale (faudrait déjà que je sois enceinte me direz-vous…), je trouve important qu’il y ait une offre suffisamment diversifiée pour que chacune y trouve son compte dans des conditions de sécurité optimales. 

Pour ceux et celles que ça intéresse, un peu de lecture (en plus des sites déjà cités en cours d’article) :

Le point sur les maisons de naissance : http://chaumont.catherine.free.fr/mdn/index.html

Le réseau européen des maisons de naissance (en anglais) : http://www.birthcenter-europe.net/index.html

Une histoire de la naissance en France par Marie-France Morel en quelques pages : http://couleurbebe.free.fr/phpBB2/viewtopic.php?t=4460

Le collectif Naître chez soi : http://www.naitrechezsoi.org/

N’hésitez pas à en proposer d’autres en commentaires.

(Image : http://cereales.lapin.org/index.php?number=131)

Partir un jour…

mercredi, juillet 16th, 2008

… sans retour poussin. OK j’arrête là la référence culturelle musicale aux 90s et je me mets au vrai sujet du jour : comment laisser son poussin. Là je m’adresse surtout aux pondeuses, pour qui cette étape est généralement plus difficile que pour les papas.

Pourquoi se séparer, même quelques heures, de son adorable chérubin ? Pour un certain nombre d’entre nous, il y a une réalité incontournable : Mr BigBoss n’admet pas les moins d’1 mètre dans les locaux de son entreprise. Et tout le monde a un jour ou l’autre des occupations plus ou moins compatibles avec la présence d’un mini-monstre (qui veut négocier avec son banquier pendant que Junior met consciencieusement en pièces l’ensemble des prospectus du joli présentoir ?). Il y a aussi tout simplement l’envie de respirer un peu, seule, avec ses vieilles copines nullipares (et les autres aussi !) ou en amoureux. Mais il ne faut pas non plus se laisser stresser par les oiseaux de mauvais augure : « Comment ? Alors que Junior a déjà 2 mois vous n’avez jamais pris de baby sitter ? tss tss tss, vous êtes bien trop fusionnels, cet enfant ne pourra jamais acquérir son autonomie. » Si on n’a vraiment pas envie ça ne sert à rien de se forcer (sauf peut-être après les 38 ans de Junior ?). Par contre, si on a un peu envie mais qu’en même temps on a très peur que ce soit une grosse catastrophe, là il ne faut pas hésiter à se motiver un peu. Rien ne prouve que ce sera une catastrophe. Et même si c’est le drame, ce n’est pas pour autant qu’il faudra 15 ans de thérapie au poussin pour s’en remettre.

Alors à qui le laisser ?

  • Le plus facile : le père. C’est d’autant plus aisé s’il est déjà bien impliqué dans les divers aspects pratiques liés aux soins du bébé au quotidien. Dans la famille Pondeuse, c’est comme ça que ça fonctionne, et je laisse le poussin à son père comme à un autre moi-même (sauf qu’au bout d’un moment le schtroumpf me manque un peu mais je sais qu’il est très bien avec son père).
  • Deuxième catégorie : les proches. Parents, beaux-parents, frères et soeurs, meilleurs amis… Quelques atouts qui feront la différence s’il y a plusieurs candidats : avoir un minimum d’expérience pratique avec les bébés, avoir un minimum envie de s’en occuper (pas le genre qui vous refile le poussin au premier couinement ou à la première odeur suspecte), avoir les idées suffisamment ouvertes pour faire comme vous leur demandez (et pas comme eux feraient, comme ils vous le font régulièrement savoir), vous fréquenter assez régulièrement pour être potentiellement identifiables par le poussin.
  • Troisième catégorie : du personnel rémunéré. Dit comme ça on imagine la gouvernante, la nurse anglaise et le majordome, mais en fait il s’agit d’une nounou ou d’une baby-sitter. Plus difficile de laisser son bébé à un(e) parfait(e) inconnu(e), mais au moins la personne est payée pour s’en occuper, et du coup remplit généralement mieux son office qu’un proche s’il est moyennement motivé. En général, elle peut venir quand ça VOUS arrange et pas seulement quand ça l’arrange elle (« non là ç’aurait été avec plaisir, mais tu comprends, j’ai eu un mal fou à obtenir un rendez-vous pour cette manucure »). Et si ça ne se passe pas bien, elle sera plus facile à dégager que (au hasard) belle-maman, qui ne com-prend pas pourquoâââ elle n’a pas vu ses petits-enfants aaadôôôrééééééés depuis deux jours.

Et vient l’instant douloureux de la séparation. Idéalement il faudrait préparer ce moment avec une petite adaptation. S’il s’agit de la nounou qui va garder le poussin cinq jours par semaine c’est incontournable et il faut vraiment prendre le temps d’y aller progressivement (quelques jours, variable selon l’âge de l’enfant). Si c’est votre soeur qui vient pour la soirée, on peut s’en passer. Ensuite c’est plus facile d’introduire une nouveauté à la fois, donc mieux vaut que le/la baby-sitter du jour vienne chez vous que l’inverse. Si ce n’est pas possible, c’est à mon avis mieux de le déposer soi-même (plutôt que la personne vienne le chercher). Ensuite il faut expliquer très clairement au poussin ce qui va se passer (genre je vais partir jusqu’à …, tu vas rester avec …, et ensuite je reviendrai), même s’il n’a qu’un mois et qu’il ne saisit pas tous les détails. Dans ces moments-là, un doudou, une tétine ou tout autre objet familier (votre t-shirt de la veille par exemple) peuvent rendre bien service. Evidemment, si vous avez réglé au préalable les détails pratiques, vous serez plus sereine pour partir. Si le poussin fond en larmes à votre départ, soyez forte, il y a de grandes chances pour que ce soit passé dans les cinq minutes suivant votre sortie de son champ de vision (vive le portable pour savoir s’il s’est calmé).

Et quand on allaite ? Certes ça complique un peu les choses, mais à coeur vaillant rien d’impossible (comme dirait Jacques Coeur -j’essaie de compenser la vacuité culturelle totale du début du billet). Il y a même tout un tas de solutions, en fonction de votre envie et de l’âge du poussin. On peut tirer du lait (au tire-lait, avec les coquilles recueil-lait, à la main…) pour que le/la baby-sitter le donne au poussin, soit au biberon, soit à la tasse, à la soft-cup, à la seringue ou encore à la cuillère (si la personne est trèèèèèèèèès patiente) si on a peur de la confusion sein-tétine. Si le poussin peut manger une compote/purée, on peut faire un « flan » de lait maternel en le chauffant avec un peu d’agar-agar. On peut aussi donner du lait artificiel, si ça reste occasionnel une fois que la lactation est bien établie (pour ne pas perturber votre production laitière de Prim’holstein). Si Bibou est avancé dans la diversification, il peut aussi se passer de lait pour cette fois (par contre s’il n’en a pas assez dans la journée, il risque de compenser la nuit). S’il ne s’endort qu’au sein… hum… il apprendra à faire autrement : les enfants savent très tôt faire la différence entre les personnes qui s’occupent d’eux et réalisent rapidement qu’il n’y en a qu’une seule qui donne la tétée. Essayez juste de trouver une personne trèèèèèèès patiente (et éventuellement un peu sourde pour mieux supporter les hurlements…).

Quand enfin on se retrouve… en théorie c’est l’explosion de joie et de bonheur ! En pratique, ahem. Il n’est pas rare que le poussin pleure quand je vais le chercher chez la nounou. Il y a eu une période où carrément il pleurait quand je le prenais dans mes bras et se calmait dès qu’elle le reprenait. Après une journée de travail où on a juste envie de se vautrer devant la télé avec un verre de vin, c’est vraiment une excellente façon de commencer la soirée. Et puis récemment, après notre premier week-end en amoureux, on récupère le poussin chez mes parents. Il saute immédiatement au cou du Coq, par contre hurle dès que je m’approche. Et ce toute la soirée. Grande théorie de ma mère : l’absence de la mère est tellement plus dure à supporter que celle du père qu’elle se pardonne plus difficilement. Mouais. Rassurez-moi, je ne suis pas la seule à qui ça arrive ?

Et quoi qu’il arrive, on ne laisse pas le poussin seul, que ce soit dans la voiture ou dans un tiroir (histoire véridique des parents d’une amie qui laissaient leur bébé dans un tiroir ouvert -s’en servant comme couffin- pendant qu’ils allaient faire les courses… et qu’un agent immobilier faisait visiter la maison à des clients potentiels un peu surpris…) !

La question du jour

jeudi, juin 12th, 2008

Pourquoi les femmes enceintes ont-elles cette irritante manie de se caresser le bidon d’un air extatique ?

Si vous avez déjà été enceinte (ou l’êtes actuellement) vous avez évidemment la réponse, mais je sais qu’il y a des nullipares (pas très joli ce mot), voire des nulligestes (pas beaucoup mieux), et même des hommes (mais si, mais si) qui traînent par ici. En plus ces derniers n’ont pas été très gâtés par le billet d’hier.

Donc comme beaucoup de monde, je me disais que je ne me caresserais pas la bedaine à tout va le jour où il y aurait un petit habitant dedans (autre qu’un ver solitaire… hmm vient me voir petit ténia, et faire de moi la plus belle en maillot…). Sauf que. Quand le petit habitant commence à manifester sa présence en remuant son adorable petit fessier (au lieu de se faire remarquer en faisant vomir tripes et boyaux à sa pauvre mère), le réflexe est incoercible : on répond avec sa main. Et puis le schtroumpf se manifeste de plus en plus souvent (même si ça dépend aussi des poussins), et à chaque fois sa mère ne peut pas s’empêcher de lui faire un petit coucou. C’est comme ouvrir la bouche quand on met du mascara, c’est comme Sega : c’est plus fort que toi.

A force, quand le poussin commence à prendre sérieusement ses aises, il arrive aussi qu’on ne soit plus vraiment en train de se caresser le ventre avec bonheur mais plutôt en train de recadrer ce rroognntuudjuuu de petit envahisseur qui semble aimer se coincer les pieds dans nos côtes (se reconnaît à l’air plus du tout extatique de la future maman).

Vous l’aurez compris : ce n’est pas vraiment le ventre que la femme enceinte touche, c’est le bébé. J’espère que la prochaine fois que vous en surprendrez une en flagrant délit vous ne la prendrez pas pour une narcissique égocentrique…

La poule pondeuse traîne sur les forums

mardi, juin 10th, 2008

Comme environ 100 % des jeunes et futures mamans ayant accès au grrrrrand internet mondial, je traîne sur des forums de jeunes et futures mamans. J’y vais toujours en sous-marin, c’est-à-dire que je me suis inscrite nulle part et que je ne poste jamais. Non parce que je me connais, avec mon addiction au net, autant démissionner de mon job, filer le poussin à l’ASE, suggérer au Coq d’aller faire un tour et devenir une no-life. Et comme Mère indigne, j’hallucine totalement sur certaines signatures qu’on voit sur ces forums (je ne vais pas refaire son article qui est assez exhaustif).

La dernière nouveauté qui me laisse sans voix, c’est la bannière conception (sponsorisée par Bleu Clair et Toujours Ultra ??). Le concept : une jolie (?) frise qui indique à tous les lecteurs (enfin lectrices dans ce cas) du forum à quel jour de votre cycle menstruel vous êtes. Plus que trois jours avant mes ragnagnas/de faire pipi sur un bâtonnet à 10 € ! J’ai ovulé hier ! Alors là je suis TROP contente pour toi ma cocotte. Ahem. Notons que ça n’est pas nouveau, j’avais déjà vu des signatures du style :

Jessifer, 23 ans + Jean-Mouloud, 31 ans : parfait amour depuis 5 ans (ici éventuellement bannière « nous filons le parfait amour depuis … »). Arrêt de la pilule : 01/05/06 ; C1 (C1 = cycle 1) : 03/05/06 ; C2 : 31/05/06 ; 27/06/06 : Test +++ trop heureux hyper vachement contents quel bonheur !!!! (ici une liste exhaustive des rdv chez le gygy = gynéco et des mensurations de Junior à chaque écho) Mah-Théo, notre petit cœur d’amour en sucre d’orge est arrivé le 15 mars 2007 (ici mensurations mois par mois de Mah-Théo, avec bannières variées)

En prime, si Jessifer est une maman nature, tout le monde saura que Mah-Théo est né à la maison, allaité, lavablisé, écharporté, cododoté, massé, nourri aux purées bio de sa maman, maraboutisé avec des cristaux magiques, j’en passe et des meilleures. Je vous passe aussi les petites icônes et smileys pour renforcer le message.

Euh, moi je voulais juste savoir s’il y avait des utilisatrices satisfaites de la poussette Bidule ou si quelqu’un avait testé la crème Machin. 

Et le mieux, c’est qu’on peut mettre la bannière conception sur Facebook. Tu as tonton Roger dans tes amis ? Parfait, ses blagues sur ton SPM tomberont enfin au bon moment. Alors c’est quoi la prochaine bannière ? Nombre de fois où on a fait l’amour avec Chéri-chéri (zhom) ce mois-ci ? Nombre de calories ingérées aujourd’hui ? Nombre de comédons qu’on a sur le nez ? Nombre de jours avant la prochaine épilation (avec plusieurs mini-bannières pour les zones concernées) ?

Le nouveau père est-il un héros ?

jeudi, mai 22nd, 2008

Je vous ai déjà parlé des nouveaux pères, ces valeureux chevaliers des temps modernes. A première vue, ça avait l’air le panard d’avoir son NP à la maison. Et c’est pas faux (comme dirait Perceval). Le problème, c’est la perception globale de ce nouveau phénomène par les Autres (comme diraient Jack, Locke et Sawyer).

Prenons une situation classique et récurrente pour une jeune mère. Allant chez des amis avec son adorable poussin, elle s’enquiert auprès de la maîtresse de maison d’accéder à sa cuisine pour préparer un repas savoureux à la chair de sa chair. La jeune mère s’affaire aux fourneaux tout en gardant un œil vigilant sur sa progéniture qui aimerait pouvoir mettre à sac tranquille le placard à épicerie (riz, farine, huile et autres éléments de base dont jamais on n’aurait cru qu’ils pourraient produire une telle catastrophe). Elle repère un endroit approprié pour faire manger le bambin (c’est-à-dire où il ne pourra ni se faire mal ni causer de dommages irréparables à base de purée de carotte) et s’installe. Suit un ballet mieux réglé que la patrouille de France à base de « aaaaaaaaaah ! une cuillérée pour Maman ! » « ppprrrrrtttt! frrrrrrrrt » et de projections de morceaux de carotte sur un rayon de 500 mètres et un angle de 360° avec un succès d’interception à 95% pour la jeune mère, qui veut limiter autant que possible l’impact de sa marmaille sur le ménage de ses hôtes. Une fois le pugilat repas terminé, la jeune mère remballe tout et nettoie (tout en gardant un œil vigilant, voir plus haut).

Commentaires des amis : au mieux aucun, au pire ils trouveront moyen de remarquer le de morceau de carotte qui a échappé à l’œil acéré de la pauvre mère, ou que Junior ne se tient pas très bien tout de même.

Maintenant, prenons la même scène et remplaçons la jeune mère (JM) par le nouveau père (NP). Déjà, la JM a préalablement briefé le NP sur la marche à suivre, car comme ça a déjà été merveilleusement décrit ici, pourquoi réfléchir si ta femme peut le faire pour toi ? Ensuite, si le NP effleure une casserole/poêle, voilà déjà sa cote auprès des hôtes (surtout féminins) qui bondit, à la façon du rythme cardiaque d’une adolescente prépubère face à Bill Kaulitz. Si l’hôtesse réalise qu’en plus c’est pour son adorable rejeton, c’est le méga-bonus façon super cagnotte du vendredi 13. Et là, il joue sur du velours. Plus Junior en met partout, plus il est insupportable, et plus son père s’approche de la canonisation immédiate pour sa patience d’ange.

Et c’est tout le temps la même chose. Une mère qui porte son enfant ? Elle est possessive et égoïste de ne pas vouloir s’en décoller, et ils resteront dans ses jupons jusqu’à leurs 70 ans. Un père qui porte son enfant ? Potentiel de drague de George Clooney. Une femme qui engueule ses enfants ? Une virago, une hystérique qui doit être en plein syndrome pré-menstruel. Une homme qui engueule ses enfants ? Le juste retour de l’autorité paternelle. Je force un peu le trait, mais je suis sûre que vous avez déjà vu ou vécu ce type de situation.

La morale de cette histoire : une mère qui s’occupe de son enfant peut espérer au mieux que tout le monde trouve ça normal. Avec un peu de chance, on lui expliquera qu’elle s’y prend mal. Un père qui en fait le dixième : c’est l’homme idéal, il est merveilleux, quelle patience. Je suis la seule à trouver ça exaspérant ?

La péridurale vue de l’intérieur (3)

mercredi, avril 23rd, 2008

Après quelques généralités sur la péridurale puis ses petits effets secondaires, parlons maintenant de l’accouchement à proprement parler : comment son déroulement est-il affecté ? La péridurale entraîne-t-elle une surenchère d’interventions médicales ?

On entend souvent que la péridurale ralentit le travail : les choses ne sont pas si simples. Il est connu qu’elle a un effet relaxant sur l’utérus, ce qui peut conduire soit à diminuer certaines contractions inefficaces soit à toutes les diminuer. Dans certains cas la détente qu’elle procure à la mère permet au contraire de favoriser la dilatation. Par contre il semble que -surtout si elle est fortement dosée-, elle tende à rallonger la phase d’expulsion. D’une part parce que la mère qui ne sent rien ne pousse pas efficacement, et d’autre part parce que si le bassin est trop « engourdi », il n’aide pas au passage du poussin. Cependant, même si ces effets sont réels, ils ne sont pas systématiques.

Donc pour contrer l’effet utérorelaxant, il n’est pas rare qu’on perce la poche des eaux (si elle ne s’est pas rompue déjà seule) et/ou qu’on ajoute un peu de syntocinon dans la perfusion. Cependant les doses injectées sont extrêmement faibles. Et plus votre travail est avancé lorsqu’on vous pose la péridurale, moins cet effet est important.

Le fait que les poussées soient moins efficaces et que le poussin ne se présente pas toujours bien entraîne plus d’extractions instrumentales (forceps, ventouse), lesquelles s’accompagnent plus souvent d’une épisio.

Quoi qu’il en soit, il n’y a rien d’automatique, et c’est plutôt une question de confiance entre patiente et soignants, qui semble de toute façon essentielle au bon déroulement de l’accouchement, même si il est très regrettable qu’elle fasse parfois défaut. Votre cerveau n’est pas anesthésié, et à moins que certains gestes ne doivent être pratiqués en urgence, vous pouvez tout à fait en discuter avant avec l’équipe. Et au moins votre réflexion n’est pas brouillée par la douleur.

La péridurale limite les positions possibles pour l’expulsion (quatre pattes ou accroupie sont impossibles par exemple -quoi que la poule accoucheuse me signale qu’elle a déjà assisté une femme accroupie sous péridurale pour l’accouchement), mais ne vous cantonne pas pour autant au classique décubitus dorsal (mot savant pour dire « allongé sur le dos »). Si on elle est bien dosée au moment de l’expulsion, vous pouvez très bien sentir les contractions et le passage du bébé sans pour autant avoir mal, je le sais pour l’avoir vécu (et d’ailleurs le poussin est sorti sans forceps ni épisio).

Un petit mot sur le post-partum : beaucoup de femmes qui ont testé avec et sans ont trouvé que les suites de couches étaient plus faciles si elles n’avaient pas eu la péri. Cela dit là encore rien de systématique : personnellement, à part le petit pansement dans le dos qui au bout d’un moment est un peu gênant, je n’ai plus senti aucun effet en sortant de la salle de naissance (heureusement il en restait un peu avant pendant qu’on recousait la déchirure…).

Alors, on la prend ou pas ? Je dirais que c’est un peu comme aller sur l’aiguille du Midi. Vous pouvez monter à pied ou prendre le téléphérique. Certains ne profitent de la vue que s’ils ont pu se dépasser physiquement pour y arriver, d’autres au contraire pensent qu’ils en jouiront mieux s’ils sont bien reposés et voient la montée comme un calvaire à éviter. Comme pour l‘allaitement, c’est donc à chacune de prendre sa décision, en gardant l’esprit ouvert et la possibilité de changer d’avis le jour J.

D’autant plus qu’on a vu que même si on la voulait on ne pouvait pas être sûre de l’avoir. Inversement, si vous ne la voulez pas mais qu’on doit finalement vous injecter de l’ocytocine artificielle (par exemple pour un déclenchement), laissez-vous au moins la possibilité de reconsidérer votre point de vue. Enfin il y a certains accouchements à caractère plus pathologique pour lesquels elle vous sera très fortement recommandée (par exemple si vous avez de l’hypertension). Dans tous les cas, il est donc utile d’être préparée moralement et physiquement à toutes les possibilités : un accouchement est (merveilleusement) imprévisible.

On peut cependant déplorer que les maternités actuellement proposent trop peu d’alternatives à la péridurale pour mieux gérer la douleur : accompagnement plus soutenu par la sage-femme (gérant plusieurs gros bidons à la fois, elle ne peut être au four et au moulin), possibilité d’utiliser divers équipements comme baignoire ou gros ballon, de se suspendre, etc. C’est en général le futur papa qui accompagne sa poulette, et il est rare qu’il soit versé dans cet art subtil : proposer des positions qui soulagent, masser les reins et j’en passe. Ce rôle peut alors être tenu par une doula, même si leur présence dans les maternités reste controversée (mais ceci est un autre débat). On pourrait penser qu’il coûterait moins cher de faire des massages des reins et d’acheter des gros ballons que de mettre en place des anesthésies, mais en fait à partir du moment où les maternités paient un anesthésiste elles préfèrent le rentabiliser, au grand dam des sages-femmes qui aimeraient pouvoir aider plus efficacement les gros bidons qui n’ont pas le petit tube dans le dos.