Posts Tagged ‘Allaitement’

La nuit d’avant

lundi, avril 5th, 2010

lmaternite_litsidecar Encore un billet pour vous parler de lait, mais à ma décharge je baigne un peu dedans ces temps-ci. Promis pour les prochains je vais essayer de varier les plaisirs. Il s’agit d’un aspect très concret de l’allaitement mais sur lequel je n’ai pas trouvé grand chose : la nuit précédant la montée de lait. Pour Pouss1, j’étais encore à la maternité, jeune et naïve ; c’était sa deuxième nuit à l’air libre. Moi pleine de bonne volonté je l’allaitais donc à la demande, découvrant avec stupeur que mon bébé, s’il avait bien cinq doigts à chaque main et à chaque pied, devait probablement être pourvu de trois ou quatre estomacs. Mais cette nuit-là sa demande était quasiment continue. Heureusement l’auxiliaire de puériculture, appelée à la rescousse par la jeune poule en panique, m’a immédiatement rassurée : c’était un phénomène normal et passager qui voulait dire que la montée de lait arriverait le lendemain. Effectivement, le lendemain le colostrum avait été remplacé par du lait, et Pouss1 s’était un peu calmé. Pour Pouss2 ça n’a pas raté : il a tété facilement toutes les heures à sa deuxième nuit aérienne. Cette fois pas de panique, j’ai pris mon mal en patience, donné à la demande et telle la chèvre de M. Seguin attendu que le soleil le Coq se lève (nous étions déjà à la maison) pour lui refiler le bébé et dormir jusqu’à midi. Et l’après-midi le lait était là, et le poussin moins acharné au sein. Je dois dire que jusqu’ici, ayant eu deux gros bébés bons téteurs, j’ai accueilli la montée de lait avec soulagement car les quantités répondent plus facilement à la demande et comme ça coule facilement ils tètent moins fort.

Pourquoi est-ce que  je vous raconte tout ça ? Il me semble que c’est typiquement le genre de situation qui entraîne une jeune mère dans une spirale de doute sur son allaitement, et ce d’autant plus si elle est mal entourée et conseillée : « mon lait n’est pas assez bon/pas suffisant pour le bébé » « si c’est ça l’allaitement autant arrêter tout de suite ». Or cette demande acharnée (qui peut avoir lieu dès la deuxième nuit ou plus tard) est à la fois normale et transitoire (un peu comme pour les pics de croissance). Et dans mes nombreuses lectures sur l’allaitement, je n’ai jamais rien vu sur le sujet.

Que faire ? Dans l’idéal, il faut donner au bébé quand il réclame, afin de bien lancer la crèmerie. Cependant, nous ne vivons pas dans un monde idéal, et ça n’est pas toujours possible. On a le droit d’être fatiguée et de vouloir dormir plus d’une demi-heure à la fois ou encore d’avoir mal aux seins. Je dois dire que pour Pouss1,  j’ai accepté sans discuter la proposition de l’auxiliaire de puériculture de l’embarquer 2-3 heures avant de terminer la nuit tant bien que mal (elle lui a même proposé des compléments dont il n’a pas trop voulu… tout ce qu’il ne faut pas faire mais heureusement pour nous sans incidence sur la suite de l’allaitement). Il y a toujours la carte du petit doigt (peut être proposé par le père s’il est dans les parages -il y a maintenant des maternités où il peut rester dormir), voire de la tétine, mais pour cette dernière avec un risque d’interférence avec la succion (surtout si le bébé ne tète pas très bien). Il n’est pas recommandé de donner des compléments de lait artificiel, mais j’imagine qu’il y a des cas où cela peut rendre service sans compromettre l’allaitement (d’autant plus s’ils sont donnés à la pipette plutôt qu’au biberon). Prendre l’enfant dans son lit est aussi une bonne façon de répondre à sa demande sans trop se fatiguer ; on peut se rendormir pendant la tétée et cela évite de se lever sans cesse (surtout juste après l’accouchement). Si on s’assure que le lit ne comporte aucun risque de chute ou d’étouffement (et s’il n’y a pas d’adulte sous l’influence de psychotropes dedans), il n’y a pas de risque accru (voir ici par exemple). Ceci dit, il n’est pas obligatoire de répondre à la demande pour que la montée de lait survienne (d’ailleurs on donne un médicament pour l’empêcher aux femmes qui ne veulent pas allaiter) mais cela facilite le processus.

Cet article se basant beaucoup sur ma propre expérience (puisque je n’ai hélas pas trouvé grand chose sur le sujet), il serait très intéressant de savoir comment ça s’est passé pour d’autres : avez-vous constaté aussi une nuit de folie avant la montée de lait ? Si oui comment l’avez-vous gérée ? Et les bébés au bib ? Ont-il aussi été tout fous une nuit 2 ou 3 jours après leur naissance ?

Photo : l’allaitement des paresseuses ou comment préserver son sommeil

Pourquoi allaiter (ou pas)

lundi, mars 22nd, 2010

0125child7 Je ne vais pas vous refaire l’article des nombreux bienfaits de l’allaitement maternel, tant pour le bébé que pour la mère. Tout le monde les a entendus (sinon faites un tour à la Leche League), et soit vous allaitez et ça ne sert à rien de vous convaincre, soit vous n’allaitez pas et vous allez trouver ça culpabilisant. Il me semble aussi que ce n’est pas forcément ce qui joue le plus dans la décision d’allaiter ou pas : c’est si intime, si personnel. Je crois que c’est plutôt une question d’envie, de plaisir. Ainsi je vous propose de partager sur un mode plus personnel les petits trucs qui me plaisent et aussi ceux qui m’agacent dans l’allaitement.

Pourquoi j’aime allaiter :

  • Ne pas avoir à me lever la nuit pour faire des biberons et pouvoir me rendormir en cours de tétée
  • Avoir une bonne excuse pour faire du shopping : personnellement entre acheter une robe d’allaitement et acheter un chauffe-biberon, y a pas photo
  • Dépenser 500 calories de plus par jour sans bouger mes fesses du canapé, et admirer les cuissots dodus et autres triples mentons en me disant que c’est toujours ça de moins pour ma cellulite
  • Kit mains libres (une main libre, voire deux avec le coussin d’allaitement ou un porte-bébé) : pendant la tétée je peux bouquiner, manger, glander sur l’iPhone, etc (d’ailleurs ce billet a été en partie écrit pendant une tétée)
  • Avoir une bonne excuse pour ne rien faire : « Ah non désolée je ne peux pas ……………*, j’ai le bébé au sein »
  • Avoir trouvé le bouton « mute » : quand Pouss2 grogne et s’agite et que je n’entends plus ma série préférée, hop au sein et silence (oui c’est très mal, il mettra des années de psychanalyse à s’en remettre)
  • Ne pas avoir à réfléchir : suivre les quantités prises au cours du temps, savoir si un biberon est encore bon, etc. Il demande et je suis disponible : au sein.
  • Ne pas avoir besoin de faire pipi (ou presque) : quel agréable contraste avec la fin de grossesse !

Pourquoi ça m’énerve :

  • Tout repose sur moi, alors que je vois la parentalité comme une aventure à deux. Et je je ne nous reconnais pas dans les clichés sur la fusion mère – enfant avec le père en tiers séparateur ; pour moi les deux parents sont différents mais ont la même « importance » pour l’enfant (pas la mère à la place du Soleil et le père quelque part en orbite autour de Pluton).
  • Après neuf mois d’abstinence, je veux boire ET me resservir.
  • Un bébé qui s’énerve sur son biberon, c’est un peu agaçant. Un bébé qui s’énerve au sein : AAAAAÏÏÏEEEEE ! (j’appréhende l’arrivée des dents…).
  • J’ai parfois l’impression d’être une paire de seins sur pattes plus qu’une personne pour mon bébé et que toute tentative de câlin finit inévitablement par une tétée (or je préfère les câlins aux tétées, moi).
  • En lieu et place de seins j’ai une paire de pastèques qui ne rentre dans RIEN.
  • Les grosses fuites de lait : pas très fréquentes mais totalement imprévisibles et rien ne les arrête, trop glamour. Sans parler des montées de lait inopportunes, à croire que mes seins mènent une vie indépendante de la mienne.

Et vous ? Bien sûr ça marche aussi avec le biberon…

* remplir en fonction de la situation, par exemple, changer la couche pleine de caca du grand, faire la vaisselle…

Image : J’adore ce mode d’emploi imagé du bébé

La poule pondeuse enquête

jeudi, février 25th, 2010

TupperwareParty En ces temps de grand débat autour de l’allaitement (j’ai la flemme de vous faire une collection de 50 liens donc si vous ne voyez pas à quoi je fais allusion tapez « Elisabeth Badinter » dans Google…), et toujours prête à me dévouer pour la basse-cour, j’ai décidé d’en savoir plus sur La Leche League (LLL pour les intimes). Extrémistes et culpabilisateurs, voire nazis du lait maternel pour certains (et un point Godwin, un !), sauveurs d’allaitement pour d’autres, qu’en est-il réellement ?

Je pense qu’il faut déjà faire la part entre les différents rôles et actions de la célèbre association pour mieux comprendre. En effet, ayant pour but la promotion de l’allaitement maternel, c’est un lobby qui de ce fait a un message public général un peu stéréotypé. Je n’utilise pas le terme « lobby » de façon péjorative, ou dans une perspective de théorie du complot, simplement pour désigner une entité qui défend des intérêts particuliers (pas forcément à l’encontre de l’intérêt général) ; pour plus d’infos sur ce terme voir sur wikipédia. Je comprends que ce message puisse heurter certains (la fameuse limite information/culpabilisation) mais cela ne me choque pas qu’un groupe exprime ses idées dans une démocratie, d’autant plus que dans ce cas c’est généralement basé sur des études scientifiques, sans but lucratif et à peu près dans le sens de l’intérêt général.

Passons au cœur de métier de l’association : le soutien direct aux mères souhaitant allaiter. Cela passe par la constitution et la mise à jour d’un important fonds documentaire, que chacun peut consulter sur le site web, et bien sûr par l’intervention des animatrices, par téléphone (il y a une hotline ouverte 7 jours sur 7 !) ou en personne. On peut soit consulter une animatrice pour un problème particulier et pressant, soit se rendre à une réunion. N’ayant pas de problème particulier pressant justifiant de déranger quelqu’un, j’ai choisi d’aller à une réunion, que j’ai sélectionnée selon des critères purement géographiques.

Afin de me fondre parfaitement dans la masse, j’ai mis Pouss2 en couche lavable dans ma belle écharpe allemande au nom imprononçable que j’ai nouée de mon plus beau kangourou, emballé le tout dans mon beau manteau et roule ma poule. Au total, j’ai retrouvé une dizaine de mères dans l’appartement de l’animatrice. Autant vous le dire tout de suite, j’ai été séduite. Beaucoup de tolérance, d’ouverture, et une ambiance très sympathique. L’animatrice a commencé par expliquer que LLL accompagnait tous les projets d’allaitement, quels que soient les envies et les besoins (y compris les sevrages par exemple), et que peut-être certaines pratiques nous paraîtraient étranges mais qu’il fallait prendre ce qui nous convenait et laisser le reste. Le principe de la réunion est simple : chacune se présente et expose ses problèmes et questions. Les autres partagent leur expérience et l’animatrice apporte ses connaissances « techniques » (aide pratique à une mère qui n’arrive pas bien à mettre son bébé au sein, quantités moyennes de lait bues par un bébé selon l’âge, etc). Aucun diktat, aucune solution toute faite n’est imposée ; les femmes qui ont rencontré une situation similaire expliquent comment elles s’en sont sorties (ou pas), et celle qui a posé la question y prend ce qui lui convient. En fait ça ressemblait pas mal à la basse-cour (sauf que je suis beaucoup plus bavarde que l’animatrice).

Au delà des problèmes de bébés qui ne prendraient pas assez de poids (devinez qui est la seule mère indigne dont le poussin n’a pas été pesé depuis la naissance ?), j’ai été frappée de constater que la requête la plus récurrente concernait le tirage et le stockage de lait. La phrase typique : « J’aimerais bien pouvoir sortir plus de deux heures ». Comme quoi l’allaitement n’empêche nullement les femmes de vouloir prendre l’air (et d’y arriver…).

Par contre il n’y avait aucun père (j’ai l’impression qu’ils ne sont pas conviés mais corrigez-moi si je me trompe). D’un côté je pense que cela permet aux femmes de s’exprimer plus librement et aussi très prosaïquement d’être plus à l’aise pour allaiter (parce qu’évidemment il y a toujours au moins un bébé en train de téter). De l’autre c’est dommage de renforcer cette impression que l’allaitement exclut le père. Je peux vous dire que ce n’est pas vrai, et je l’ai vu de mes yeux : un père peut faire mille autres choses que nourrir pour créer un vrai lien avec son enfant, et pas que changer des couches. Bien sûr il y a le bain et les soins variés (cordon, mouchage…), mais il y a aussi le portage, le matelas en peau de papa, donner son petit doigt à téter, faire les cent pas pour aider bébé à s’endormir en lui chantant des chansons. Peut-être faire aussi des réunions pour les pères ? (ceci dit je suis pour ma part certaine que le Coq n’y mettrait jamais les pieds)

Alors bien sûr j’ai vu une seule réunion d’un seul groupe avec une seule animatrice, ce qui est un peu juste pour faire des généralités, mais j’ai trouvé qu’on était bien loin de l’image sulfureuse que l’association traîne ces temps-ci. Il me semble plus que probable qu’il y ait -comme partout- des gens bien et des gens moins bien à LLL, qu’il y a bien sûr une part de chance pour tomber sur quelqu’un avec qui on accroche ou au contraire une personne avec qui ça ne se passe pas bien du tout. Mais il faut tout de même rappeler que les animatrices sont des mères bénévoles dont la motivation principale est d’aider d’autres mères, et qu’a priori si on a affaire à elles c’est qu’on est venu les solliciter parce qu’on a un minimum l’envie d’allaiter. Et si ça se passe mal, rien n’oblige à rappeler ou à y retourner. Dans une société où les préjugés et les idées reçues sur l’allaitement sont monnaie courante, y compris au sein des professionnels de santé, il me semble qu’une association de ce type comble un manque de façon appréciable. Enfin s’il est possible d’adhérer à l’association pour 25€, cela n’est nullement obligatoire pour bénéficier de conseils généralement avisés (et le contenu du site est également en accès libre). On peut aussi acheter des livres, revues et porte-bébés, mais là encore la pression marketing est largement supportable.

Il me semble donc qu’une association de ce type constitue une ressource précieuse pour une femme qui souhaite allaiter (évidemment si ce n’est pas le projet ça a moins d’intérêt), surtout si elle n’en a pas l’expérience et n’a pas dans son entourage de personne susceptible d’être de bon conseil. Globalement ces groupes de parole et de soutien entre parents peuvent être extrêmement bénéfiques. Et n’oublions pas que si LLL est l’association la plus proéminente, il en existe d’autres comme Solidarilait, sans compter les associations locales et celles tournées vers la parentalité en général (et pas seulement l’allaitement) : n’hésitez pas à prospecter autour de chez vous.

(Photo : J’avoue que ça m’a un peu fait penser à une réunion Tupperware…)

Toutes les femmes peuvent allaiter ?

mardi, février 9th, 2010

cat-breastfeeds-baby Après des décennies de suspicion envers le lait maternel, il était temps de rétablir la vérité. Oui, l’immense majorité des femmes peut produire du lait d’excellente qualité (on voit qu’en Norvège par exemple 98% des femmes allaitent à la naissance). Cependant, dans la lignée de ma réflexion sur information et culpabilité, je me demande si cette affirmation n’a pas entraîné une certaine culpabilisation, infondée de surcroît. Ce n’est un secret pour personne que chaque femme, chaque grossesse, chaque naissance sont différentes. Un couple aura besoin d’assistance médicale pour concevoir un enfant tandis qu’un autre en aura un malgré l’usage d’une contraception supposée efficace. Une femme mènera une grossesse paisible et sans encombre tandis que l’autre développera une complication ou une pathologie. Tel accouchement pourra se faire physiologiquement, sans assistance, tandis qu’un autre nécessitera une césarienne. Bref, sur la route qui nous mène au bébé, nous sommes loin d’être toutes égales. Il paraît logique qu’il en soit de même pour allaiter. Au-delà des situations particulières (prématurité, jumeaux…) qui peuvent handicaper l’allaitement et sans même parler psychologie, il suffit de comparer les histoires de son entourage pour voir toute une diversité de situations : de l’allaitement qui a roulé tout seul aux mères très motivées qui ont fini par jeter l’éponge devant les difficultés rencontrées. Si on reprend l’exemple de la Norvège, on voit d’ailleurs qu’à trois mois le taux d’allaitement passe à 80%. Il y a donc un nombre non négligeable de mères qui ont commencé à allaiter et jeté l’éponge.

Evacuons tout de suite le problème des mauvais conseils et de l’entourage (y compris médical) plombant qui accuse l’allaitement au moindre écart, prônant le sevrage dès que quelque chose ne va pas. Il est complètement schizophrène et contre-productif de mettre des avertissements qui ne sont pas sans rappeler ceux des paquets de cigarette sur les boîtes de lait pour bébé tout en considérant ce même lait comme la norme et le lait maternel comme une gentille excentricité (voire une déviance perverse de mère égoïste) à laquelle il faut renoncer rapidement. Passons aussi sur le libre choix des mères :  il doit être absolument respecté. Ceci dit ce choix doit être informé et éclairé, et non basé sur des contre-vérités et autres culpabilisations infondées (« de toute façon tu n’as pas de lait/il n’est pas assez bon » ou encore « si tu n’allaites pas ton enfant sera débile, malade et dépressif »). Mais in fine, même s’il est important d’être bien informée,  je pense que c’est surtout une décision intuitive, qu’on « sent » plus qu’on ne la raisonne. Il me semble qu’allaiter si on n’en a pas vraiment envie c’est un peu comme faire du sport juste pour maigrir/parce que c’est bon pour la santé : voué à l’échec. Mieux vaut faire comme Johnny et avoir l’envie d’avoir envie… Mais j’ai déjà parlé de toute cela ici, et je vais donc arrêter le réchauffé.

Revenons à nos moutons : qui ne connaît pas une mère, motivée pour allaiter, bien renseignée sur la question (y compris ayant déjà allaité), qui a fini par arrêter ? Ou qui a persévéré, mais à quel prix ? Je connais des femmes qui ont allaité uniquement en tirant leur lait et en le donnant au biberon, d’autres qui ont passé des semaines à rééduquer la succion du bébé par des artifices complexes, d’autres encore qui ont souffert le martyr pendant des jours, certaines qui ont du lutter pied à pied contre un entourage hostile et culpabilisateur. Si vous ne me croyez pas ou n’en connaissez pas, allez simplement sur la section « allaitement » de n’importe quel forum de mères, et vous verrez un condensé de tout ce que ces mères ont enduré (et si vous hésitez à allaiter, il vaut peut-être mieux éviter, c’est assez décourageant). Moi qui ai eu (jusqu’ici) la chance d’avoir des bébés téteurs de compét’ et de baigner dans le lait (donc en gros allaiter = mettre la bouche du bébé devant le téton et attendre que ça se passe tout seul, éventuellement en serrant les dents quand ça fait mal), je suis baba d’admiration devant tant d’énergie et de volonté.

Pour en revenir à mon interrogation initiale, je ne suis pas convaincue par la communication très lisse autour de l’allaitement parfait au pays des bisounours, avec le message sous-jacent que d’une part c’est que du bonheur et que d’autre part ce bonheur est à la portée immédiate de toutes. Parce que que va faire une mère quand ça ne va pas être que du bonheur (et il me semble qu’une bonne majorité des mères allaitantes rencontre un jour ou l’autre un problème) ou quand elle ne va pas y arriver ? Culpabiliser pardi, c’est une seconde nature. Alors OK, tout le monde peut y arriver, mais probablement pas au même prix. Et oui, globalement c’est du bonheur, mais pas que.

Concrètement, je conseille à toutes les femmes qui ont le désir d’allaiter de se préparer, non pas en se massant les tétons mais en s’informant sur les difficultés et les pièges de base (par des lectures, des réunions d’associations type LLL ou des cours de préparation à la naissance), et en étant prête à recourir aux conseils d’une « professionnelle » à la moindre difficulté (sage-femme libérale, bénévole d’association de soutien à l’allaitement, consultante en lactation), idéalement identifiée avant la naissance du bébé. Et à toutes celles qui attendent un bébé de se laisser la possibilité de changer d’avis, quelle que soit leur position initiale. On a le droit de trouver ça trop dur, ou tout simplement que ce ne soit pas son truc, et inversement on peut se laisser surprendre par un nouveau-né tout juste arrivé qui rampe vers le sein, ou juste émouvoir par une amie qui donne le sein avec plaisir.

Pour finir, si vous doutez de la puissance et du pouvoir du sein, je vous suggère de jeter un œil à cette vidéo (le son n’est pas indispensable, par contre évitez la trop grande proximité d’un repas si vous avez l’estomac fragile…) :

Informer sans culpabiliser : est-ce seulement possible ?

lundi, février 1st, 2010

culpabilite La maternité est un puits sans fond de culpabilité. Il est donc crucial que déjà entre mères nous évitions de nous pousser les unes les autres plus profond alors que nous avons déjà tendance à nous y enfoncer toutes seules. Cependant si nous voulons faire des choix éclairés, il faut aussi que nous bénéficions d’informations sur les différentes alternatives dont nous disposons. Pour avoir fréquenté ‘un certain nombre de mères, j’ai vite réalisé que la ligne entre « ne pas culpabiliser » et « donner des informations objectives » est bien étroite et difficile à tenir. Ne pas donner un conseil non sollicité qui risque de faire plus de mal que de bien ? Nier les vérités qui ne nous arrangent pas ?

En préalable, il faut tout de même rappeler que la plupart des sujets qui nous déchirent sont finalement des problèmes de nantis (les fameux MPR : méga problème de riche) : quand certaines affrontent chaque jour l’angoisse de ne pas pouvoir nourrir leur famille, j’en suis à me demander comment agrémenter le persil tubéreux de mon panier bio pour que les hommes consentent à en manger. Alors que des femmes risquent leur vie pour faire naître leur bébé, je suis en panique car je n’ai toujours pas fini mon sac pour la maternité à 40 SA. J’arrête là, vous voyez le tableau.

Je dois aussi ajouter que personnellement, je suis assez mal placée pour juger quiconque. J’ai donné naissance avec et sans péridurale. J’ai été suivie par une gynéco et par une sage-femme. J’ai utilisé des Pampers et des couches lavables. J’ai allaité et donné des biberons (avec BPA). J’ai des portes-bébé et des poussettes (face à la route en plus). J’ai fait des purées et donné des petits pots (même pas bio). J’ai fait du cododo et j’ai laissé pleurer. J’ai fait de l’écoute active et j’ai crié des insanités. J’ai repris à temps plein après le congé maternité et je m’apprête à prendre 6 mois de congé parental total. Comme tout le monde, j’ai mes doutes et mes regrets, mais globalement je suis en paix avec mes choix. Je les assume. Parce qu’à chaque instant, j’ai essayé, en fonction des informations et connaissances dont je disposais, de trouver la meilleure solution, le meilleur compromis pour ma famille. Et je ne crois pas que chacune de ces options font de moi une bonne ou une mauvaise mère. Un bon parent n’est pas pour moi quelqu’un qui aurait validé toutes les cases d’une improbable check list, mais plutôt une personne qui essaie, qui fait de son mieux, qui n’hésite pas à se remettre en question, à voir ce qui se fait, avec comme but ultime de trouver ce qui convient le mieux à toute sa famille (si tant est qu’on puisse vraiment définir le bon parent). La construction physique et mentale d’un enfant est un processus tellement complexe qu’on ne peut attribuer sa réussite ou son échec (sans compter la difficulté pour définir des critères de réussite ou d’échec) à un seul de de ces facteurs.

Comme je lis et me documente pas mal sur tous ces sujets (sans compter quelques cogitations issues de mon neurone unique -dont j’espère qu’il va retrouver quelques copains maintenant que j’ai pondu…), j’essaie de partager les informations, les théories, les résultats scientifiques qui me semblent intéressants et pertinents avec ceux et celles que ça intéresse (et apparemment il y en a si j’en crois les stats du blog et les commentaires enflammés toujours plus nombreux). J’essaie d’être objective, même si bien sûr la nature même du support -un blog dont je suis la poulocrate unique- implique une grande subjectivité : je traite les sujets dont j’ai envie, comme j’en ai envie, sans demander l’avis de personne. Mon but n’est jamais de culpabiliser, même s’il m’arrive d’être involontairement maladroite, et même si je sais combien certains sujets peuvent être douloureux.

Par exemple, je sais maintenant que si j’écris un billet sur l’allaitement, quelles que soient les précautions que je vais prendre, il est quasiment certain qu’il y aura au moins un commentaire d’une mère qui se sentira blessée par le sujet, ou au moins « obligée » de justifier pourquoi elle-même n’a pas allaité. Faut-il pour autant arrêter de parler d’allaitement ? Je pense au contraire que plus on en parlera, plus les femmes seront informées, et moins il y en aura à qui ça restera en travers de la gorge : les femmes pourront faire leur choix en connaissance de cause et auront plus de chances de mener leur projet à bien, ce qui à mon avis les aidera à mieux l’assumer derrière.

Il y a aussi tout le débat autour des conditions d’accouchement et de leurs répercussions physiques et psychologiques sur la mère et l’enfant, qui peut facilement devenir culpabilisateur (ou être ressenti comme tel, ce qui revient au même). Bien sûr que cela n’est qu’un facteur parmi d’autres, mais faut-il pour autant éviter d’en parler ? Se pose finalement la question de l’intérêt commun vs l’intérêt individuel : globalement il est dans l’intérêt de la société d’être composée de gens équilibrés et en bonne santé (ne serait-ce que parce que c’est elle qui paie pour ceux qui ne vont pas bien). Mais l’histoire a montré de nombreuses fois qu’on ne fait pas le bonheur du peuple malgré lui, et cela ne doit pas se faire aux dépens des libertés individuelles. On se trouve donc face à un certain nombre de questions auxquelles je n’ai bien sûr pas de réponse : Comment faire évoluer notre organisation pour encourager les pratiques qui nous semblent les plus bénéfiques ? A quel prix ? Pour quel bénéfice ? Quelles sont les priorités ? Par exemple, faut-il plutôt encourager la confiance en soi des parents et leur sentiment de compétence, au risque d’entretenir des pratiques néfastes ? Ou faut-il privilégier l’information scientifique la plus en pointe sur les pratiques les plus bénéfiques, alors qu’on a l’impression d’avoir déjà prescrit tout et son contraire au fil des années ?

Je ne crois pas qu’on puisse trouver de réponse simple à ces questions (à dire vrai je trouverais même ça inquiétant) mais je voulais partager avec vous ces réflexions qui touchent finalement à la raison d’être de ce blog.

D’autres réflexions qui peuvent vous intéresser :

Bien-être et maternité

jeudi, janvier 7th, 2010

bienetre Je continue sur la lignée des livres prêtés par ma prof de yoga prénatal (probablement un des derniers, car comme l’indique l’adjectif « prénatal », je risque de ne plus beaucoup la revoir d’ici très bientôt) avec ce beau pavé du Dr Bernadette de Gasquet. Celle-ci est à la fois médecin et professeur de yoga, et s’est rendue célèbre dans le microcosme de la périnatalité par ses travaux sur la mécanique obstétricale et notamment ses propositions en matière de liberté de position à l’accouchement. Elle a aussi beaucoup travaillé sur les abdos et le périnée.

C’est plutôt un bon livre pour accompagner la grossesse car il ne se contente pas d’énumérer tous les problèmes auxquels on peut être confrontée avec pour seule explication « c’est normal/c’est les hormones/c’est psychosomatique » et pour seule proposition d’amélioration « ce n’est pas grave/ça ne durera pas plus de 9 mois, soyez patiente/prenez du paracétamol/arrêtez de stresser/allez voir un psy ». En effet le livre propose toute une série de postures (inspirées ou directement prises au yoga), d’exercices, de relaxations et de propositions pour aider concrètement les femmes à se sentir bien pendant la grossesse, l’accouchement et le post-partum. Les postures sont bien décrites et illustrées au fil des pages, en accompagnement de la description des troubles qu’elles sont censées apaiser, et il y a des propositions de séances pré et post-natales pour les enchaîner. Evidemment si comme moi vous avez un cours de yoga c’est moins utile, mais si vous avez des difficultés à en trouver un ou une fâcheuse tendance à oublier les postures (SNU quand tu nous tiens), c’est toujours bon à avoir sous le coude. Ce que je trouve bien aussi dans ce livre c’est qu’il n’est pas culpabilisant et qu’il reste très pragmatique, du coup je pense qu’il peut convenir à beaucoup de femmes et pas seulement à celles qui sont vraiment dans une démarche d’accouchement très « nature » et physiologique. Du coup je pense qu’il peut faire un cadeau apprécié à une amie enceinte, même si on n’est pas tout à fait dans la même approche.

Evidemment, ce livre a aussi quelques aspects qui peuvent être irritants. Il est écrit surtout sous forme de dialogue entre la femme et le « professeur » (mais moins particulier que le style Leboyer quand même…), ce qui peut faire bizarre. Il y a quelques suggestions et conseils un peu étranges (du style remplacer son sac à main par une valisette qu’on pourra utiliser comme repose-pied ; je peux vous dire que le premier qui tente de remplacer mon Twenty par une valisette il se prend le Twenty en question et son énorme aimant dans sa face*), mais après tout rien n’empêche de piocher ce qui nous convient et d’ignorer le reste. Le livre date de 1997 (il est à sa septième édition) mais ses photos ont un furieux goût de 80’s-début des 90’s, on se croirait chez Véronique et Davina… Notez qu’il n’est pas obligatoire de revêtir la même tenue ou de se faire un brushing assorti pour que les postures soient efficaces. L’allaitement n’est pas trop mal traité mais ça ne vaut pas un vrai livre sur le sujet comme le grand classique de Marie Thirion, ou mieux encore la possibilité d’avoir une personne référente de confiance (sage-femme, consultante en lactation, animatrice d’association…) dès la naissance du bébé pour aider à résoudre ses problèmes avec des solutions adaptées. Ce n’est pas la même chose de voir une photo d’une position d’allaitement ou d’avoir quelqu’un qui vient chez vous vous montrer comment la réaliser avec vos fauteuils, vos coussins et votre bébé. Enfin il faut avoir un minimum envie d’essayer les postures et les étirements, il semble peu probable qu’une approche donnée puisse convenir à tout le monde.

En conclusion je dirais que dans la myriade des guides de grossesse c’est plutôt un bel investissement, à offrir, se faire offrir, prêter ou emprunter. A mon avis bien plus utile que le Pernoud en tout cas (et moins cher si j’en crois les tarifs Amazon).

*par contre je suis tout à fait ouverte si on cherche à le remplacer par un Birkin par exemple…

Efficace, inutile ou dangereux ?

lundi, janvier 4th, 2010

doug_ross Pour commencer dignement cette année 2010 (que je vous souhaite bien sûr remplie de bonheur, de succès, de joie et d’enfants qui dorment 12 heures par nuit), je vais partager avec vous une bonne résolution.

Comme vous le savez sans doute si vous lisez régulièrement les articles de la Basse-cour, j’essaie d’avoir l’esprit relativement critique sur les traitements médicaux, en particulier pour ce qui ne me semble pas essentiel (si j’ai une pneumonie et qu’on me prescrit des antibios, je ne crois pas que j’irai faire une recherche avant de les prendre…). Au-delà de la confiance qu’on peut avoir en un praticien (et qui est bien sûr essentielle au bon fonctionnement de la thérapie), je m’appuie sur l‘Evidence-based medicine (EBM pour les intimes) ou Médecine factuelle en français (voir ici ou pour plus d’explications). Ce système de pensée a déjà été pas mal intégré dans la médecine allopathique occidentale, même s’il reste encore beaucoup de travail, notamment en obstétrique (voir par exemple la réticence de certains à abandonner des pratiques démontrées nocives et/ou inutiles comme l’épisiotomie ou le monitoring continu systématiques). A côté, les remèdes plus traditionnels et les médecines alternatives restent moins étudiés, et c’est fort dommage. Il ne faudrait pas jeter le bébé avec l’eau du bain, il est clair que notamment les plantes recèlent de molécules actives avec des propriétés thérapeutiques (l‘aspirine vient du saule par exemple, la pénicilline de champignons). Or pour beaucoup de produits de ce type c’est surtout basé sur l’expérience générale d’un praticien, et pas du tout sur des tests standardisés, avec des contrôles, des placebos, des doubles aveugles etc. Scientifiquement je ne trouve pas ça satisfaisant. Et l’argument « c’est naturel donc c’est bien/pas dangereux » n’a à mon sens aucune valeur, je laisse ses tenants le tester par ingestion de ciguë ou d’ammanite phalloïde (garantis bio et sans OGM). S’il y a des molécules actives, il y a forcément des effets indésirables potentiels.

Donc ma résolution pour cette nouvelle année, c’est d’aller voir sur PubMed (THE base de données des articles médicaux) à chaque fois qu’une proposition de traitement me pose question, histoire de voir s’il est utile et quels en sont les risques éventuels. N’ayant accès qu’aux résumés, cela ne donne hélas qu’une vue partielle des études mais je trouve que c’est toujours mieux que rien. Il est révélateur de constater le faible nombre d’études que je trouve à chacune de mes recherches (en général moins de 20).

Voici déjà quelques exemples sur des prescriptions faites au cours de la grossesse. Loin de moi l’idée de vous dire quoi faire ou pas, simplement partager avec vous ce que j’ai trouvé afin que, si cela vous intéresse, cela puisse vous aider à prendre une décision éclairée.

La tisane de feuille de framboisier : à prendre le dernier mois pour préparer l’utérus et les tissus. Je lance donc une recherche sur « raspberry leaf pregnancy ». Bingo, la première entrée est un article « Raspberry leaf -should it be recommended to pregnant women? ». Il s’agit d’une revue de la littérature existante, donc plutôt intéressant puisque permettant de prendre en compte plusieurs études et tests. Le résumé déplore l’absence de recherche sur le sujet ; les quelques données disponibles indiquent un risque possible pour l’enfant à naître et ne permettent pas de mettre en évidence son efficacité. Donc en l’état actuel des connaissances : ça ne sert à rien et c’est potentiellement dangereux. Une autre étude va dans le même sens. On peut tout de même tempérer par une étude randomisée en double aveugle avec contrôle par placebo sur la prise de comprimés de feuille de framboisier à partir de 32 semaines de grossesse. Les auteurs concluent qu’il y a peu de différences significatives entre les deux groupes et qu’il faudrait plus de recherches, notamment sur le dosage. Conclusion : je passe (en plus ça a pas l’air super bon).

Le massage du périnée en fin de grossesse pour éviter épisio et déchirures : résultats de la recherche « antenatal perineal massage ». Une première revue de la littérature ne parle pas de ces massages : sa principale conclusion est que la meilleure protection du périnée passe par la diminution de l’utilisation de l’épisiotomie, pour les autres pratiques on est dans le flou. Une autre quant à elle arrive à la conclusion suivante : les massages du périnée pendant la grossesse diminuent la probabilité d’avoir une épisiotomie, en particulier chez les primipares, et peuvent diminuer les douleurs du périnée du post partum (3 mois après la naissance) chez les femmes ayant déjà accouché par voie basse. Par contre il n’influence pas les déchirures (quel qu’en soit le degré), l’incidence des extractions instrumentales, la satisfaction sexuelle et le risque d’incontinence. Enfin un article dont le résumé ne montre pas très bien sur quoi il se base (revue de la littérature ? essais cliniques ? « on dit » ?) cite le massage du périnée chez les primipares comme moyen de réduire les traumatismes des voies génitales, avec un certain nombre d’autres facteurs (position d’accouchement verticale ou latérale, éviter la poussée de Vasalva*, éviter l’épisiotomie, gérer la sortie de la tête du bébé…). Il y a aussi des études randomisées avec comparaison d’un groupe témoin et d’un groupe faisant des massages (bon on ne peut pas faire ça en double aveugle comme avec un médicament, les femmes ayant tendance à se rendre compte de si elles se massent ou pas…). Les résultats ne sont pas très tranchés (ha ha ha) :

  • Shipman et al (1997) : Le massage du périnée semble avoir certains bénéfices en termes de réduction des déchirures de 2ème et 3ème degré, des épisiotomies et des extractions instrumentales. Ces effets sont plus marqués chez les femmes de 30 ans et plus.
  • Eogan et al (2006) : Le massage permet de limiter la douleur du périnée lors du post partum mais n’influence pas le taux de périnées intacts lors de l’accouchement, pas plus que les lésions du sphincter anal.
  • Meidan et al (2008) : Le massage n’a d’effet ni bénéfique ni délétère sur l’occurrence d’un traumatisme du périnée.

A noter que ces trois études ont été conduites chez des primipares attendant un seul enfant. Par ailleurs, avec les résumés du moins, si on veut se lancer dans le massage, on ne sait pas : quand commencer, à quelle fréquence, combien de temps, faut-il utiliser une huile ou une crème (si oui laquelle ?), avec quelle technique ? J’avoue qu’en ce qui me concerne, n’étant pas très tentée par la chose, je ne trouve pas cela suffisamment convaincant pour lever mes réticences. Mais pour le coup je reconnais que ça ne peut pas faire de mal.

Le massage des tétons en fin de grossesse pour préparer l’allaitement ; après quelques essais infructueux je trouve des articles intéressants avec les mots clés « nipple massage ».

  • Brown et Hurlock (1975) : ils ont demandé à des femmes de préparer un seul sein en se massant les tétons, en appliquant de la crème ou en exprimant du colostrum. Aucune différence n’a été observée entre les seins en termes de sensibilité ou de traumatisme.
  • Whitley (1978) : un sondage a été conduit auprès de jeunes mères et permet de proposer entre autres que le massage des tétons et des seins (avec expression de colostrum) n’est associé ni à un allaitement plus long ni à une prévention des tétons irrités et des engorgements. Cette hypothèse reste à étayer par des études plus poussées.

Je trouve incroyable qu’en ces temps où les pouvoirs publics veulent promouvoir l’allaitement on ne trouve pas plus d’études plus récentes. Ceci dit la Leche league par exemple ne recommande aucune préparation des seins, si ce n’est dans un but de « familiarisation » pour les femmes qui ne sont pas très à l’aise avec l’idée d’allaiter et avec leur corps en général.

Les soins du cordon à la teinture-mère de calendula : je n’ai rien trouvé sur ce sujet sur PubMed, par contre il y a un certain nombre d’articles démontrant l’efficacité du calendula pour d’autres affections. En élargissant ma recherche au grand Google, je suis tombée sur les recommandations de la fédération des sages-femmes suisses sur les soins du cordon. Il ne semble pas très clair qu’il y ait vraiment besoin de traiter le cordon, mais si on le fait le calendula ne semble pas pire qu’autre chose, donc pourquoi pas.

Si vous avez d’autres données sur ces sujets ou sur d’autres pouvant intéresser la basse-cour, n’hésitez pas à les partager.

*qui semble correspondre à notre « inspirez-bloquez-poussez » mais qu’on me corrige si je me trompe.

Photo : après le sondage organisé par Clemys à l’occasion d’un précédent billet, je vous remets George, le grand vainqueur, pour commencer l’année tout en douceur (what else ?).

Let’s talk about sex (2)

vendredi, octobre 30th, 2009

sky_difool_funNous avons vu hier comment faire un bébé (ah bon vous saviez déjà ?) et comment accommoder gros ventre et kama sutra (ou pas), continuons sur la lancée. Sans développer ici plus avant, je vous rappelle que l’accouchement en lui-même peut être une expérience orgasmique.

Troisième étape : après l’accouchement. Le post partum immédiat est probablement la période la moins propice à la bagatelle, ne serait-ce que parce qu’avoir mal quand on s’assied et/ou quand on urine fait qu’on ne laisse généralement personne s’approcher de la zone stratégique à moins de 200 mètres. Et puis sur les semaines (mois ?) qui suivent il y a le chamboulement du corps (le ventre vide qui pendouille est généralement moins bien perçu que le beau ventre rond et tendu), la fatigue, le bébé collé au sein 20h/24 (si on allaite) ou tout simplement dans les bras, les lochies, les hormones qui sont contre nous, le baby blues, pas le temps de prendre soin de soi, j’en passe et des meilleures. Le sexe peut sembler trrrrrrrrès loin sur la liste des priorités mais cela peut être un atout pour rééquilibrer et resouder le couple parental, souvent soumis à rude épreuve après la naissance ; là encore, cela ne peut être que bénéfique pour les enfants. Evidemment c’est un équilibre qui sera propre à chaque famille et à chaque situation et le sexe n’est pas non plus le seul ciment du couple.

L’allaitement est bien sûr loin d’être incompatible avec les activités sexuelles mais il n’y est pas toujours propice : éjections de lait impromptues (l’ocytocine est à la fois l’hormone du sexe et de l’éjection du lait), libido plus basse (la prolactine, qui permet la sécrétion de lait, est très mauvaise pour les envies de zigounipiloupilage) , lingerie pas toujours au top du sexy avec coussinets qui dépassent (certains modèles constituent à mon avis une méthode de contraception fiable à 100%), sans compter d’éventuelles difficulté d’ordre psychologique (concilier sein nourricier et sein érotique, pas toujours facile pour la femme comme pour l’homme)… Ceci dit la poitrine de la femme allaitante a aussi ses avantages, ne serait-ce que par sa taille. De la même façon le cododo peut rendre les choses un peu plus compliquées, mais d’une part les enfants ont généralement le sommeil lourd, et d’autre part il n’y a pas que le lit. Ces pratiques sont d’ailleurs souvent accusées par certains psys d’interférer avec la sexualité parentale et décriées pour cela ; il me semble que si un des parents (en général la mère) les utilise pour repousser les avances de l’autre cela ne fait que révéler un problème sous-jacent et n’en est pas pour autant l’origine. Les cas pathologiques ne doivent pas masquer la majorité des familles où allaitement et cododo (y compris prolongés) vont de pair avec une vie sexuelle parentale épanouie.

Le moment de reprendre finit donc par arriver (quelques semaines ? quelques mois ? ne vous mettez pas de date couperet obligatoire…) ; la pénétration peut faire peur à la femme, surtout si l’accouchement a été difficile (épisio, forceps…). Y aller à son rythme, insister sur les câlins et les préliminaires (là encore on peut se faire plaisir sans passer par le coït), si nécessaire utiliser du lubrifiant et/ou des préservatifs, sont autant de moyens de rendre les choses plus agréables. Et puis n’oubliez pas qu’aussi bien équipé que soit votre homme cela n’est pas comparable par rapport à un bébé… Il faut aussi du temps pour se réapproprier son nouveau corps, d’autant que le retour à une situation « normale » n’est généralement pas immédiat (9 mois pour le faire, 9 mois pour le défaire, dit l’adage). Des facteurs tant physiques (si le vagin était un peu « étroit » avant l’accouchement par exemple) que psychologiques (on peut se sentir plus accomplie en tant que femme par la maternité) font qu’avoir eu un bébé peut rendre l’activité sexuelle plus agréable pour la femme qu’avant, même si l’inverse est bien sûr également possible. N’oublions pas la rééducation périnéale qui aide aussi pour retrouver des sensations et se réapproprier son corps, tant physiquement que psychologiquement. Enfin rappelons que si plusieurs semaines après avoir accouché votre cicatrice d’épisio ou de déchirure vous fait toujours mal ou vous gêne, il faut en parler à votre gynéco ou à votre sage-femme, des solutions existent.

Petit détail qui a son importance : contrairement aux deux étapes précédentes, n’oubliez pas la contraception. L’allaitement peut empêcher une grossesse avec un taux d’efficacité proche des méthodes plus habituelles (98%) mais sous certaines conditions bien définies. Rappelons que si on allaite, on n’est pas obligée d‘attendre le retour de couches pour se faire poser un DIU (stérilet), même s’il faut attendre environ 6-8 semaines (le retour de couches sans allaitement en gros ; le non-allaitement restant encore beaucoup la norme dans certains esprits médicaux) que l’utérus ait repris sa taille et sa forme. Et c’est l’ovulation qui déclenche les règles (et non l’inverse), donc on peut ovuler et tomber enceinte avant le retour de couches (certaines femmes qui allaitent longtemps puis enchaînent les bébés peuvent ainsi ne pas avoir de règles du tout entre deux) : n’attendez pas celui-ci pour prendre vos précautions (à moins de souhaiter des enfants très rapprochés bien sûr).

Finalement, je dirais que nous sommes dans une société où le sexe est devenu une valeur à part entière ou presque : pour avoir une vie « réussie » il faut avoir une Rolex une activité sexuelle aussi importante et épanouissante que possible. Bien sûr il est positif que le puritanisme et les tabous sur le plaisir, la masturbation et le sexe en général soient battus en brèche mais le retour de balancier me semble un peu fort. On a le droit de ne pas considérer le sexe comme THE source de plaisir et de bonheur, on peut être un couple solide et équilibré sans faire des galipettes toute la sainte journée, bref je ne crois pas qu’on ait besoin de normes et de chiffres (quelle fréquence ? combien de temps ? combien d’orgasmes ?) dans ce domaine. Chacun a ses besoins, ses envies, qui peuvent varier avec le temps, selon les situations ; bien sûr il faut trouver un équilibre au sein du couple pour concilier les attentes des deux partenaires, donc dialoguer, dédramatiser, et ne pas hésiter à consulter (gynécologue, urologue, sexologue, psychologue…) si des difficultés (physiques et/ou psychologiques) récurrentes en font une source de tensions et de conflits trop importants.

Bonus : si vous ne connaissez pas, filez voir cette BD de Melaka sur le sujet.

(Photo : Vous ne les reconnaissez sans doute pas. Indices : Lovin Fun ; « Ce n’est pas saaaaaale, pense aux fleurs »)

Grossesse et grippe A

lundi, septembre 21st, 2009

dr-owen-hunt-photo_316x476 Aujourd’hui la Poule se joint au concert médiatique pour vous parler un peu de la grippe A. Loin de moi l’idée de m’introniser expert en grippe ou en épidémiologie, mais figurez-vous que ces Messieurs du CNGOF (Collège national des gynécologues obstétriciens de France) ont pondu un beau petit document (à télécharger ici) pour expliquer la grippe A aux femmes enceintes. Petite parenthèse : je ne veux pas piétiner les plates-bandes d’Olympe mais je trouve assez hallucinant qu’un organisme dont la vocation est en gros de s’occuper de la santé des femmes (en l’occurrence le CNGOF) soit composé quasi exclusivement de bonshommes (voir ici les membres du bureau et ceux du CA, c’est pire que le Sénat, et en plus y en n’a pas un avec un vague air de McDreamy, la loose). Fin de l’apparté.

Pour revenir à notre sujet du jour, à moins de vivre en ermite reclus ces derniers jours, vous avez difficilement pu échapper au fait que la grippe A serait plus dangereuse pour les femmes enceintes (en particulier au troisième trimestre) que pour l’individu lambda. En gros, comme les femmes enceintes ont d’une part une capacité respiratoire moindre (z’avez remarqué cette impression d’avoir le diaphragme entre les seins et les clavicules ?) et d’autre part un système immunitaire moins efficace, elles ont plus de risques de développer des complications pulmonaires sévères. Et de façon générale, une fièvre élevée (causée par une grippe ou une autre infection) peut provoquer des contractions et faire passer la grossesse en menace d’accouchement prématuré, voire accouchement prématuré, ce qui n’est pas franchement souhaitable. Il vaudrait donc mieux éviter de contracter la grippe (A ou autre d’ailleurs) lorsqu’on est enceinte.

Que nous recommande le CNGOF ? (en plus des inévitables lavages de main & co, voir ici pour tous les détails)

Bonne nouvelle :

Il n’y a pas de raison de modifier vos activités : travail, transports, réunions de famille…

Mais quelques lignes plus loin :

Eviter les lieux de contamination : hôpitaux, cliniques, écoles, transports en communs,
grands rassemblements publics…

Donc si vous êtes (au hasard) une gyn-obs enceinte qui travaille à l’hôpital et s’y rend par les transports en commun, libre à vous de choisir celles des deux recommandations contradictoires qui vous arrange le plus. Dommage que vous n’ayez pas participé à la rédaction du document ceci dit…

Sinon je dois avoir un don de prescience mais l’organisation prévue pour mon suivi de grossesse et mon accouchement (pourtant choisie avant l’été) est pile poil dans les recommandations anti-grippe : consultations au cabinet par une sage-femme libérale (échographies également en ville), suites de couche à la maison plutôt qu’à la maternité… En tant que partisane du libre choix des femmes et du développement des alternatives plus physiologiques, je ne peux que me réjouir que la pandémie mette en lumière ce type de suivi. Mais (il y a un mais) n’oublions pas les femmes en situation précaire ayant un accès limité à ce type de soins (mauvaise connaissance du système, quartiers avec peu de professionnels…). Pour ces femmes le suivi de grossesse en maternité publique est souvent une des seules occasions d’être examinée par un professionnel de santé, de voir certaines pathologies (liées ou pas à la grossesse) dépistées, mais aussi d’améliorer leur intégration dans la société, notamment pour celles issues de l’immigration : cela peut être l’occasion de les orienter vers des travailleurs sociaux par exemple, mais tout simplement de leur faire connaître leurs droits. La réduction possible du nombre de consultations et d’échographies (suppression de celle du troisième trimestre) proposée en page 9 renforce ces inquiétudes. Espérons donc que la pandémie n’ait pas (trop) de répercussions de ce type sur ces populations déjà fragiles.

Je vous passe le passage sur l’allaitement par une mère grippée (p. 7) dont les modalités décourageraient probablement la fondatrice de la Leche league, ainsi que sur la réponse lapidaire à la question « Où accoucher ? » (p. 5) :

L’accouchement doit avoir lieu, comme de coutume, dans un établissement de santé (clinique
ou hôpital), y compris en période de pandémie grippale.

Même pour éviter la grippe A, le CNGOF n’est apparemment pas prêt à envisager l’accouchement à domicile (bien sûr accompagné par une sage-femme rompue à l’exercice et pour les femmes dont la grossesse présente un niveau de risque minimal). Cela serait pourtant dans la continuité de leurs recommandations d’éviter autant que possible la fréquentation des hôpitaux…

La vaccination des femmes enceintes est recommandée (dans la lignée des préconisations d’autres organismes de santé), même s’il n’est fait nulle mention de l’intérêt ou du risque des adjuvants (voir pour cela l’avis du HCSP qui semble privilégier l’emploi d’un vaccin sans adjuvant pour les femmes enceinte -je dis « semble » parce que d’une phrase à l’autre on a un peu l’impression qu’ils préconisent tout et son contraire). Les adjuvants utilisés pour ce vaccin font en effet l’objet d’une controverse importante, qui explique en partie la réception très mitigée de la campagne de vaccination par la population.

De mon côté j’avoue que je reste très indécise quant à faire ou pas ce vaccin, même si pour le moment je reste très dubitative concernant le Poussin vu que primo il est en bonne santé et robuste et deuzio il n’est pas gardé en collectivité. Je pense aussi que si je n’étais pas enceinte je ne le ferais probablement pas. Bref c’est le doute dans la basse-cour. Et chez vous ?

(Photo : bon OK si c’est lui qui fait le vaccin j’y vais…)

J’ai explication (bis)

vendredi, juillet 31st, 2009

A tous ceux et celles qui se demandent comment le pauvre Bambi a pu survivre après la mort de sa mômman (parce que bon, on peut pas vraiment compter sur Panpan pour lui donner ses mammelles), voici la réponse :

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A part ça je pars en vacances lundi mais avec la 3G, alors je serai dans les parages, même si je ne donne aucune garantie sur le rythme de publication des articles.

(Photo : ebay, via Strollerderby)