Avant j’avais des principes, maintenant j’ai des enfants


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Experts mode d’emploi

Par  • Le 5 février 2013 à 21:40 • Catégorie : News, Réfléchir

 La controverse récente autour des pilules de 3ème et 4ème générations aura au moins eu le mérite de mettre en lumière la question du rôle des experts médicaux dans les médias, avec notamment une longue enquête du Monde sur les liens de certains gynécos avec les labos pharmaceutiques. Le choix de ces personnalités par les rédactions pour apporter un éclairage sur une question donnée ne semble en effet pas toujours être guidé ni par leur pertinence ni par leur compétence. Le Monde fait bien le point sur les conflits d’intérêt et les liens de nature diverse avec les labos pharmaceutique ou l’industrie agro-alimentaire, qui s’ils ne disqualifient pas entièrement l’expert devraient au moins être mentionnés. Notons que dans ce cas, certains médias particulièrement assujettis aux revenus publicitaires (et notamment la presse féminine et parentale) devraient sans doute en faire autant, ce qui ne laisserait pas grand chose à lire ou regarder.

Un autre problème moins mis en avant est l’incompétence de l’expert sur le sujet où on l’interroge : pourquoi interroger un pédiatre ou un psychanalyste sur la durée de l’allaitement ou la normalité du sommeil partagé ? Il n’est pas rare que certains en profitent pour propager leurs propres préjugés, qui prennent alors la couleur de vérités scientifiques alors qu’ils ignorent allègrement sur des pans entiers de la recherche (pour ces questions il serait souvent bien plus pertinent d’interroger des anthropologues ou des ethnologues par exemple, ou encore des épidémiologistes). Sans vouloir discréditer tout avis émis ex cathedra, il peut donc être utile d’aiguiser un peu son sens critique.

Concrètement, que faire quand on est confronté à une sentence d’expert, qu’elle soit dans une émission ou un article ou lors d’une consultation privée ?

  • Rechercher les éventuels conflits d’intérêt de la personne. Les déclarations d’intérêt des experts sont publiées sur les sites des agences et autorités publiques qui les sollicitent : voir par exemple la Haute autorité de santé (HAS), l’Agence nationale de sécurité des médicaments et des produits de santé (ANSM, ex AFSSAPS) ou l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses, ex- Afssa et Afsset). Par exemple vous trouverez ici la déclaration d’intérêt du Dr Brigitte Letombe, à qui l’enquête du Monde s’est intéressée. Evidemment tous les experts médiatiques ne collaborent pas avec ces agences (ainsi je n’ai pas trouvé l’équivalent pour Israël Nisand, également cité dans l’article) mais c’est une première piste. Une recherche google peut également faire ressortir un colloque ou autre événement sponsorisé par les industriels dans lequel l’expert serait plus ou moins impliqué. Dans un cabinet médical, observez les affiches, prospectus, stylos etc : parfois les logos sont bien visibles, parfois c’est écrit en tout petit (par exemple la fameuse affiche pour le lait de croissance avec le biberon plein de frites était une production du Syndicat français des aliments de l’enfance, qui représente les intérêts de l’industrie agro-alimentaire -pour tout savoir sur le lait de croissance c’est ici). Certains avancent l’argument fallacieux que comme ils sont payés par tous ils n’en privilégient aucun, n’empêche qu’un médecin payé par les fabricants de pilule n’aura pas intérêt à mettre en avant les DIU ou les diaphragmes par exemple.
  • Vérifier la solidité scientifique de l’argument. A minima il doit être appuyé par des données scientifiques publiées, de préférence dans une revue à comité de lecture. La qualité de ces études et leur applicabilité étant variable, le must est une revue (ou mieux, une méta-analyse) de l’ensemble des études existantes. C’est le mode de travail de l’initiative Cochrane, dont certains travaux sont disponibles en français. En français, on peut également citer la revue Prescrire (même si beaucoup d’articles ne sont disponibles que sur abonnement) ou le Formindep. Les agences publiques citées ci-dessus (il y a aussi l’Institut national de prévention et d’éducation à la santé, INPES et l’Institut de veille sanitaire, InVS) sont normalement une source d’expertise collégiale et basée sur les preuves, même si elles font régulièrement l’objet de critiques nourries (il y a aussi les agences européennes et celles d’autres pays occidentaux, avec les mêmes limites, sans parler des dissonances parfois observées d’un pays à l’autre). Les sociétés médicales ou associations de patients sont également une source d’informations, mais certaines sont également financées par l’industrie et d’autres peuvent privilégier des intérêts corporatistes. Si vous lisez l’anglais, il est intéressant de comparer le point de vue des gynécos étatsuniens sur l’accouchement à domicile (« si vraiment vous y tenez et que vous n’êtes pas trop gênée par la mort de votre bébé, faites-vous plaisir ») à celui de leurs homologues britanniques (« proposons l’AAD avec une sage-femme à toutes les femmes à bas risque, peut-être même que ce sera mieux pour elles »). A noter que la revue Cochrane qui s’est penchée sur le sujet va plutôt dans le sens des Anglais, même si comme souvent sur ces questions elle souligne un manque de données de bonne qualité. Il me semble qu’en particulier pour la périnatalité, beaucoup de questions ne sont pas strictement médicales et biologiques mais ont une forte composante culturelle et sociologique : qu’il s’agisse du sommeil, de la nourriture (y compris l’allaitement) ou de l’éducation en général, l’émergence de recherches pluridisciplinaires mêlant la biologie, la médecine, la psychologie et les sciences sociales est encore balbutiante (et hélas peu médiatisée).

Evidemment, la médecine ne se résume pas à l’application stricte des données de la recherche, sinon on pourrait remplacer les médecins par des ordinateurs qui suivraient des arbres de décision (et alors on n’aurait plus de blog de médecin à lire quand on s’emmerde au boulot). En plus si vous lisez un certain nombre de publications de la collaboration Cochrane par exemple, vous verrez que la phrase « les recherches existantes ne permettent pas de conclure » est sans doute celle qui revient le plus souvent. S’il faut donc descendre l’expert de son piédestal, il ne faut pas pour autant le jeter avec l’eau du bain.

Pour finir, voici les liens de quelques camarades blogueurs qui publient des billets basés sur la littérature médicale, même si je ne suis pas toujours d’accord avec tout (un jour, je mettrai à jour ma blogroll, un jour…) :

Photo : pardon, j’ai pas pu m’empêcher

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43 Commentaires »

  1. ….sans compter les experts en économie (cf l’excellent film « Les nouveaux chiens de garde ») !
    Merci pour ces pistes pour débroussailler le vrai du faux (tu as repris du service on dirait ! je ne sais pas si j’aurai le courage de me plonger dans ce thème).
    En attendant, savoir si son médecin conseille pour nous ou pour lui… pas évident
    (et sinon, je fais partie de celles qui ont pris Diane 35 en première intention pendant x années… Glup)

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    La poule pondeuseNo Gravatar a répondu :

    @Renarde, bon sur l’économie je ne me prononce pas mais a priori les travers n’ont pas de raison de ne pas être partagés… et moi aussi j’ai pris Diane pendant quasi 10 ans 🙄

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  2. Bravo pour cet article bien fouillé sur un sujet sensible. Ci-après un discours de TedX qui m’avait bien plu, sur le même sujet :
    http://www.ted.com/talks/noreena_hertz_how_to_use_experts_and_when_not_to.html

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    La poule pondeuseNo Gravatar a répondu :

    @labelle bleue, merci ! j’essaie de regarder ça ce weekend.

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  3. Très bon article encore une fois.
    Oui, on doit chercher, vérifier par nous-même, se poser des questions… Ça prend du temps, mais pour les sujets auxquels on tient, c’est nécessaire. Surtout quand on doit faire des choix (pour nous-même ou nos enfants), et que l’on est toujours influencé malgré nous, parfois sans le savoir, par des on-dit, des idées qui sont dans l’air, etc.
    Pour ma part, quand je lis des interviews/vois des reportages TV de certains « experts » dans mon domaine, je suis horrifiée de voir les approximations (voire erreurs) débitées! De là à me dire que cela doit être pareil dans les autres domaines, le pas est vite franchi. Donc esprit critique à tous les niveaux!

    Pour l’anecdote perso, mon mari s’énerve souvent quand je ne suis pas l’avis d’un médecin ou propose une autre solution que le médoc proposé (et n’envoie pas notre fille chez le médecin dès le premier 38.5°C !). « Mais quoi, t’as pas fait médecine! » Non je n’ai pas fait médecine, j’ai juste eu la chance de faire des études longues -dans un domaine scientifique-, d’utiliser -quand je peux/veux- mon cerveau, de lire, de me renseigner… Ce paternalisme à outrance qui veut que nous, individus lambda, nous écrasions devant celui-qui-sait m’horripile de plus en plus. Car ils sont nombreux ceux qui savent, et ils ne disent pas tous les mêmes choses…

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    La poule pondeuseNo Gravatar a répondu :

    @Vervaine, oui c’est clair que quand on voit un article ou reportage sur un sujet qu’on connaît bien, ça nous rend critique pour le reste. Je comprends que tu épluches l’ordonnance (je fais pareil 😆 ) mais ça peut aussi valoir le coup de chercher un doc en qui on a vraiment confiance (ou déjà d’expliquer qu’on veut pas de médoc qui ne soit pas indispensable)

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    VervaineNo Gravatar a répondu :

    @La poule pondeuse, entièrement d’accord pour trouver un médecin qui me corresponde. Je l’ai trouvé mais il est loin de chez nous et près de mon travail (1h30 de trajet)… Donc les jours d’urgence, je vais voir celui qui est tout près.
    Dernier ex en date: ma fille a de la fièvre depuis 3 j, est grognon, ne mange pas… Je me décide à aller consulter. C’est un remplaçant. Il est jeune, très sympa, on discute, il me semble faire comprendre que je ne suis pas particulièrement inquiète, mais voudrait un avis médical, et pas forcément un médicament à tout prix… Il remarque que ma fille n’a eu des antibio qu’une seule fois en 18 mois… Il l’examine de tous les cotés, et quand il arrive à la gorge, me dit « oh c’est tout rouge, cherchez pas plus loin ». Et avant que j’ai rien compris, me tend une ordonnance avec prescription d’antibiotiques, sans pour autant me dire ce qu’elle avait! Antibios que je suis allé acheter bêtement, mais que je n’ai pas donné… et le lendemain, tout allait bien!
    Donc oui, le dialogue, le dialogue, mais c’est limité quand ce n’est pas un médecin qu’on voit souvent, a fortiori un remplaçant!, qu’on n’a pas envie de lancer une grande discussion à chaque fois. Je l’avoue: entre surprise, flemme, sourd sentiment que « le médecin sait ce qu’il fait » et que rien ne me sert de le contredire, j’ai préféré laissé courir et faire à ma sauce après… Au grand drame de mon mari 😉

    A ce sujet, la lecture des blogs de médecins me montre une autre facette de leur travail, derrière le « je-sais-ce-que-je-fais » de façade et je trouve très intéressant de voir « l’autre coté du miroir ».

    -Désolée pour m’écarter un peu du sujet-

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    pétrolleuseNo Gravatar a répondu :

    @Vervaine, Je partage ton point de vue, Vervaine, sur la difficulté à faire partager à son conjoint notre point de vue critique sur la médecine. Il m’a fallu déployer des trésors de persuasion et de pédagogie pour le conduire à adopter mes positions sur la manière dont je voyais mon suivi de grossesse et mon accouchement (qui allait souvent à l’encontre des protocoles établis), parce que là, j’avais besoin de l’avoir à mes côtés. Pour les enfants, c’est encore plus compliqué car c’est le papa ET la nounou (et même la mamie parfois 😈 ) qui se liguent contre moi et qui veulent que le médecin soit consulté pour tout et n’importe quoi (comme toi, je suis pas du genre inquiète mais je lis et me documente beaucoup et jusqu’ici, les faits m’ont plutôt donné raison 🙂 …).

    Et, dans le même temps – et c’est paradoxal – c’est lui qui a refusé qu’on fasse le vaccin contre l’hépatite B à nos deux enfants, parce qu’une de ses cousines a développé une SEP peu de temps après avoir été vaccinée :|. Et là, j’ai beau lui dire qu’aucune étude n’a pu mettre en évidence un lien de cause à effet, que l’hépatite B, c’est quand même une sacrée saloperie, il ne veut pas en démordre 🙄 …

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    JoluneNo Gravatar a répondu :

    @pétrolleuse, je pense que tes enfants diront merci à ton mari plus tard 😉 Evidemment qu’aucune étude n’a mise en évidence un lien de cause à effet entre vaccination hep B et SEP… Tout simplement parce que c’est l’industrie pharmaceutique qui finance la plupart des études, les restantes le sont par les autorités publiques. Alors QUI va aller dire que le vaccin qu’ils vendent et qui leur rapporte beaucoup d’argent / le vaccin qu’ils ont promu auprès des adolescents et des adultes avec énormément d’insistance et avec les deniers publiques / était en fait un facteur de risque important pour des maladies gravement handicapantes et incurables ?

    Les études ne sont pas l’alpha et l’oméga de la connaissance, le fait qu’aucune étude n’ait « pu » (voulu ? cherché à ?) mettre en évidence un lien de cause à effet ne veut pas dire qu’il n’existe pas…

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    pétrolleuseNo Gravatar a répondu :

    @Jolune, je ne suis absolument pas convaincue par tes arguments. Si je te suis, le fait qu’aucune étude ne prouve de lien entre vaccin et SEP est bien la preuve qu’il y a un lien 😯 , c’est ça? Cette théorie du complot autour de la question de la vaccination, je n’y adhère pas, même si je ne me fais aucune illusion sur les véritables motivations des industries pharmaceutiques. Et selon le même principe, on ne vaccine plus contre rien, on ne prend plus aucun médicament, on ne consulte plus de médecins (tous vendus au labo) :roll:… Critique, oui, parano, non…

    Edit: et voici ce qu’en pense la revue Prescrire, peu suspecte d’être vendue à Big Pharma: http://www.prescrire.org/Fr/3/31/23515/0/2004/ArchiveNewsDetails.aspx?page=2

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    JoluneNo Gravatar a répondu :

    @pétrolleuse, non, ce n’est pas ce que j’ai dit. J’ai dit que le fait que le lien ne soit pas prouvé par une étude scientifique ne signifie pas qu’il n’y en a pas.

    Après, comme ton mari, des expériences personnelles m’ont amené à penser que, pour notre famille, le bénéfice risque de ce vaccin est négatif. Dans mon comm’, j’ai mélangé les deux, mais il s’agit en fait de deux idées distinctes.

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    La poule pondeuseNo Gravatar a répondu :

    @Jolune, effectivement ton premier commentaire était plus ambigu : que pour diverses raisons tu aies choisi de ne pas faire le vaccin pour toi et/ou tes enfants c’est ta décision, de dire que le vaccin a plus de risques que de bénéfices, c’est une autre histoire.

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    JoluneNo Gravatar a répondu :

    @La poule pondeuse, je n’ai pas non plus écrit ça dans mon 1er comm’ 🙂 !!

    J’ai dit, certes d’une façon pas assez claire, que personne ne financera une étude sur les éventuels risques de ce vaccin sachant que les décideurs / commanditaires des études seraient ceux qui ont vendu ou promu le vaccin. Ca ressemblerait à se tirer une balle dans le pied, quand même.

    Ce faisant, je ne dis pas que le vaccin possède effectivement ces effets secondaires : je dis que, si c’est le cas, on ne trouvera pas d’études scientifiques pour le dire. Et que se baser sur l’absence d’étude pour déduire que ces effets secondaires n’existe pas, c’est sans doute un mauvais raisonnement.

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    La poule pondeuseNo Gravatar a répondu :

    @Jolune, il est de toute façon méthodologiquement quasiment impossible de prouver l’innocuité, tout ce qu’on pourra montrer c’est qu’on ne peut pas rejeter l’hypothèse qu’il y a autant de problèmes avec vaccin que sans (c’est comme ça que les stats fonctionnent). Je n’ai pas accès aux très nombreuses publications qui existent sur le vaccin de l’hépatite b mais les revues demandent l’origine du financement des travaux (qui est porté sur l’article). Et à l’inverse d’autres « lobbies » peuvent financer des études bidon, comme celle sur le lien autisme – ROR qui a été rétractée par le journal cf http://fr.wikipedia.org/wiki/Andrew_Wakefield et http://www.lemonde.fr/planete/article/2011/01/06/le-lien-entre-vaccin-ror-et-autisme-infantile-etait-un-trucage_1461561_3244.html

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    JoluneNo Gravatar a répondu :

    @La poule pondeuse, Le Nouvel Obs est moins optimiste que toi…
    http://tempsreel.nouvelobs.com/le-dossier-de-l-obs/20130214.OBS8944/cholesterol-la-recherche-est-aux-mains-du-lobby-pharmaceutique.html

    (pour être claire, je tiens à préciser que j’ai le plus grand respect pour la science. J’ai longtemps vécu avec un chercheur qui m’a transmis sa passion pour son domaine. Je tiens simplement à souligner qu’il est, à mon sens, naïf de s’en remettre aux études scientifiques sans avoir en tête le paramètre « lobby », autrement plus réel que la « théorie du complot ». Les dollars ne sont pas du côté de ceux qui se posent des questions !)

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    Koa a répondu :

    @Jolune, je suis tombée sur le sujet deux fois ce week-end :
    sur France 2, l’émission « Les Infiltrés » qui m’a franchement rendue malade (mais je n’irais pas acheter un médicament pour me soigner 😕 )

    http://www.france2.fr/emissions/les-infiltres

    sur le blog de Martin Winkler, cet article instructif
    http://martinwinckler.com/spip.php?article1076

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    LucieNo Gravatar a répondu :

    @Jolune, pas vraiment convaincue moi non plus. La vaccination, vaste débat (qui n’est sans doute pas le sujet de ce billet :roll:). Pour ma part, ma fille a été vaccinée contre l’hépatite B, sur les conseils de ma pédiatre, à qui j’ai fait confiance, sans me poser trop de questions, je dois l’avouer. Je ne me suis pas non plus penchée sur la littérature scientifique portant sur la question. Inconscience de ma part?

    Quoiqu’il en soit, s’il faut systématiquement se défier des études scientifiques (ou de leur inexistence), des experts et des médecins, à qui peut-on faire confiance? A la rumeur? A doctissimo? A des allumés qui font leur beurre en publiant des bouquins à sensation? Pour en revenir au thème de l’article publié ci-dessus, nous, parents, qui ne sommes pas médecins, n’avons aucun moyen véritable de savoir où se situe la vérité, même armés de l’esprit critique le plus aiguisé qui soit. Les scandales sanitaires récents et plus anciens (Médiator, pilule, sang contaminé, hormone de croissance, Distilbène, et bien d’autres encore…) nous l’ont appris: nous n’avons AUCUN moyen de nous assurer qu’on ne nous empoisonne pas , ainsi que nos enfants, sous couvert de nous soigner.

    Comme pétrolleuse, je ne suis pas adepte de la théorie du complot et le doute systématique ne mène pas bien loin. Je refuse de vivre dans la peur et de faire prendre ainsi des risques peut-être encore plus grands à mon enfant: j’ai donc choisi de faire confiance à mon pédiatre, à mon médecin traitant, tout en faisant marcher mon petit cerveau de temps en temps, mais en sachant pertinemment que cela ne m’offrira pas la garantie de me prémunir, ainsi que mes proches, de tout risque, et que nous ne sommes pas à l’abri d’une nouvelle révélation fracassante qui viendra demain ruiner nos certitudes et nous faire prendre conscience de l’étendue de notre crédulité et de notre vulnérabilité… Et c’est pas réjouissant 🙄 …

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    VervaineNo Gravatar a répondu :

    @pétrolleuse, hihi, c’est « marrant » car moi c’est au sujet de l’hép B qu’il m’a laissé faire quand j’ai dit catégoriquement que celui là je n’en voulais pas ! (antécédent de sclérose en plaque dans ma famille).
    Pour les autres vaccins, j’étais plutôt sceptique mais je n’ai pas pris le temps de me documenter plus que ça, donc j’ai laissé faire et accepté qu’elle ait le pentavalent et le ROR. Cela faisait partie pour moi des « concessions » à faire dans un couple, au sujet des enfants.

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  4. Merci beaucoup, Poule, pour ce billet très éclairant!

    Concernant ton deuxième point, cette fameuse « solidité scientifique » : je n’arrive toujours pas à comprendre comment on peut financer et publier autant d’études non-« scientifiquement recevables » selon certains!

    A propos de la pilule, par exemple, l’ordre des gynécos canadiens juge que les études ne sont pas assez sérieuses pour disqualifier les contraceptifs oraux de 4e génération… En France, des spécialistes fort réputés crachent sur les « généralistes » de Prescrire. Et dénoncent les études « observationnelles ».

    C’est à croire qu’il existe deux sectes scientifiques : ceux qui ne jurent que par des études randomisées et ceux qui croient que les autres (épidémiologiques…) peuvent valoir quelque chose.

    Je pense que les conflits d’intérêts n’expliquent pas tout dans cette guerre entre « sectes ». Mais c’est mon instinct qui parle, et ça n’est pas fondé sur une étude 🙂

    Cordialement,
    Marianne (descrabesetdeshommes.wordpress.com)

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    La poule pondeuseNo Gravatar a répondu :

    @Marianne, le problème avec les études randomisées c’est qu’elles sont plus chères, compliquées, et surtout pas toujours éthiques/possibles à mettre en place (imagine randomiser le lieu d’accouchement : toi à la maison, toi à l’hôpital… et évidemment ce ne sera jamais en double aveugle :mrgreen: ). Pouvoir suivre des gens sur de longues durées c’est compliqué aussi (surtout maintenant avec les financements de la recherche par projet sur 3 ans 🙄 ). Bref quand on traite de l’humain ça rend les choses plus complexes ! donc oui les études randomisées sont plus « puissantes » que les observationnelles mais + difficiles à obtenir… et bien sûr qu’il n’y a pas que les conflits d’intérêt, il y a aussi notamment la peur/difficulté à sortir d’un cadre, à remettre en question ses fondamentaux etc.

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    MarianneNo Gravatar a répondu :

    @La poule pondeuse : mais oui! Mais ce qui est très frustrant pour moi qui suis journaliste (et pour toute personne qui a envie de comprendre le fin mot de l’histoire, d’ailleurs), c’est qu’il n’y en a jamais – justement – de fin mot!
    Je parlais de pilules : les Danois ont ouvert les dossiers de TOUTES les femmes en âge de procréer pour détecter les éventuels effets indésirables de certaines pilules… On parle de 1,6 millions de femmes! Et pourtant il y en a encore pour dire que ces études présentent des biais trop importants pour qu’on en tire des conclusions… C’est à en devenir dingue 😯 !
    Du coup, quand arrive enfin une de ces études de cohorte massive et qu’une conclusion claire s’en dégage… POUF… Les labos pharmaceutiques, et de nombreux « experts » derrière eux, dégaînent la faiblesse et les biais et c’est comme si rien ne c’était passé.
    Tout ça pour dire, Poule, que je m’en vais mettre le nez là-dedans, parce que c’est pas clair du tout.
    Marianne… en recherche désespérée de vérité

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  5. « Certains avancent l’argument fallacieux que comme ils sont payés par tous ils n’en privilégient aucun, n’empêche qu’un médecin payé par les fabricants de pilule n’aura pas intérêt à mettre en avant les DIU ou les diaphragmes par exemple. »

    Médecin payé ? Payé en quoi ? (Vraie question) Merci

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    La poule pondeuseNo Gravatar a répondu :

    @Miedepain, les médecins peuvent être rémunérés directement par l’industrie pour diverses prestations : formations, interventions en colloque, pilotage d’études de recherche (pour tester les produits de l’industrie, etc). Ils peuvent être aussi invités à des colloques (généralement dans un endroit sympa avec de la bonne bouffe). Bien sûr ils ne sont pas payés pour prescrire un médicament donné à tout le monde mais s’ils critiquent publiquement les produits de la firme on peut s’attendre à ce que celles-ci cessent de les solliciter. A noter que certains font cela aussi pour pallier l’indigence des crédits publics et faire vivre leurs services hospitaliers et leurs labos de recherche. En + de l’article du Monde cité dans l’article, il y a aussi http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/04/27/les-liens-entre-medecins-et-laboratoires-de-nouveau-sur-la-sellette_1185984_3224.html et http://www.rue89.com/2011/06/15/savoir-si-son-medecin-est-lie-aux-labos-pas-encore-en-france-209455 par exemple.

    Répondre

  6. Oui d’accord. Car la formulation laissait penser à une enveloppe pleine de biftons passée sous la table entre deux consultations, ou alors à des virements mensuels, bien loin de la réalité concrète, donc. De là à penser à la théorie du complot…
    😉

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    La poule pondeuseNo Gravatar a répondu :

    @Miedepain, voir aussi cet article de Dominique Dupagne sur les conflits d’intérêt, très intéressant (ha ha) :http://www.atoute.org/n/10-choses-a-savoir-pour-lutter.html

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  7. Très bon article!

    Je réagis à ce qu’a dit @Vervaine sur le dialogue. J’ai déjà eu un exemple dans le cas où le médecin remplaçant était plus compétent que mon médecin habituel. Mais pas compétent dans le sens l’autre est nul. Je m’explique. J’avais l’habitude de voir le même médecin, j’avais des problèmes de ventre incessants, qui ne passait jamais. De nombreux allés et retours aux urgences n’y faisaient rien. Puis un jour, je me suis rendue pour la énième fois chez mon médecin traitant et c’est un remplaçant qui m’a accueilli. On a discuté, je lui ai raconté tous les maux que j’avais etc et à la fin du dialogue il m’a osculté et finalement à trouver le problème. Maintenant je ne dis pas qu’ils sont tous pareils, mais à trop nous connaître peut-être que les médecins prennent avec pincette nos soucis.

    Quant à la prise d’antibiotique, je suis d’accord avec toutes les pubs « l’antibiotique c’est pas automatique ». Il y a tellement d’autres façons plus seine de se guérir sans avaler pleins de comprimés bourrés de produits chimiques, pour qu’après on nous dise que tel ou tel médicament est très mauvais pour la santé !!

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    VervaineNo Gravatar a répondu :

    @Mathilde, oui, je pense qu’en fait la qualité du médecin dépend de sa capacité d’écoute et pas seulement de la durée de la relation.
    Pour ma part, je n’ai pas tissé de lien sur la durée, n’allant que très rarement chez le médecin !!! (et entre études et déménagements, ca n’arrange pas).
    La seule qui me connait bien est celle qui me voit depuis que j’ai 2 ans et que j’essaye de consulter une fois par an. En plus, elle a une vision très holistique que j’apprécie.
    Après, l’auto-médication tant décriée a aussi ses bénéfices quand on se connait bien! 😉

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  8. dans le cadre du sujet je recommande ce site http://www.pseudo-sciences.org/ et sinon un livre de Alan Sokal; Pseudoscience et postmodernisme 🙂

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    La poule pondeuseNo Gravatar a répondu :

    @Jana, merci

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  9. Ce qui est drole dans les experts et je ne sais pas si vous avez déjà fait attention à ca, mais lorsque l’acteur principal dit une phrase importante, il remet ses lunettes.

    Répondre

    La poule pondeuseNo Gravatar a répondu :

    @Rose, 😆

    Répondre

  10. Merci de cet article. La vigilance critique vis-à-vis des soignants doit s’exercer aussi (et surtout) par les citoyens usagers des soins.
    Vous auriez votre place au Formindep.
    Cordialement.

    Philippe Foucras, fondateur du Formindep.

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    La poule pondeuseNo Gravatar a répondu :

    @Foucras Philippe, merci beaucoup !

    Répondre

  11. Personnellement, je trouve ça fatiguant. Donc pour aller consulter il faudrait 1)être cablé biologie (parce que pour se taper les rapports d’études, accrochez-vous des fois) 2)toujours critique vis-à-vis du soignant.

    Ils pourraient pas faire leur boulot simplement ? Le faire honnêtement, se former…

    J’ai une amie en étude de médecine, avec qui je me fritte à chaque fois que j’ose remettre en doute les choix de médecins. J’évoque mon scepticisme pour l’ocytocine injectée quasiment systématiquement pendant l’accouchement, elle hurle qu’il faut arrêter le délire, qu’on le fait pour sauver les bébés, que j’ai qu’à accoucher ailleurs que dans une structure médicalisée, etc. Elle est même pas encore en service que déjà ça la rebiffe qu’un patient fasse sa propre recherche ou ait sa sensibilité…

    Donc, je le redis, ça me fatigue. La prochaine fois j’irai voir un marabout, là au moins j’aurai pas à me demander dans quelle mesure il fait des choix débiles pour MA santé.

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    VervaineNo Gravatar a répondu :

    @la sorcière, je te comprends, c’est fatiguant de ne pouvoir se reposer sur des avis sûrs. Mais c’est le cas pour tellement de domaines dans la vie !
    Pour ma part, j’arrête (enfin j’essaye) de bassiner mes copines ou mon chéri quand on fait les courses alimentaires, sinon on n’achète plus rien ou je risque de perdre mes copines ! 😉 Regarder toutes les étiquettes, les provenances des aliments, leur mode de production… Ne pas se fier à la publicité de la TV…

    Je pense pourtant qu’il faut un minimum d’esprit critique sur ce que l’on fait/achète, mais cet esprit critique nécessite de se renseigner, de creuser et croiser les infos, etc et c’est fatiguant et chronophage. Les « experts » devraient être là pour nous éviter ces recherches, mais ce terme d’expertise est complètement dévoyé.
    Un peu comme la démocratie, en fait: on est censé lire les programmes des candidats, exprimer notre avis, débattre, réfléchir… Une dictature, ça a de rassurant qu’au moins, on ne réfléchit pas trop. :mrgreen: Je suis hyper caricaturale et provocatrice avec cette dernière phrase, hein!
    Mais je suis moi-même partagée entre mes idéaux d’information pure et parfaite, neutre et objective, (qui n’existe pas) et ma part de flemmardite aigüe…
    La solution est sans doute que chacun mette ses limites entre critique et confiance dans les « dires d’experts » selon ses possibilités et son vécu.

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    pétrolleuseNo Gravatar a répondu :

    @Vervaine, « Liberté implique responsabilité. C’est là pourquoi la plupart des hommes la redoutent. » G. B. Shaw 😉

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    VervaineNo Gravatar a répondu :

    @pétrolleuse, J’ADORE !
    C’est tellement bien résumé… Quel sens de la formule ce George Shaw (je ne la connaissais pas celle-là!)

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    La poule pondeuseNo Gravatar a répondu :

    @la sorcière, oui parfois ça devient usant… tu nous raconteras le marabout ? 😆

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  12. Bonjour,
    On peut débattre longtemps sur ce sujet. Il est vrai que les médecins sont souvent pris au dépourvu (pas tous) quand ils s’aperçoivent que les patientes ont fait des recherches, pris des notes et posent des questions précises. Après pour la plupart d’entres eux, ils ont quand même un esprit critique développé pendant leurs études.

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  13. J’apporte tardivement ma pierre à l’édifice : pour apprécier la validité d’une étude, il faut également s’intéresser aux études non publiées sur le sujet… En tant que citoyen lambda c’est difficile, mais faisable d’association de personnes.
    Parce que la question du biais de publication se pose de plus en plus (qui consiste à lancer un pièce 100fois, et ne publier que les résultats où la pièce tombé sur pile)

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  14. Les conflits d’intérêt sont omniprésents, il est utile de chercher à les débusquer. Mais ces échanges ne sont-elles pas un peu unilatérales?

    Marion a écrit le 1 mars 2013 à 14:35 : « Il est vrai que les médecins sont souvent pris au dépourvu (pas tous) quand ils s’aperçoivent que les patientes ont fait des recherches, pris des notes et posent des questions précises. »

    Évidemment, c’est troublant. Mais leur réaction ne dépend pas seulement de leur caractère, mais aussi de la manière dont le patient lui présente ses questions et observations.

    Puis-je me permettre de raconter mon expérience en risquant d’être un peu trop didactique?

    Malade, j’ai été inclus dans un protocole de recherche durant plusieurs années. J’ai été ravi de découvrir l’univers de ces médecins qui cherchent, le personnel des hôpitaux, d’être traité avec beaucoup d’égards, et aussi – sans doute surtout? de ne pas souffrir comme ceux à qui on appliquait un traitement traditionnel.

    Mais, malgré ce qui précède, j’ai surveillé très attentivement tout ce que les médecins faisaient avec moi. Si je ne l’avais pas fait, je ne serais probablement plus là pour le raconter. J’admirais le savoir de tous ces gens, mais en même temps je doutais parfois du bien-fondé de leurs actes. J’ai fait faire des examens complémentaires en-dehors de l’hôpital et découvert un sérieux problème cardiologique qui a pu être guéri. Je me suis méfié et j’ai refusé des radios et des scanners en trop, pas prévus par le « protocole ». Les médecins ne se rendent plus bien compte de la dangerosité des radiations… J’ai décidé de ne pas prendre certains médicaments accessoires. Cela n’a pas altéré nos relations qui sont restées excellents.

    Ce n’est pas sorcier. Avant de contester l’avis d’un médecin, j’exprime mon admiration de son savoir. Elle est sincère. Pour devenir médecin il faut des années d’études compliquées et éprouvantes, de l’expérience, une certaine force de caractère: comment pourrais-je rivaliser avec eux sur ce terrain? Mais ensuite je leur fais remarquer que je suis bien plus impliqué dans le processus de soins que, par la force de choses, aucun médecin, infirmier ni aide-soignant ne peuvent l’être. Et j’ai l’avantage de pouvoir observer mon organisme infiniment plus longtemps qu’ils ne le peuvent. Cela excuse d’office le fait que j’apporte des informations qui ne m’ont pas été demandées, pose des questions et suggère des solutions – en sollicitant l’avis du médecin. Il faut juste éviter de lui dire: « J’ai lu sur Internet que… » Un tel échange demande tout de même un peu plus de recherche dans des sources fiables.

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  15. J’aime votre article

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  16. Excellent article, merci à vous. Il est vrai qu’il y a pas mal de conflits en entreprise…

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