La journée des mères actives

 Comme je l’avais annoncé ici, j’ai assisté le 9 février à la première journée des mères actives, à la sympathique invitation de l’équipe de Maman travaille (dont je salue ici bien bas le travail magistral). Maman travaille, c’est un des premiers blogs que j’ai découverts, forcément intéressée par la problématique, même si je n’étais pas d’accord avec tout ce qui s’y disait (mais n’est-ce pas là la beauté d’internet que de pouvoir se frotter à des opinions et points de vue différents des nôtres ?), c’est maintenant un réseau et une association. Autour de la problématique des mères actives ont été abordés plus généralement l’articulation entre vie professionnelle et vie privée, la discrimination et bien d’autres questions qui nous touchent finalement tous. Selon mon engagement, j’en ai également fait un copieux Live tweet qui a noyé mes malheureux abonnés Twitter sous un flot d’extraits. Je dois dire que j’ai globalement été très impressionnée par la qualité des intervenants. A travers ce billet je vais essayer de vous donner plutôt une vision plus synthétique et forcément partielle de la journée, vraiment passionnante, sachant que l’équipe d’organisation fera sans doute une restitution plus exhaustive (tout a été filmé).

Un des leitmotivs de la journée pour moi : oser ! Oser se mettre en valeur, oser viser plus haut, oser demander un poste même si on ne se sent pas à 100% (120% ?) légitime pour le prendre… Comme l’a dit l’incroyable Aude de Thuin*, les femmes souffrent culturellement d’un manque de confiance en elles. Et en parallèle, ainsi que nous y incite Brigitte Grésy (une autre des stars du jour), les femmes doivent organiser leur incompétence parentale et ménagère, afin que les hommes prennent toute leur place dans la sphère familiale. Ceux-ci n’étaient d’ailleurs pas en reste (citons Till the Cat, père au foyer, et Mercredi C papa, une des rares associations d’hommes à s’intéresser à ces questions), et il ressort que les femmes d’aujourd’hui ne combattent plus contre les hommes mais AVEC eux (l’importance du bon choix du mari est d’ailleurs ressortie plusieurs fois comme un facteur clé de succès professionnel des femmes). On voit des effets positifs pour les hommes de s’impliquer dès les premiers jours auprès de leur bébé (cela augmenterait leur espérance de vie !) et également de promouvoir la parité en général ainsi que la flexibilité du temps de travail, ce qui augmente la performance mais également leur permet de passer sous le plancher de verre. Oui, car autour du plafond de verre c’est une vraie maison en fait, avec la métaphore déclinée à l’infini : plancher, murs, labyrinthe, et même escalators pour ces messieurs !

Il a été martelé tout au long de la journée que les valeurs, les compétences, les activités et les métiers que nous définissons comme féminins sont en réalité des stéréotypes culturels (si vous n’êtes pas convaincu lisez l’excellent livre de Brigitte Laloupe alias Olympe qui était là pour nous en parler), ce qui n’empêche que nous gagnerons tous à augmenter leur visibilité et leur attractivité : comme l’a souligné François Fatoux, délégué général de l’ORSE, si on cherche à attirer les femmes dans les métiers traditionnellement masculins (notamment en sciences) on ne fait pas la démarche inverse (combien d’hommes dans les métiers de la petite enfance ?). Il faut augmenter la visibilité des femmes au travail (et en particulier en situation de responsabilité) et celle des hommes au foyer, y compris dans la pub, mais aussi dans la presse, comme l’a rappelé Isabelle Germain.

Concrètement, je n’ai pas vraiment vu passer de solution révolutionnaire à tout cela. On a parlé modes de garde, avec le manque de places en crèche et la crèche d’entreprise qui n’est pas forcément la panacée (n’est-ce pas Mère Bordel ?), on a discuté congés parentaux/paternité/maternité : plus ? moins ? pour qui ? Ségolène Finet, s’appuyant sur son expérience aux Etats-Unis, a rappelé que le congé maternité se paie par une discrimination à l’emploi : si on ne veut pas de cette discrimination il faut un congé pour les deux parents ou un congé pour personne (ce qui est le cas aux US). On a également eu plusieurs intervenants pour rappeler qu’on ne peut pas être hyper performant sur tous les plans à tous les moments, avec l’idée de respecter les différents temps de la vie. Le congé parental (à temps partiel ou complet) est montré comme une respiration, voire comme un MBA où on apprendrait de nouvelles compétences ! Le télétravail est plébiscité, même si ses inconvénients ne sont pas occultés (incompatible avec la garde d’un enfant et source d’une trop grande porosité entre vie pro et vie privée). L’entrepreneuriat, s’il a le vent en poupe, n’est pas forcément la panacée, notamment avec des enfants en bas âge. Le temps partiel, et notamment le 80%, a été très critiqué (en gros même travail à faire en moins de temps et payé moins, incompatible avec l’ascension hiérarchique). Il semble pourtant mieux fonctionner voir être prisé par les hommes dans d’autres pays comme la Suisse. On n’a pas trop parlé de travail qu’on puisse faire AVEC les enfants (allez donc voir chez Alisabel pour quelques idées, comme toujours décoiffantes, sur ce sujet).

Mais peut-on vraiment avoir des solutions uniques pour tous ? La journée était très axée sur des problématiques de cadres supérieurs, de bobos. Aurélie Gastineau a rappelé que beaucoup de femmes ont un salaire quasi équivalent au coût de leur travail (garde de l’enfant, transport etc), ce qui dans un contexte économique tendu rend l’emploi salarié peu attractif. Attention aussi aux solutions à première vue cosmétiques, comme le jeudi des pères, qui une fois par mois (!! à terme par semaine) partiraient à 18 h, ou ce père qui expliquait tout fier avoir raté une réunion importante pour aller au conseil de classe. Les solutions ne sont pas les mêmes si on a un travail « de présence » (notamment en relation directe et physique avec le public ou le client : caissier, infirmier, commerçant…) ou « de dossier » (comme beaucoup de cadres) : l’un sera plus propice au temps partiel et l’autre au télétravail par exemple. De même, on a peu abordé les professions libérales, le public, les PME et TPE, les familles recomposées, homoparentales et bien d’autres cas, même s’il a été souligné que l’entreprise avait intérêt à étudier individuellement les besoins de chaque salarié. J’ai beaucoup aimé cette proposition de Laurence Cocandeau-Bellanger : il n’y a pas d’Idéal avec un grand I, il faut trouver son idéal à soi.

Enfin la journée a commencé et terminé autour de deux One woman shows, très complémentaires et également hilarants : le matin un extrait de Je suis top de Blandine Métayer, et l’après-midi Olivia Moore et son mythique « Bref, je suis une mère active ». J’avoue que ça m’a tellement donné envie que je serais tentée de proposer deux petites sorties aux poulettes parisiennes que ça tente : faites signe en commentaire.

En bref une belle journée, très inspirante et motivante, avec en prime la joie de rencontrer ou de revoir un certain nombre de chouettes personnes (elles se reconnaîtront) : un grand merci à Maman travaille !

*J’ai eu un véritable coup de coeur pour cette femme. Fondatrice du Women’s forum, avec un CV boulimique et une classe admirable, elle réussit en parallèle à rester vraie, sincère, émouvante, bref l’alliance parfaite du yin et du yang.

110 Responses to “La journée des mères actives”

  1. Thaliane dit :

    Synthèse parfaite ! Beau boulot !

  2. MamFunky dit :

    Merci pour cette synthèse. Vraiment déçue de n’avoir pu y assister. Mais tout suivi sur Twitter !

    Peut-être à la prochaine journée !

  3. Cathalapointe dit :

    😉 Bravo pour ce résumé analyse de la journée et merci pour les tweets, j’étais de mon côté a la conférence de Brigitte Grésy avant hier soir à Sciences Pô et n’ai pas encore eu le courage et le temps de faire un résumé pour EVELe blog…. J’ajoute le blog de poulepondeuse dans notre blogroll,

  4. Béatrice dit :

    Merci pour la synthèse !! Sur Tweeter, c’était un peu frustrant (et j’étais au boulot … 😉 )

  5. Virginie M dit :

    Très bon résumé de la journée d’hier.
    Il faut Oser comme l’a si bien dit Aude de Thun
    Partante pour une soirée théâtre

  6. Segolene F dit :

    Quel excellent compte-rendu! Je te voyais prendre des notes pendant la conférence et je me demandais un peu comment tu allais (toi ou les autres blogueurs/journalistes) pouvoir synthétiser le contenu d’une journée aussi riche sans écrire 10 pages — Tu parviens à restituer tous les points forts, et l’ambiance. Bravo et merci !
    Et je suis 100% partante pour aller voir « Je suis top » et/ou Olivia Moore!

  7. Cathalapointe dit :

    j’ai vu la pièce de Blandine Métayer plusieurs fois, je vous encourage à y aller, elle est excellente et délie les langues ensuite (possibilité de diner avec Blandine et son manager David Riquet sur demande après le spectacle si vous êtes un petit groupe), c’est incroyable le nombre d’anecdotes que d’un seul coup les femmes se mettent à raconter sur les remarques entendues au bureau. pour le coup,j’avoue qu’au lieu de me faire rire, cette pièce me met mal à l’aise… Comment, on en est encore là parfois dans certaines entreprises???
    Coordonnées de David Riquet : 01 47 64 46 72 , 06 67 68 17 82 et adresse e mail driquet@changementdedecor.fr

  8. Tine dit :

    compte-rendu très intéressant (comme tout ici), mais je suis plutôt d’accord avec la conclusion. Je trouve Maman travaille trop centrée sur les cadres surdiplômées en oubliant la majorité des femmes (et pourtant je travaille à plein temps en ayant bac+6).
    Cela dit, j’aime beaucoup l’idée de « temps » de la vie, de performances qui varient, ça fait du bien car la reprise avec nuits courtes, c’est dur pour l’estime de soi au travail!

  9. Lola SurLaToile dit :

    J’aime bien ton résumé, et aussi le fait de dire qu’il faut commencer par oser (en gros, se prendre en main un peu quand même), puis que les valeurs etc… vus comme féminins sont en réalité des stéréotypes culturels (c’est ce qui m’a fait quitter le réseau de femmes de ma boite) et que les problématiques liées aux enfants sont certes traditionnellement majoritairement sur les épaules des femmes mais que c’est avant tout une problématique de parent.
    Et sinon, je suis partante pour des sorties parisiennes 😆

  10. Merci !
    Merci beaucoup d’être venue et d’avoir pu faire profiter du débat à ceux et celles surtout)qui n’ont pas pu faire le déplacement.

    Anaïs Lunet
    Co-organisatrice de la journée

  11. Eva dit :

    Très bon résumé, il restitue parfaitement les points forts de cette belle journée !
    Cette journée m’a permise de prendre beaucoup de recul dans mon rôle de maman, de femme, et de chef d’entreprise.
    Je tiens, également, à remercier l’intervention de Aude de Thuin qui m’a énormément touchée !
    Alors pour conclure, femmes osées… Osées être vous, osées être au devant de la scène, osées ne pas être parfaites, osées, osées, osées !!! 😉
    Et sinon, je suis également partante pour aller voir, revoir Blandine de Metayer et Olivia Moore

  12. opale dit :

    Merci pour cet article complet la Poule, il y a encore tellement de discriminations dans le monde du travail pour les femmes ❗ 👿
    Sinon, oui, suis partante pour une sortie théâtre avec les Poulettes ! 😉

  13. anneszt dit :

    Chère Poule Pondeuse,
    je me décide à te laisser mon 1er commentaire après presque 2 années de suivi fidèle de ton blog et compte twitter! J’ai suivi ta TL hier et je voulais te remercier de m’avoir donné l’impression d’être un peu dans la salle alors que je suis à qq…10 000km de distance! Je vis en Argenitne depuis presque 5 ans et je suis maman depuis un peu plus d’1 an et demi. J’ai lu et relu avec bcp d’attention tes posts sur le maternage et l’éducation en général et, m’intéressant particulièrement au thème de l’égalité des genres, ton compte-rendu m’a bcp servi.
    Ici en Argentine comme tu t’en doutes la société est globalement machiste (sans vouloir faire de généralités!) mais il existe un vrai travail académique et politique de réflexion autour de la perspective du genre. Avec une amie nous avons créé le hashtag #generoyeduc afin de réunir réflexions, débats, matériel et idées autour de ce thème. Dans le but de mieux diffuser les idées abordées au cours de la conférence, j’aurais aimé en faire une traduction à l’espagnol et la publier sur mon blog. Me donnes-tu l’autorisation?
    A très bientôt, merci encore!

    PS à quels moments de la journée/nuit mènes tu ta vie de blogueuse/geek/chercheuse?

  14. m@nue dit :

    C’est amusant, je lis le même jour ton article sur le blog et un rapport fort intéressant (le lien était sur l’intranet de mon lieu de travail): http://www.observatoire-parentalite.com/public/documents/rapport-ballarin-fevrier-2012.pdf

    Je n’ai pas encore tout lu mais ça me paraît être une bonne synthèse 😉

  15. AnSo dit :

    « l’importance du bon choix du mari est d’ailleurs ressortie plusieurs fois comme un facteur clé de succès professionnel des femmes » :mrgreen:
    l’inconvénient c’est quand même qu’une fois qu’on s’est planté sur cette question là il faut faire avec (ou sans, c’est selon, mais enfin c’est pas neutre), et que quand on s’en aperçoit c’est un peu tard !

    pas le temps là de lire tous les liens mais tout ça m’intéresse bien, quelle synthèse, merci ! je m’y penche au plus tôt !

  16. AnSo dit :

    j’ai oublié de préciser, mais une sortie théâtre je suis preneuse avec plaisir 😎

  17. Carlie dit :

    Je découvre cet article via un post d’une amie: ça me plaît énormément !! Et contente de voir que je ne suis pas seule !!

    Partant pour une sortie théâtre également !!

    À plus

  18. @Thaliane, merci ! et bravo pour ton super LT !

  19. @MamFunky, franchement on a reçu une telle énergie, ça donne envie de recommencer.

  20. @Cathalapointe, merci ! je vais guetter le compte rendu sur EVE alors.

  21. @Béatrice, tu m’étonnes !

  22. @Virginie M, OK !

  23. @Segolene F, super ! (et merci 😳 )

  24. @Cathalapointe, merci pour les tuyaux ! on va peut-être se greffer sur la soirée organisée par Maman travaille (quand j’aurai trouvé la date 🙄 😆 )

  25. @Tine, bon il y a aussi eu la présentation d’avancées mises en place par Carrefour pour les femmes à tous les niveaux de l’entreprise, y compris les caissières, même si pas toujours évident de faire la part des choses au travers d’un petit film. Moi aussi les « temps de la vie » ça me parle beaucoup, je trouve cette opposition parent au foyer vs parent actif un peu stérile car souvent ce sont les mêmes personnes à des moments différents…

  26. @Lola SurLaToile, même longueur d’onde ! et cool (surtout si tu viens avec du chocolat :mrgreen: je ➡ )

  27. @Anaïs B for Baby, merci à toi et toute l’équipe pour ce super moment !

  28. @anneszt, bienvenue dans les commentaires alors ! Et bravo pour ton engagement au quotidien. Bien sûr n’hésite pas à traduire et à diffuser, tant que 1. tu précises l’origine et 2. ce n’est pas à but commercial, autant que ces idées circulent largement ! J’ai hâte de voir ça (même si je ne parle pas espagnol hélas 🙄 )
    Le temps pour bloguer j’ai du mal à le trouver, et hier soir je me suis donc couchée un peu tard pour boucler le billet…

  29. @m@nue, d’ailleurs je n’ai pas cité Jérôme Ballarin de l’Observatoire de la parentalité qui était présent (mais c’est lui qui a proposé le jeudi des pères, ahem 😆 ).

  30. @AnSo, c’est vrai qu’en entendant ça je me suis dit OUF à chaque fois ! mais il y a des signes qui ne trompent pas, car au-delà de l’investissement auprès des enfants l’investissement dans les tâches ménagères ingrates est probablement un bon indicateur (« allez je t’aide, je descends ta poubelle » => dégage 😆 ).

  31. @Carlie, bienvenue ! et peut-être à bientôt alors

  32. rysy dit :

    Merci pour cet article !
    C’est en parlant un maximum même au sein de son couple que l’on arrivera à faire changer les mentalités. Je rends hommage à mon mari qui s’attelle à faire évoluer son manager et son RRH en leur expliquant qu’il est manager ET père et qu’il entend bien concilier les deux et que « bobonne » a aussi un métier très prenant. (D’ailleurs, mon mari est aussi en progrès sur les tâches ménagères ingrates :mrgreen: )
    Dans ma boite, le spectacle de Blandine Metayer a été proposé à tous à l’heure du déjeuner. Et nous sommes en train de faire faire une étude par un cabinet extérieur sur nos rémunérations. L’étude identifie entre autres l’impact du fait d’être une femme dans la rémunération. C’est passionnant.

    Si la soirée théâtre se fait, je suis aussi partante !!!

  33. rysy dit :

    @La poule pondeuse, pour le jeudi des pères, je me demande si cela n’a pas un petit côté « effet d’annonce » pour susciter le débat.

  34. Jouls dit :

    Merci pour cet article et ce chouette résumé ! Le paragraphe sur la confiance en soi me parle particulièrement. Moi qui croyais être très atteinte de ce côté-là et qui m’en faisais une montagne, je me sens un peu moins seule.

    En revanche, et là je vais faire un peu de provoc juste histoire de lancer le débat, je suis moins convaincue par l’insistance à rappeler que « les valeurs, les compétences, les activités et les métiers que nous définissons comme féminins sont en réalité des stéréotypes culturels ». Bien sûr je ne dis pas qu’elle est intégralement fausse, mais à mon avis ça demande un peu de nuance.
    Parce que si je vais au bout du raisonnement, ça veut donc dire qu’en réalité, il n’y a aucune différence sur le plan des valeurs, des compétences (et j’ajouterais des modes de fonctionnement) entre les hommes et les femmes. Ceux-ci seraient donc complètement interchangeables, dans toutes les entreprises et tous les métiers. Et dans ce cas, quel peut être l’apport de la mixité dans une entreprise puisque finalement homme=femme ? Sur quoi se fondent les études qui disent que les entreprises plus mixtes sont plus performantes (en gros) si finalement toutes les différences ne sont que stéréotypes ?
    Bref, avec cet argument des « stéréotypes », il me semble que la seule raison de défendre la mixité serait de permettre aux femmes de casser le « plafond de verre » (ce qui serait déjà énorme, évidemment), mais dans ce cas il faudrait arrêter de dire que ça va aussi dans le sens de la performance de l’entreprise …

    Je ne sais pas si je me fais bien comprendre, j’attends les retours 😉 Moi j’ai ma petite idée sur la question bien sûr…

  35. @rysy, génial le spectacle dans la boîte ! effectivement ça doit être très intéressant de voir cette démarche portée dans son entreprise.

  36. @Jouls, c’est fini de troller oui ? 😆 😆
    Plusieurs choses :
    – les différences hommes femmes ne sont pas d’origine biologique/génétique mais la force des stéréotypes culturels en fait des prophéties auto réalisatrices. Donc au stade où nous sommes, très formatés, les valeurs dites féminines sont en grande majorité portées par des femmes. Donc tant que la mixité et la parité ne sont pas atteintes, on reste dans l’autoentretien des clichés ET on prive des pans de la société de certaines valeurs, compétences etc (par exemple en caricaturant pas de valeurs « féminines » dans les comités de direction et pas de valeurs « masculines » dans les crèches), ce qui les rend moins performants (puisque hémiplégiques).
    – si on réussit à dégenrer notre société et donc à permettre aux hommes et aux femmes de se positionner différemment sur ce gradient de valeur, alors en théorie la question ne se posera plus ET il restera toujours celle de la flexibilité, du temps de travail, de l’articulation vie privée-vie pro, sauf qu’elle se posera avec la même acuité pour tous et que les femmes ne seront donc plus discriminées à cause de ça. Et il a été dit lors de la journée que les expériences de flexibilité accrue étaient très positive pour la performance de l’entreprise.

    ça répond ?

  37. Petite question pour la soirée théâtre : préférez-vous que ce soit entre poulettes ou est-ce qu’on se greffe à une sortie « Maman travaille » ?

  38. Jouls dit :

    @La poule pondeuse, Oui je sais je trolle, mais c’est une question qui me taraude depuis un moment (et j’avais déjà envie de troller sur le billet à propos du livre d’Olympe. Tu vois, j’ai été disciplinée 🙂
    Et oui ça répond dans le sens où je comprends le raisonnement… Mais j’ai beaucoup de mal à le partager.
    En fait, je ne comprends pas pourquoi il faut « dégenrer » la société, c’est-à-dire en passer par la négation des différences, pour atteindre l’égalité homme-femme. En réalité j’ai l’impression qu’une partie du débat se fonde sur une assimilation différence-inégalité qui ne me semble pas juste. Pour ma part j’aspire plus à une société où l’égalité entre hommes et femmes serait assurée dans le respect de notre complémentarité (et c’est là que les question de flexibilité etc., entre autres, prennent leur importance), plutôt qu’à une société « dégenrée ».

  39. oops dit :

    @Jouls, merci d’avoir ouvert cette porte ; du coup j' »ose » dire que je comprends ton questionnement puisque j’ai le même. C’est difficile à expliquer de façon claire et sans être réduite à « femme qui subit l’influence de plusieurs siècles de misogynie et qui ne s’en rend même pas compte ».

    Je crois que ce qui me gêne personnellement, c’est le principe d’égalité. S’il est indispensable en droit (au sens « juridique », que ce soit pour une question de genre, de religion ou autre), je crois qu’il est contre-productif dans tous les autres domaines, dans lesquels j’ai une préférence pour l’équité.

    Je m’explique :
    > au sein de mon couple, je préfère laisser à mon homme le déplacement des objets lourds pendant que je cuisine, n’en déplaise à l’image forcément un peu archaïque que ça peut donner. Physiquement, nous ne seront jamais égaux !
    > par extension : les déménageurs seront probablement encore longtemps majoritairement masculins, même si, bien sûr, certaines femmes sont plus fortes que certains hommes. La parité dans certains domaines, bof…
    > au bureau : j’ai toujours trouvé que c’était la complémentarité, et non pas l’égalité, qui faisait la force d’une équipe. Je suis graphiste, c’est peut-être un secteur particulier. Car c’est un domaine où justement, on cultive la différence, la personnalité de chaque personne. Que ce soit autour du genre, comme de la culture (origine familiale, mais pas seulement), des appétences / envies / compétences particulières des uns et des autres. Car c’est dans l’échange entre toutes ces particularités que se trouve la vraie richesse.

    Du coup, j’ai l’impression que l’égalitarisme amène directement à l’uniformisation, ce qui me pose le même problème qu’une certaine forme de « progrès ». Qu’on trouve les mêmes enseignes aux 4 coins du globe, c’est sûrement un progrès économique, mais qu’elle tristesse…

    Pour prendre une image trèèèèès caricaturale : j’ai parfois l’impression que l’objectif du « tous pareils » revient à vouloir faire rentrer tout le monde dans un 40. Trop petit pour certains, trop grand pour d’autres, mais ouf, tout le monde à la même chose !

    Surtout, là où le bât (me) blesse, c’est que ça revient encore et toujours à considérer comme négatives ou mineures les « caractéristiques féminines » (qu’on les considère biologiques ou traditionnelles). Donc à considérer, par exemple, que l’ambition professionnelle est forcément supérieure à celle de manager son foyer. Que l’épanouissement intellectuel ne passe que par le travail, et pas par le défi psychologique quotidiennement renouvelé de l’éducation des enfants.

    Or, ça ressemble beaucoup à un autre type d’influence, beaucoup plus récente, mais très (plus ?) puissante : celle de la société de consommation.

    S’il y a d’énormes progrès à faire pour que les femmes (les « minorités », les handicapés…) puissent suivre le chemin qu’elles souhaitent sans faire de saut d’obstacle tous les 10 mètres, il ne faudrait pas qu’on tombe dans un autre excès. Il me semble normal qu’il y ait des différences entre les genres (physiologiques, si c’est pas génétiques ou biologiques…), sans que l’un soit supérieur à l’autre. Même bourrées aux hormones, les femmes courent moins vite que les hommes (bourrés aux hormones aussi !). Et alors ? Pourquoi toujours tout hiérarchiser ?

    Si un homme rêve du poste de pdg, et une femme de celui d’assistante, est-ce qu’il faut forcément y mettre une différence de valeur, le poids de la culture ou autre ? Si on n’a jamais vu de pdg sans assistante, c’est bien que le duo est indissociable, donc que les deux sont « également » complémentaires.
    Si elle souhaite être pdg, et lui assistant et que l’un ou l’autre se heurte à des freins, là il y a un problème à résoudre. Sinon, on a le droit d’avoir des sources de bonheur différentes.

    Personnellement, même si j’aime bien mon métier (bien que ce ne soit pas une passion comme pour d’autres), je trouve encore plus intéressant de « travailler » (car c’est un vrai travail) au quotidien à la maison, en m’occupant de ma fille (et bientôt de sa sœur). Je ne me suis jamais autant (in)formée que depuis que je suis maman (grâce à ce blog entre autres !). Je n’ai jamais été autant remise en question, sur mes acquis, mes savoir-faire, mon savoir-être que depuis que mon activité principale est ma fille. Je n’ai jamais autant appris, sur moi-même et sur les autres, je n’ai jamais autant réfléchi sur la société en général, que depuis que je suis responsable d’une graine d’adulte.

    Ce qui m’incite, doucement mais sûrement, à laisser tomber mon entreprise, bien moins épanouissante ! Que je remonterai sans doute plus tard ; la pertinence du concept des « différents temps de la vie » me séduit complètement.

    Et ce qui continue d’aller de pair avec un partage des tâches équitable : une assmat ne fait pas ses courses perso + son ménage + son linge + ses repas sur le temps où elle garde les enfants des autres, il n’y a pas de raison pour que je fasse moins bien avec mes enfants à moi !

    Alors, troll ou pas troll ? 😳 :mrgreen:

  40. rysy dit :

    @La poule pondeuse, Vue ma timidité, au début, je préfère la 1ère option. :mrgreen: quitte à participer à une sortie maman travaille par la suite.

  41. Anonyme dit :

    @La poule pondeuse, merci pour ton autorisation! Évidemment se je citerai la source, je n avais pas pris la peine de te le préciser, mais je comprends ton observation, apres tout tu ne me connais pas! Je vais dc me coucher tard ce soir occupée a traduire 😉

  42. rysy dit :

    @oops, Je crois que l’idée de l’égalité pro entre les hommes et les femmes n’est pas de tomber dans l’excès inverse que tu mentionnes. Il me semble que le changement de mentalités/comportements/lutte contre les stéréotypes de genre etc a pour objectif, entre autres :
    – de faire qu’il n’y ait pas que les hommes qui rêvent d’être pdg mais aussi les femmes, et inversement, qu’il n’y ait pas que les femmes qui rêvent d’être assistantes,
    – de faire que les hommes aient autant envie et osent autant avoir des « sources de bonheur différentes » : pas facile pour un homme de dire à ses collègues qu’il doit quitter son travail pour aller chercher prunelle-de-ses-yeux à la crèche ou demander un 4/5
    – de faire qu’un congé mat (biologiquement réservé aux femmes) n’ait pas un impact négatif sur les salaires et les carrières des femmes. Celles-ci, en gros, sont potentiellement en congé vers la trentaine. Et c’est justement dans cette classe d’âge que les entreprises identifient leurs futurs managers. Or une entreprise pourrait justement intégrer que les facteurs de motivation évoluent avec les projets de vie, comme tu le dis si bien.

  43. rysy dit :

    @Jouls, « Sur quoi se fondent les études qui disent que les entreprises plus mixtes sont plus performantes (en gros) si finalement toutes les différences ne sont que stéréotypes ? »
    j’avais trouvé une étude qui comparaient les résultats financiers des entreprises et qui montraient que celles dont les boards étaient mixtes avaient de meilleures résultats.
    Avant d’acheter des actions d’une entreprise, je vais peut-être analyser ce facteur 😆

  44. @oops et jouls, mais ce n’est pas du tout ce que je défends (et ce qui est sous-entendu par « dégenrer ») ! Moi je trouve que l’uniformisation, le 40 pour tout le monde, comme tu dis, c’est maintenant qu’on le vit ! Avec d’un côté l’homme fort qui va chasser le mammouth pendant que sa douce et tendre torche les gosses, et tu fais quoi si tu es une femme qui aime la chasse au mammouth ou un homme qui aime les couches ??

    Tu cites les déménageurs : dans notre culture effectivement les femmes laissent les hommes porter les lourdes charges (moi la première :mrgreen: ) et sont encouragées à être faibles. Pourtant dans d’autres cultures les femmes portent quotidiennement des charges énormes (ex plusieurs dizaines de litres d’eau du puits sur des km), ce dont beaucoup d’hommes occidentaux seraient bien incapables. Les femmes peuvent donc être très fortes physiquement, c’est une sélection sociale qui nous rend si nunuches physiquement (et là encore moi la première). Voir aussi le blog Entrées en lice qui démonte bien ces clichés http://entrees-en-lice.over-blog.com/

    Encore une fois ce n’est pas tous pareils, c’est tous différents, avec le genre et le sexe qui ne sont plus un facteur prédominant d’explication de ces différences (pas plus que la couleur de la peau par exemple). Et ça ne veut pas DU TOUT dire que les femmes ne pourront plus « faire les femmes » et vice versa.

  45. @anneszt, je m’en doute 😉 Mais comme les commentaires sont publics j’en profite pour rappeler les règles à tous ceux qui lisent par ici…

  46. oops dit :

    @La poule pondeuse, C’est peut-être effectivement l’expression « dégenrer » qui traduit mal une pensée plus ouverte ; j’y entends « supprimer » la notion de genre, soit devenir tous androgyne… Trop réducteur pour moi qui tente au contraire à pousser les particularismes (le miens, ceux des étudiants que je coache) ou qui les cherche dans mes partenaires professionnels.

    Je ne suis pas particulièrement « féminine » au sens cliché du terme (pas de maquillage, ni de bijoux, par exemple), mais je suis une femme, avec ses « attributs », ses contraintes physiques (il y a quelques jours par mois où il ne faut pas trop me chercher, mais quelle expérience extraordinaire d’être enceinte !), qui font partie intégrante de ma personnalité. Je pense vraiment que notre genre, notre sexe pour être plus précise, fait partie des éléments qui nous construisent en tant qu’individu. Et que c’est une richesse !

    NB : rien à voir avec donner des poupées et du rose aux fillettes, et des camions et du bleu aux garçonnets ! Là, par contre, c’est du conditionnement culturel. D’ailleurs, ma fille choisit toujours spontanément des « jeux de garçons » à la Ludothèque, et j’adore jouer avec elle !

    J’ai plus l’impression qu’on est dans une période « toutes les femmes en 36, tous les hommes en 54 » et qu’on s’oriente (selon certains discours) vers « tous en 40 ». Ce qui ne me paraît pas mieux !

    De la même façon, la proposition « un même congé mat’ pour tout le monde ou personne » me semble taper à côté du problème de fond.

    Pour le portage des objets lourds, c’est surtout une question de technique : on voit des femmes avec des litres d’eau sur la tête en Afrique, des hommes (en robe !) avec des kilos de briques sur la tête en Asie… Incompatible avec nos postures avachies occidentales !
    De la même façon, je ne peux pas porter à bras ma fille de 17 mois plus de 10 min sans souffrir du dos, alors qu’avec le porte-bébé physio ou l’écharpe, même enceinte de presque 6 mois, je tiens facilement 2 heures.
    Tant qu’on déménagera à la force des bras (et que les plafonds seront trop bas pour porter sur la tête !), ce sont les mecs qui s’y colleront en majorité… mais les femmes peuvent conduire le camion, grâce à la direction assistée :mrgreen: !

    Pour répondre à rysy, j’aimerais effectivement que la lutte contre les stéréotypes soit bien toujours dans les deux sens. Pour moi, l’un ne va pas sans l’autre, un peu selon le principe des vases communicants.

    Mais ce n’est pas très compatible avec le discours qui minore les « caractéristiques féminines », porte aux nues les postes à hautes responsabilités (en quoi ce serait mieux d’être en haut de la hiérarchie d’une grosse boite ? Un plombier gagne plus que bien des CSP+ et la vie de chantier et d’atelier peut être plus attractive que la vie de bureau), et tresse des couronnes de lauriers aux femmes qui cumulent enfants en bas âge et boulot à plein temps… C’est ça qui m’embête !

    Ni avec le « tabou » de la différence homme/femme. Il y en a bien une (et même plusieurs), sans pour autant mettre tout le monde dans des cases figées, et sans pour autant hiérarchiser ces différences. Le respect de chacun dans sa différence me paraît plus judicieux…

    Sinon, sur le fond, je suis bien d’accord qu’il y a beaucoup de boulot pour permettre aux femmes comme aux hommes de gérer leur différentes périodes de vie comme ils l’entendent… Vaste programme !

    Et je n’ai pas vraiment de solution à proposer, c’est tellement complexe et surtout individuel, que je ne vois pas trop quel type de loi pourrait amener un progrès. Alléger les contrats et les charges qui pèsent sur l’emploi, pour augmenter la flexibilité, me paraîtrait utile.

    Car s’il y a toute une mentalité à changer, il y a aussi une vraie question financière derrière tout ça. De la même façon qu’embaucher un senior est compliqué pour une entreprise (c’est celle depuis laquelle il partira en retraite qui se retrouve avec le dossier à gérer et les frais qui vont avec), le coût du congé mat + embauche d’une intérimaire ou d’un CDD n’est pas neutre non plus dans une période tendue économiquement.
    Une caisse commune dans les deux cas, plutôt qu’entreprise par entreprise et donc par salarié, retirerait un boulet au pied des seniors comme des femmes (idem pour le coût de l’adaptation des postes de travail en fonction des handicaps).

    Sinon, sanctionner les médias + agence de pub + annonceurs qui mettent des nanas à poil pour vendre tout et n’importe quoi (au même titre qu’il est interdit de faire des allusions racistes) ? Il faudrait en toucher 2 mots à Mme Badinter…

  47. Jouls dit :

    @rysy, Oui, je suis au courant de ce genre d’étude, mais pour moi ça veut bien dire que c’est la complémentarité hommes/femmes dans leurs différences qui permet de meilleurs résultats.
    Bon, en tout cas je suis contente, j’ai lancé le débat 😛 😛 😛

  48. @oops, bien sûr qu’il y a des expériences qui ne peuvent être vécues que par les femmes, mais toutes les femmes ne vivent pas ces expériences. Il ne faut pas les nier mais pas non plus en faire un prisme à travers lequel définir LA femme (qui n’existe à mon humble avis pas). Par exemple de nombreuses femmes prennent une contraception hormonale continue : plus de règles, plus de SPM. Et moi-même je ne prends plus d’hormone mais franchement même mon mari ne remarque pas que j’ai mes règles si je ne l’en avertis pas. Donc ça me gave qu’on me définisse par défaut comme une gonzesse qui va forcément être pénible quelques jours par mois. De la même façon certaines femmes ne peuvent ou ne veulent être enceintes. Et on voit le sexe comme quelque chose de très binaire, mais il y a des gens qui sont X simple, d’autres XXY, d’autres encore qui ont les organes des deux sexes, d’autres qui ont les organes d’un sexe mais se sentent de l’autre… Bref nous devons aussi faire une place à ces personnes dans notre description de l’humain, et pas juste comme erreurs de la nature.
    Alors bien sûr le résumé de la journée est caricatural, et de toute façon le type de postes qui est bloqué par le plafond de verre ne concerne qu’une petite minorité de personnes, qu’elles soient hommes, femmes (ou encore autre chose ;-)). Et pour moi valoriser l’emploi et les carrières féminines DOIT aller de pair avec la valorisation de la « paternité active » (pour reprendre l’expression de Brigitte Grésy), il faut arrêter de penser que par défaut les enfants sont le problème de la mère (et que les enfants sont un problème 😉 ). Ce qui n’empêche en aucune façon un couple de décider que c’est la mère qui va s’occuper à plein temps des enfants ; cela ne doit juste plus être un choix par défaut.