Archive for the ‘Bibliothèque’ Category

Mère indigne, mode d’emploi

jeudi, novembre 12th, 2009

mere_indigne_boulay Ce livre d’Anne Boulay m’a été offert par le Coq pendant la grossesse du Poussin. A l’époque, bienheureuse primipare, je l’avais lu d’une traite dans mon bain du samedi matin (maintenant impossible de prendre un bain tranquille avec l’autre zouave). J’ai rapidement été prise de sueurs froides. Je l’ai relu pendant cette grossesse, c’est beaucoup plus drôle. Surfant sur la mode actuelle de la mère pas vraiment parfaite, le livre aligne un par un tous les pires aspects de la maternité, de la grossesse jusqu’aux premiers mois du bébé. Partant du principe que les côtés positifs ont été surreprésentés ailleurs, ils ne le sont à peu près pas du tout dans le livre. C’est un peu le côté obscur de Laurence Pernoud. Mais avec un style beaucoup plus savoureux et quelques comparaisons assez bien trouvées. Une de mes préférées :

Endroit improbable servant de décor à une scène primordiale de l’intrigue, la salle de travail est un compromis historique entre l’usine d’emballage de poulets de Loué, la boîte de nuit du littoral varois et la cérémonie de remise des Hots d’or. Ce qui donne à cette salle en carrelage blanc un aspect filière avicole c’est l’uniforme : tout le monde porte des sabots de décontamination, une grande blouse et un bonnet de douche en non-tissé. […] Abstraction faite du cadre, c’est le son de la salle de travail qui frappe : on est à deux doigts de la 205 GTI pneus 16 pouces customisée tuning tellement le sound system crache du BPM. La salle d’accouchement est-elle un terrain idéal pour un futur Teknival ? Presque, tant les deux appareils de mesure qui enregistrent le cœur du bébé et son taux d’oxygénation émettent des « boum boum » tout à fait technoïdes. […]

La rencontre entre la grippe aviaire et le milieu de la night n’aurait aucun sens s’il n’y avait pas une histoire de poule au beau milieu. Et quelle poule : l’accouchement est une sorte de trip exhibitionniste assez interminable où un nouvel inconnu portant un bonnet de douche vient toutes les cinq minutes compter le nombre de doigts qu’il arrive à introduire. Cette longue séance de jambes écartées  débouche parfois sur une jolie consécration : certaines parturientes sont alors déclarées « césarisables ».

Vous l’aurez compris : malgré le « mode d’emploi » du titre, ce livre n’est PAS un guide de recommandations pratiques autour de la grossesse, de l’accouchement et du nouveau-né. C’est plutôt une franche partie de rigolade, même si je le recommanderais plutôt à la multipare qui en a vu d’autres qu’à la primipare angoissée (ne pas offrir à une tokophobe…).

Comment ne pas être une mère parfaite

lundi, octobre 12th, 2009

purves Depuis le temps que Ficelle et Béatrice m’en faisaient l’apologie, quand j’ai vu passer Comment ne pas être une mère parfaite de Libby Purves dans les livres prêtés par ma prof de yoga prénatal je me suis jetée dessus comme la vérole sur le bas-clergé*. Portant sur la période allant de la grossesse aux trois ans de l’enfant, ce livre se veut une sorte d’anti-Laurence Pernoud (sauf que l’auteure étant anglaise n’est sans doute pas familière avec feue notre Laurence nationale). Ecrit dans un style assez pétillant il se lit vite et avec plaisir (et la traduction est assez bonne, avec des références au goût du jour -au moins pour la nouvelle version 2004, l’originale datant de 1986- et généralement francisées quand nécessaire). Mère de deux enfants, l’auteure alterne entre des anecdotes personnelles et des trucs et astuces incluant des idées proposées par d’autres parents qu’elle a sondés pour l’écriture du livre. Globalement ce sont plutôt des conseils de bon sens déculpabilisants, pragmatiques et sans dogmatisme forcené : la présentation générale étant « voilà quelques propositions, piochez ce qui peut vous convenir et laissez le reste », évidemment je ne peux pas dénigrer une telle vision des choses quand c’est ce que j’essaie autant que possible de mettre en œuvre dans ces colonnes.

Je ne résiste pas au plaisir de vous mettre quelques citations décrivant certains phénomènes de façon particulièrement savoureuse :

  • Le complexe de la cousine Elisabeth : c’est chez la femme enceinte un « besoin irrépressible d’aller voir d’autres femmes enceintes et de comparer ses impressions ».
  • « Les parents se comportent tous un peu comme ces gens qui, à leur retour de week-end, déclarent qu’ils n’ont pas eu une goutte de pluie alors qu’en réalité il a plu des cordes pendant deux jours. Tout cela signifie que […] la visite d’une amie accompagnée d’un bébé un peu plus grand (ou un peu différent) peut vous faire douter de vos capacités. »
  • Pour se préparer au terrible two : « Je conseillerais à tous les parents de suivre des stages intensifs qui les prépareraient à affronter ces créatures versatiles. […] Si vous pouviez vous arranger pour devenir l’imprésario d’un groupe punk pendant quelques années, je crois que vous auriez compris l’essentiel. Tout ce qui vous permet de cotoyer des gens délirants sans perdre votre calme vous sera utile. »
  • « Les parents qui ont deux enfants ou plus ont une chose en commun : ils sont exaspérés par les plaintes et les inquiétudes de ceux qui n’en ont qu’un. C’est comparable au mépris que ressent une jeune accouchée devant l’idéalisme à tout crin d’une amie qui attend son premier bébé. »

Ceci étant dit il y a aussi des passages ou des choses que j’ai moins aimés. La plus sournoise pour un livre se voulant déculpabilisant est l’aptitude de l’auteure à parler de sa super carrière (elle est journaliste) parfaitement conciliée avec sa vie de famille comme si c’était à la portée de tout un chacun. Expliquer que descendre le Mississipi à sept mois de grossesse lui a permis de faire disparaître tous ses symptômes désagréables (jusqu’au retour…), ou comment passer en direct à la radio est excellent pour les nausées de grossesse, certes, mais ça ne me semble pas très pertinent pour la majorité des femmes. Je suis d’accord qu’il n’est pas forcément utile de passer sa grossesse à se regarder le nombril** mais on a aussi le droit d’être une grosse loque avachie sur le canapé. Personnellement j’ai trouvé sa façon de parler de l’allaitement (qu’elle défend) assez sympa et décomplexée, mais l’expérience de ce blog notamment m’a montré que s’il y avait un sujet dont la seule évocation tirait d’emblée sur la corde à culpabilité c’est bien celui-là. Je peux donc volontiers imaginer que ces passages mettent certaines lectrices mal à l’aise, même si on est loin de certains discours moralistes. Elle a parfois aussi un avis un peu à l’emporte-pièce sur certains points, comme l’accouchement à domicile (selon elle réservé aux brebis mais elle avoue ne pas être très objective sur le sujet). Quant aux trucs et astuces qu’elle donne, je n’ai pas encore eu l’occasion d’en tester (autres que ceux que je ne connaissais pas déjà…) ; c’est clair qu’il y a à prendre et à laisser mais elle le dit elle-même.

En bref, je dirais que comme le livre existe en poche, c’est un cadeau sympa à faire ou à se faire, pendant la grossesse ou après.

* Le Coq prétend que je suis la seule à utiliser cette expression un peu désuète mais je l’aime bien.

**L’autre jour une femme du yoga qui m’a expliqué avoir demandé -et obtenu- d’être arrêtée à trois mois pour « profiter de sa grossesse » : je suis la seule à halluciner un peu ? D’un autre côté n’envisageant pas de faire l’impasse sur le congé patho alors que ma grossesse n’est justement pas pathologique je passe sans doute pour une grosse flemmasse par rapport à d’autres…

Cette lumière d’où vient l’enfant

mardi, septembre 15th, 2009

Encore un livre de Frédérick Leboyer, celui-là surtout destiné aux femmes enceintes (publié en 1977). Pratiquant assidu du yoga, et notamment auprès du célèbre maître BKS Iyengar (celui-ci a préfacé le livre, se présentant comme un simple étudiant en yoga…), il accourt en Inde avec son appareil photo lorsqu’il apprend que Vanita, la fille d’Iyengar, est enceinte. Le livre nous montre donc l’enchaînement de postures (« asanas » pour les connaisseurs) que celle-ci accomplit chaque jour, avec photos et textes explicatifs. Voilà une image de la femme enceinte qui nous change un peu de celle que nous avons habituellement dans les médias : Vanita est au naturel, vêtue d’une chemise et d’un short à faire hurler Karl, sans brushing, sans maquillage, sans photoshoppage de ses rondeurs de femme enceinte (elle est à quelques jours de l’accouchement). Pour autant elle garde un haut potentiel pour complexer le gros bidon lambda : quelle présence, quelle puissance, quelle maîtrise ! La première posture montrée est appelée sirsasana, je vous mets une petite photo (non tirée du livre mais de ce site) :

08a-Sirsasana-A

Oui, cette femme enceinte de presque neuf mois fait cette posture. Vous voyez ce que je veux dire par complexes ? (rappelons-nous qu’elle a probablement commencé le yoga avant de marcher et qu’elle a du pratiquer tous les jours depuis…)

Après la description des postures suivent quelques réflexions de l’auteur autour de la grossesse et de l’accouchement, ainsi que de la pratique du yoga. Là encore, il est très engagé et à fond dans ses convictions, et personnellement je n’adhère pas à tout ce qui y est dit (quelques lignes expliquant que les nausées sont psychosomatiques par exemple…). Il y a aussi un passage sur la peur de l’accouchement assez intéressant, d’ailleurs j’espère faire d’ici fin 2009 un de ces jours un billet à part entière sur ce sujet.

Alors que faire de ce livre ? Deux cas de figure à mon avis :

  • Soit vous n’avez jamais fait de yoga et c’est un beau livre à feuilleter (surtout si vous pouvez vous le faire prêter), pour peut-être (re)prendre confiance dans son corps de femme. Cela peut d’ailleurs vous donner envie de vous y mettre, mais dans ce cas mieux vaut vraiment trouver un cours (il en existe des spécifiques aux femmes enceintes, et personne n’y fait sirsasana).
  • Soit vous êtes une pratiquante chevronnée, vous connaissez déjà la plupart des postures, et cela peut vous donner des idées pour pratiquer enceinte : quelles postures faire, quels aménagements éventuels mettre en œuvre. Ce qui n’empêche pas bien sûr d’apprécier en prime de se plonger dans un beau livre.

En ce qui me concerne, étant intermédiaire entre les deux propositions, je vais peut-être tester quelques postures proches de ce que j’ai déjà fait, mais avec prudence (et pas le fameux sirsasana, désolée si je vous déçois). Je trouve notamment que le texte manque un peu d’explications sur la sortie des postures (ou comment revenir dans une position normale), qui est extrêmement importante pour en conserver les bienfaits (et éviter de finir avec un nœud dans la colonne vertébrale…).

Enfin je n’ai pas non plus fait tout le tour des popotes, mais il semblerait que ce livre soit épuisé : restent les bibliothèques et les occasions (moi je l’ai piqué à ma grand-mère).

A lire aussi : Pour une naissance sans violence

Pour une naissance sans violence

vendredi, septembre 4th, 2009

pour_une_naissance Je vous ai parlé un peu de Frédérick Leboyer, en voici un peu plus sur son best-seller Pour une naissance sans violence. Paru en 1974, il explique que d’une part la naissance est un passage difficile pour l’enfant, et que d’autre part l’accueil qu’on lui réserve à la maternité ne fait qu’exacerber la violence de ce moment. Il faut dire qu’à cette époque on est en plein dans la médicalisation à outrance, avec une certaine tendance à la boutdeviandisation (de la mère comme de l’enfant) : arrivant dans une lumière crue et violente, l’enfant est saisi par les pieds par l’obstétricien qui lui claque les fesses juqu’à ce qu’il crie. S’ensuit alors un enchaînement de soins et de gestes plutôt désagréables avant d’enfin le rendre à sa mère. J’ai trouvé sur ce site une des photos du livre qui montre les adultes s’extasiant devant le nouveau-né qui lui n’a pas franchement l’air extatique : 0301naissance

Frédérick Leboyer fait donc un certain nombre de propositions : accueillir l’enfant avec délicatesse, dans une ambiance lumineuse et sonore discrète, le poser immédiatement sur le ventre de sa mère, attendre que le cordon s’arrête de battre pour le clamper, éviter de faire des soins intrusifs sans nécessité immédiate, etc. A noter que sa proposition de donner un bain rapidement après la naissance est maintenant contestée, car on a constaté que le vernix des nouveaux-nés avait un rôle protecteur et qu’il valait mieux attendre un jour ou deux pour commencer les ablutions. Les autres points devraient vous sembler familiers si vous avez lu quelques projets de naissance… et sont donc toujours d’actualité !

Rédigé dans un style assez poétique et illustré de nombreuses photos, le livre est difficile (impossible ?) à classer : certainement pas un traité d’obstétrique, pas vraiment un essai, pas non plus un manuel pour les parents. D’un côté cela se lit facilement, de l’autre ça peut sembler un peu péremptoire, et on peut facilement être hérissé par un passage ou une phrase à l’emporte-pièce. On aime ou on n’aime pas… Cependant on ne peut pas négliger l’impact que cette publication a eu sur les pratiques et mentalités en maternité ; Leboyer avait d’ailleurs essuyé à l’époque de nombreuses critiques, notamment de la part de ses pairs. Et même si ses propositions n’ont pas toutes été systématisées, le climat a quand même beaucoup évolué grâce à lui. Alors rien que pour ça, merci !

Un autre livre sur le même thème : Vous qui donnez la vie

Frédérick Leboyer

mercredi, septembre 2nd, 2009

z-flb Connaissez-vous Frédérick Leboyer ? Si vous êtes né(e) à la fin des années 70 ou plus tard, vous avez peut-être bénéficié de ses propositions. Cet obstétricien français (né en 1918) a publié en 1974 le best-seller Pour une naissance sans violence, qui a jeté un gros pavé dans la mare de l’obstétrique française. Il a été un des premiers à réfléchir à la naissance du point de vue de l’enfant et à demander un accueil plus doux du nouveau-né, l’époque n’étant pas très tendre avec eux. Véritable OVNI dans la bibliographie autour de la parentalité, surtout à une époque trustée par Laurence Pernoud, il écrit dans un style très simple et poétique, illustré de nombreuses photos qu’il prend lui-même. Il a par ailleurs mené une recherche spirituelle exigeante, notamment lors de voyages en Inde, ceux-ci inspirant largement certains de ses ouvrages. N’allez pas croire pour autant qu’il s’agit d’un doux rêveur, la licence poétique lui permettant d’exprimer avec force les convictions assez radicales de son engagement. Bref pas vraiment le gynéco typique, même si sa réputation médicale, tant sur le plan technique qu’humain était excellente.

Il a publié plusieurs ouvrages, et notamment (si on en croit Wikipedia, mais en cherchant un peu j’en ai trouvé d’autres) :

  • 1975 – Pour une naissance sans violence
  • 1976 – Shantala – Un art traditionnel – Le massage des enfants
  • 1979 – Cette lumière d’où vient l’enfant
  • 1982 – Le sacre de la naissance

J’ai lu le premier et le troisième, et je consacrerai à chacun un article. Ils restent encore tout à fait d’actualité, et peuvent à mon avis constituer un cadeau original pour des futurs parents (si tant est que ceux-ci soient un minimum branchés parentalité alternative/spiritualité). Shantala a été depuis réédité avec un DVD et permet de s’initier à l’art indien du massage des nouveaux-nés, que je n’ai pas moi-même testé (sauf quand j’étais bébé…) mais qui a très bonne réputation. Je ne sais pas grand chose sur Le sacre de la naissance, si ce n’est qu’apparemment il existe aussi sous forme de film (réalisé par Leboyer himself).

(Photo : Natural pregnancy mentor)

Parler pour que les enfants écoutent…

jeudi, mai 7th, 2009

faber_mazlish Ça y est ! Je l’ai enfin lu ! Le fameux livre de Faber et Mazlish : Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent. Je l’ai lu en anglais, car d’une part je voulais éviter une mauvaise traduction, et puis plus prosaïquement la VF est plus difficile à trouver (voir les occasions, les bibliothèques et la Leche League par exemple).

Ma première impression (confirmée par le Coq, qui a fini par s’y mettre aussi) : c’est un copié-collé du Parents efficaces de Gordon ! Etant donné que ce sont tous des auteurs étatsuniens, je me demande même comment ils ne sont pas tous en procès les uns avec les autres (si ce n’est que ça ne collerait pas trop avec l’approche communication non violente ?). Et d’après les dates indiquées dans chacun de ces livres, Gordon est antérieur, ce qui me pousse à lui donner la primeur de l’idée.

Enfin faisons quelques instants abstraction de Gordon et penchons-nous sur le livre du jour. A mon avis, son principal intérêt est d’être extrêmement didactique, avec des tas d’exemples et de trucs très concrets, des BD (mais 80’s style, j’ai mis une trentaine de pages à réaliser que la mère ne portait pas une charlotte de douche mais une sorte de bandeau étrange) et des récapitulatifs d’une page en fin de chapitre à photocopier et à accrocher dans la maison. Je ne vais pas parler de la substantifique moelle, parce que je l’ai déjà fait dans mon article sur Parents efficaces (oups je reparle quand même de Gordon).

C’est donc un bon livre mais :

  • soit vous avez déjà lu le Gordon et vous pouvez donc vous en passer,
  • soit vous l’avez déjà lu et vous n’avez cure de mon article,
  • soit vous n’avez ni l’un ni l’autre et je crois que je vous conseillerais quand même Gordon (malgré la mauvaise traduction et les exemples datés), parce qu’il met mieux en perspective notre conception de l’enfant et la façon dont nous voyons notre relation avec lui : en plus de l’aspect pratico-pratique, il a un côté plus « philosophique » que je trouve plus intéressant. D’un autre côté, Gordon peut sembler rébarbatif à certains, ou en tout cas plus que Faber et Mazlish. Donc disons que Parler pour que les enfants… sera peut-être plus abordable.

Et vous, vous préférez lequel ?

Nouveau Sarah Blaffer Hrdy

vendredi, mars 20th, 2009

sbh Sous ce titre un peu énigmatique pour les non initiés se cache une nouvelle qui me rend excitée comme une puce : Sarah Blaffer Hrdy, la géniale auteur des Instincts maternels (voir mon billet sur ce livre) va sortir un nouveau livre en avril ! Je suis aussi impatiente qu’une pré-adolescente avant un concert de Tokyo Hotel (Biiiiiiiiiiiiiiill ! Ich liebe dich d’amouuuuuuuuuur !). Et il a l’air top. Son titre : Mothers and Others: The Evolutionary Origins of Mutual Understanding (Les mères et les autres : les origines évolutives de la compréhension mutuelle). Le résumé du New York Times est alléchant : SBH nous présente l’espèce humaine comme ayant une « reproduction coopérative », ce qui serait tout à fait original par rapport aux autres primates. Ainsi, les humains auraient évolué jusqu’à être extrêmement sociaux et altruistes (mais si, mais si) pour maximiser la survie de leurs bébés.  Ceci expliquerait aussi que l’être humain soit tout à fait pacifiste par rapport aux autres grands singes (puisqu’on vous le dit) : apparemment prendre l’avion avec des chimpanzés ferait prendre un risque de se retrouvé écartelé ou démembré tout à fait significatif. Voilà déjà la couverture (le livre est en pré-commande sur Amazon) :

mothers-and-others

Bref j’ai l’impression que ça va encore décaper un certain nombre d’idées reçues ! Et comptez sur moi pour vous en raconter plus quand le livre sera sorti.

(Photo de Sarah Blaffer Hrdy trouvée sur American Scientist : et en plus c’est même pas une professeure à moustache !)

L’éveil à l’enfant

lundi, février 23rd, 2009

eveil_enfant La Poule pondeuse a lu pour vous : L’éveil à l’enfant : enfants/adultes, grandir ensemble de Christiane Bopp-Limoge. C’est un bon pavé (450 pages), qui s’adresse plutôt à des profesionnels de la petite enfance, mais qui peut intéresser un plus large public. L’auteure est médecin psychiatre hospitalière, mère de trois enfants, et a monté plusieurs structures d’accueil parents-enfants (un peu dans le style maisons vertes). C’est sur l’ensemble de ces expériences que s’appuient les propositions et recommandations du livre, ainsi que sur un corpus scientifique assez solide. Globalement c’est un livre très dense, assez technique, pas démago pour deux sous, dont le propos est d’aider chacun, adulte comme enfant, à réaliser ce que l’auteur appelle son projet personnel. Le lecteur motivé en aura largement pour son argent.

Le livre lui-même se découpe en trois parties. La première fait un bilan très complet (limite un peu trop jargonnant « psy ») sur le développement psycho-moteur de l’enfant. Si vous lisez régulièrement ce blog ainsi que les livres déjà présentés, vous ne devriez pas être trop dépaysé. Il y a quand même quelques dessins humoristiques pour agrémenter l’ensemble et des synthèses régulières qui restent plus accessibles. On peut regretter que l’auteur fasse régulièrement référence à l’analyse transactionnelle sans nous en dire plus sur le concept. Ceci dit, l’originalité de l’approche est de nous montrer des pistes pour nous développer personnellement tout en aidant nos enfants à se développer harmonieusement, même si chacun a sa sensibilité face à ce type de proposition. En tout cas, il y a un accent important sur les interactions entre enfants et parents (et adultes).

La deuxième partie proposent des jeux et des activités d’éveil avec de très jeunes enfants (0-3 ans en gros). J’ai beaucoup aimé cette partie, même si je ne l’ai pas (encore ?) beaucoup mise en pratique. C’est d’ailleurs pour elle que j’ai offert le livre à la nounou du Poussin. L’auteur propose des chansons (écrites par elles ou du répertoire courant), certaines avec des gestes, des jeux corporels enfants-adultes, des jeux à bricoler soi-même, et une sélection de jouets et de matériel à acheter dans le commerce. Vraiment une large palette d’activités, aussi bien des choses très simples à faire en quelques minutes que des jeux plus complexes avec du matériel.

Enfin la troisième partie rassemble des fiches qui compilent plusieurs activités autour d’un thème donné (cerceaux, l’odorat, sombre/éclairé, tout en couleurs…). En ce qui me concerne j’y vois moins d’applications mais c’est évidemment très riche pour quelqu’un qui voudrait mettre en place un lieu d’accueil parents-enfants, mais aussi une assistante maternelle, une crèche, une halte-garderie, ou même pour organiser un goûter d’anniversaire avec des petits.

J’hésitais à me procurer Jouons ensemble… autrement de Catherine Dumonteil-Kremer, mais on m’a offert celui-là d’abord. Ceci dit si j’ai bien suivi le Jouons ensemble doit proposer des jeux pour les plus grands, ce qui n’est pas tout à fait le cas de L’éveil à l’enfant. N’hésitez pas à nous en parler en commentaires si vous l’avez lu.

Quoi qu’il en soit, c’est un livre peu connu mais vraiment intéressant et riche que je recommande à tous ceux et celles qui sont intéressés par ces sujets.

Le deuil périnatal

mercredi, janvier 28th, 2009

Aujourd’hui un article très bref pour vous signaler deux très belles initiatives autour du deuil périnatal, une question qui sort peu à peu du tabou où elle était confinée. Pas pour faire flipper les futurs parents (si vous êtes enceinte, réfléchissez à deux fois avant de cliquer), mais pour en finir avec les « Ce n’était qu’un tas de cellules », « Tu en auras un autre » et autres « C’est mieux comme ça ».

Claire/Jellylorum, du blog Au temps pour soi, propose à toutes les femmes qui le souhaitent de témoigner sur son blog de leur expérience (fausses-couches, interruptions volontaires ou médicales de grossesse, grossesses extra-utérines, mort in utero, à la naissance, juste après…). Elle livre son propre témoignage ici.

Nathalie Z a perdu un de ses jumeaux in utero. Elle a alors écrit L’un sans l’autre, pour livrer son témoignage mais également un travail de fond qu’elle a effectué sur la question particulière du deuil d’un jumeau, pour les parents et pour le jumeau survivant. A ce titre, son livre me semble extrêmement utile tant pour les parents confrontés à ce drame que pour leur entourage et pour les professionnels. Il est vendu à prix coûtant ou téléchargeable gratuitement sur lulu.com.

Les instincts maternels

mardi, janvier 13th, 2009

instincts_maternels La lecture de L’amour en plus, d’Elisabeth Badinter, m’avait donné envie d’en savoir plus sur la question de l’instinct maternel. Je me suis donc plongée dans Les instincts maternels, de Sarah Blaffer Hrdy (titre original : Mother Nature. A History of Mothers, Infants and Natural Selection). Autant vous le dire tout de suite, je n’ai pas été déçue. Ce livre est absolument passionnant, et je le recommande à tous : femmes, hommes, parents, non parents. Et bien qu’extrêmement bien documenté et fouillé, avec de solides références scientifiques, il me semble plutôt abordable et agréable à lire pour le novice. Primatologue et anthropologue, Sarah Blaffer Hrdy (non, je ne sais pas comment ça se prononce) rassemble notre connaissance des animaux (et en particulier des primates) et des hommes à travers le monde, à la lumière de la sociobiologie, pour comprendre la part de notre biologie dans notre comportement autour de la reproduction. En gros, on peut dire qu’elle essaie de dégager la base commune à tous les Homo sapiens sapiens de ces comportements, hors des modifications culturelles. Ou encore : l’homme a-t-il un « programme naturel » ? Et si oui, quel est-il ?

Je trouve ce type d’approche incontournable, car comment pouvons-nous exercer notre libre arbitre si nous ne connaissons pas nos motivations archaïques, celles qui sont inscrites au plus profond de notre être ? Attention, loin de moi (et il me semble de S. Blaffer Hrdy) l’idée de dire que nous devons suivre à la lettre ces instincts, puisque d’une part ils ont évolué dans des conditions qui ne sont pas celles que nous connaissons actuellement (et donc ne sont peut-être plus optimaux aujourd’hui), et d’autre part ce n’est pas pour rien que nous sommes doté de la capacité d’aller à l’encontre de ces instincts justement. Et puis pour quiconque est intéressé par le maternage, et veut agir suivant ses instincts, je trouve que ce type de mise en perspective est presque indispensable. Cela peut être aussi le moyen de clouer le bec à un certains nombres d’idées reçues sur le sujet, comme nous allons le voir.

Rappelons aussi que la théorie de la sélection de groupe, selon laquelle notamment les individus agiraient « pour le bien/la préservation de l’espèce », a été écartée il y a quelque temps déjà, même si elle ressort régulièrement deci delà. La vision actuelle de l’évolution est plus proche de celle de Richard Dawkins dans Le gène égoïste (autre lecture que je vous recommande) : en gros les individus agissent pour in fine maximiser la reproduction de leurs gènes et c’est tout. L’espèce, rien à carrer.

Ceci étant dit, il n’est pas question de faire ici un compte-rendu exhaustif de ce livre, que j’engage plutôt chacun à lire lui-même, même si je ne résiste pas à vous citer quelques unes de ses conclusions. Une des idées importantes développées est que les humains, comme la plupart des êtres vivants, et notamment ceux dont la reproduction est très coûteuse (grands mammifères principalement), ont toujours eu recours au planning familial. L‘allaitement est notamment un bon moyen d’espacer les naissances (même si ça n’est pas toujours très fiable, voir par exemple ce feuillet de la Leche League pour plus de détails) : en effet un jeune enfant est un lourd fardeau pour la mère (rappelons qu’un allaitement exclusif coûte environ 500 calories par jour, ce qui est deux fois plus que la grossesse au troisième trimestre), et en assumer deux à la fois risque d’entraîner la mort des deux, voire de la mère (on parle ici des conditions préhistoriques lors de l’évolution des hominidés, pas de notre société occidentale où la bouffe coule à flots). En parallèle, la condition physique de la mère détermine également sa fécondité : pas assez de graisse, trop d’efforts physiques peuvent arrêter l’ovulation (actuellement on retrouve cette influence dans les aménorrhées plus fréquentes chez les anorexiques et les sportives de haut niveau, notamment marathoniennes).

Toutes ces dispositions n’empêchent pas qu’un enfant puisse arriver à un moment où la mère ne peut s’en occuper, et là l’auteur accumule un faisceau de preuves assez convaincant pour montrer que l‘infanticide est bien plus répandu qu’on le croit, dans le monde animal mais également chez les humains, et aussi bien les bons sauvages bien connectés à leurs instincts que les bons Chrétiens allant à l’église tous les dimanches. Par infanticide on recouvre ici une large palette de comportements plus ou moins actifs : abandon, envoi en nourrice, non allaitement (on parle là d’un contexte où l’allaitement est essentiel à la survie de l’enfant, pas de l’Occident au XXIème siècle)… L’enfant humain est en effet si dépendant qu’il suffit la plupart du temps que sa mère s’en désintéresse pour qu’il meure, sans qu’elle ait à lui porter activement un coup fatal.

C’est dans cette décision que le cerveau conscient intervient : la mère peut évaluer au mieux en fonction des conditions actuelles les chances de survie de l’enfant, et si il vaut le coup qu’elle consente à l’énorme investissement qu’il demande. Parmi les critères de décision se trouvent aussi bien des facteurs extérieurs (ressources, aide dont pourra bénéficier la mère…) que propres à l’enfant (santé, sexe, malformations, poids…). L’auteur note ainsi que les nouveaux-nés humains sont extrêmement gras par rapport aux autres petits primates, et que les adultes ont tendance à trouver cette graisse séduisante (par exemple, on dit « un beau bébé » pour  un bébé bien potelé) ; or la survie d’un bébé est notamment corrélée à son poids de naissance, indépendamment de sa prématurité éventuelle (même si c’en est aussi un indicateur).

Par ailleurs, l’infanticide n’est pas l’apanage des mères : les hommes peuvent également y avoir recours, notamment lorsqu’ils veulent qu’une femme allaitant un enfant qui n’est pas le leur redevienne fertile. Ce serait d’ailleurs l’explication à la peur des inconnus manifestée par les tout petits : crainte du mâle infanticide. L’auteur note que cette peur est innée, contrairement à celle des prédateurs qui est apprise auprès des parents. Enfin, il est bien entendu que l’explication des comportements infanticides par la biologie et l’évolution n’en est pas une justification morale ; les moyens modernes de contraception sont un moyen bien plus acceptable d’organiser le planning familial, qui semble lui incontournable (à part chez les Duggar…).

Un autre élément intéressant est que l’élevage d’un enfant, et en particulier d’un nouveau-né, requiert tellement d’énergie et de calories qu’il ne peut pas être assumé par une mère seule (toujours dans les conditions préhistoriques…) : celle-ci doit bénéficier de l’aide d' »allomères », qui peuvent être des femmes de sa famille (plus jeunes qui s’entraînent ou au contraire grands-mères qui veillent sur leur descendance) ou des hommes (généralement le ou les père(s) potentiel(s)). Cette aide peut se manifester de plusieurs façons : garde de l’enfant pendant que la mère cherche de la nourriture, ou au contraire aider la mère à trouver plus de ressources, avec toutes sortes de situations intermédiaires, en lien direct avec l’organisation de la société considérée (matrilinéaire, patriarcale, polygame, etc). L’auteur note d’ailleurs que la monogamie est un bon compromis (le meilleur ?) pour l’ensemble des parties (père, mère et enfant).

L’explication des comportements altruistes des allomères se trouve dans la sélection de parentèle : il est rentable d’aider la descendance d’une personne de votre famille (donc qui partage une certaine proportion de vos gènes) si le coût qui vous incombe est inférieur au bénéfice que vous en retirez, pondéré par votre lien de parenté. De façon plus générale, l’explication des comportements altruistes est loin d’être  incompatible avec la théorie du gène égoïste, même si c’est assurément un des grands défis de cette science.

L’auteur nous parle également d’attachement et revient notamment sur l’opposition historique entre féministes et théoriciens de l’attachement, les premières reprochant aux seconds de vouloir les enfermer aux fourneaux avec les mômes. Mais nous ne pouvons pas rejeter une théorie aussi bien étayée juste parce qu’elle ne nous arrange pas ou parce que certains de ses tenants ont des tendances machistes. Oui, les enfants, comme les autres petits primates, sont des créatures d’attachement, qui en plus de sécurité physique ont besoin de sécurité émotive. Je ne résiste pas à vous citer ce passage :

Les bébés n’ont aucun moyen de savoir que la mère qui est partie travailler n’est pas morte, que les tigres à dents de sabre ont disparu, les jaguars sont plutôt rares, l’abandon illégal, et que très peu de mères modernes envisagent cette dernière solution. Car les bébés sont conçus pour être comme si les biberons n’avaient jamais été inventés, et aucune loi jamais votée.

Avant qu’Elisabeth et Marianne n’accourent, je précise tout de suite que Sarah Blaffer Hrdy (tout comme Gordon Neufeld) nous rappelle que ce n’est pas parce que cette réalité est incontournable que les femmes doivent rester au foyer : le vrai défi est de trouver des modes de garde de qualité qui permettent de développer une bonne relation d’attachement entre l’enfant et ses parents. Voir cet autre passage :

Si de multiples gardiens sont impliqués tôt dans la vie, il arrive souvent que l’enfant en choisisse un avec qui former une relation primaire. Pourtant, les enfants sont assez flexibles sur ce point. Tous les gardiens précoces deviennent les équivalents émotionnels de la parenté. Tout gardien est capable de passer le message que recherchent désespérément les bébés  – « On veut bien de toi et on ne te laissera pas tomber » – message qui suscite le sentiment de sécurité de l’enfant – une épée à double tranchant lorsqu’une allomère disparaît soudain.

[…] Ils [les théories de Bowlby, le pape de l’attachement] ne découragent pas les mères d’avoir recours aux crèches, mais ils poussent fortement à ce que la crèche ressemble à la famille, avec une série stable de personnages et une atmosphère qui offre à l’enfant un sentiment d’appartenance.

Notons aussi que les hommes semblent tout aussi capables de materner que les femmes : la seule différence (mis à part les nénés) est qu’ils réagissent à un seuil de stimulation des demandes de l’enfant un peu plus élevé que celui des femmes. Et donc, comme la femme réagit en premier, c’est toujours elle qui s’occupe de l’enfant et finalement les capacités de parentage masculine restent latentes dans la plupart des cas (mais rien d’irréversible, qu’on se rassure). Donc Mesdames, bouchez-vous les oreilles et laissez Monsieur se lever.

Pour en revenir à l’attachement et au lien si particulier qu’il entraîne, notamment entre la mère et son enfant, comment expliquer l’infanticide maternel malgré ce lien ? Il faut donc savoir que le lien n’est pas automatique à la naissance, mais se construit au fur et à mesure. L’infanticide, quand il a lieu, se produit donc généralement dans les heures suivant la naissance, et plus la mère passe de temps avec l’enfant et plus la probabilité qu’elle l’abandonne diminue. Ceci dit, l’auteur insiste pour qu’on évite la confusion entre l’attachement, dont la construction chez l’humain est subtile et progressive, et l’empreinte, qui caractérise plutôt les oisons de Konrad Lorenz qui considèrent comme leur mère la première chose qu’ils voient en sortant de l’oeuf. Par exemple, le peau à peau mère-enfant juste après la naissance est reconnu pour favoriser grandement l’établissement de ce lien (et l’allaitement) mais ce n’est une condition ni nécessaire, ni suffisante, pour l’un comme pour l’autre.

Bref, il y aurait encore bien des choses passionnantes à vous raconter, mais après avoir renouvelé mon emprunt à la bibliothèque, je crois que je vais l’acheter…