Boire ou se reproduire, faut-il choisir ?

Un récent dossier de la revue médicale Prescrire relance le débat : peut-on boire (de l’alcool, what else ?) pendant la grossesse  ? Il faut savoir tout d’abord que Prescrire jouit d’un prestige important au sein de la communauté médicale française (plus que Top Santé par exemple…), étant un des rares lieux de débat scientifique médical exempt de l’influence de l’omniprésente industrie pharmaceutique. Ses recommandations sont donc le fruit d’une étude poussée et critique de la littérature internationale. Je n’ai pas accès à l’intégralité du dossier, n’étant pas abonnée, mais le résumé public, s’il rappelle bien sûr les risques liés à la consommation excessive d’alcool, ne recommande pas pour autant l’abstinence totale :

En pratique, il est important d’informer des risques liés à la consommation d’alcool durant la grossesse, mais de manière nuancée, sans culpabiliser d’une éventuelle consommation minime d’alcool. Cette information répétée semble utile pour réduire la consommation des femmes qui ont une consommation à risque. En leur conseillant de ne pas dépasser 4 verres par semaine, et 2 verres en une occasion.

Alors, après avoir appris qu’on se privait de fromages au lait cru pour de mauvaises raisons, va-t-on découvrir qu’on s’abstient en vain d’un bon verre de vin ? Rappelons d’abord que l’alcool ne pose potentiellement problème qu’à partir du moment où la circulation sanguine maternelle se connecte à celle de l’embryon, soit entre deux et trois semaines de grossesse (soit le moment où en théorie vous observez un retard de règles et faites votre test : qui a dit que la nature était mal faite ?).

Par ailleurs, une étude a même montré de meilleurs résultats pour les enfants dont les mères avait bu un peu d’alcool pendant la grossesse (1-2 verres par semaine) par rapport à ceux dont la mère s’était abstenue ; de là à encourager un petit verre aux femmes enceintes…

Mais ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que -contrairement à beaucoup de molécules actuellement médiatisées, comme BPA, parabens etc- la toxicité de l’alcool est tout à fait avérée. Il est notamment reconnu comme « cancérogène pour l’homme » (Groupe 1 du CIRC, soit le plus haut niveau de certitude) et comme tératogène (c’est-à-dire qu’il provoque des malformations congénitales).

Je trouve également intéressant de s’intéresser à ce qu’on sait sur l’impact de l’alcool via le lait maternel. Celui-ci est moins important que lors de la grossesse, puisqu’il y a un effet de dilution (le foetus partage le sang maternel et est donc exposé à la même concentration en alcool, alors que le bébé allaité ingère le lait alcoolisé, celui-ci étant alors dilué dans son sang par l’appareil digestif). En outre, le bébé ne tète pas (toujours) en continu donc il peut éviter le moment où le lait est le plus concentré en alcool, alors que le foetus voit son sang renouvelé en permanence par la circulation maternelle via le placenta. Rappelons enfin que la concentration en alcool du lait est à peu près égale à celle du sang. Ainsi, la Leche league en compilant diverses études montre qu’on n’est pas obligée de complètement renoncer à l’alcool lorsqu’on allaite :

A court terme, l’absorption par la mère d’une dose d’alcool inférieure à 1 g/kg d’alcool pur ne posera généralement aucun problème au bébé allaité.

L’alcootest pour lait maternel Milkscreen se base quant à lui sur une limite de 0.03 % d’alcool dans le lait (notez que chaque rapport utilise une unité différente ce qui ne simplifie pas la comparaison ; mais cela correspondrait à un à deux verres « standard », selon les individus et les circonstances) au-delà de laquelle on observerait un changement des habitudes de sommeil et de tétée des nourrissons, mais ce seuil est également sujet à débat. On voit en tout cas qu’une dose peu importante peut affecter le comportement du bébé : même si cela n’est pas du même ordre qu’une malformation ou qu’un retard de croissance, je trouve que cela incite à la prudence, d’autant plus que comme on l’a vu le bébé allaité est moins exposé que le foetus et qu’il est également plus mature (donc plus résistant, notamment par la mise en place progressive de l’équipement enzymatique permettant de métaboliser l’alcool).

Bref, nous ne sommes pas beaucoup plus avancés. Je pense que tout le monde sera d’accord pour dire qu’un verre de vin pour toute la grossesse n’aura probablement pas d’impact visible sur le bébé, et pour dire qu’une bouteille de vin par jour ce n’est pas une bonne idée. Mais où est la limite entre les deux : c’est bien cela qui fait débat. Il est probable aussi que les variations individuelles soient trop importantes pour pouvoir fixer une limite claire et adéquate pour le plus grand nombre (autre que 0). Et dans le doute, on recommande de ne pas boire du tout. Je comprends la nécessité d’un message simple, surtout dans un pays où l’alcool est hyper banalisé (quoi ? la bière et le cidre ça compte comme de l’alcool ?), mais en même temps je déteste qu’on décide pour moi. Croit-on vraiment que les femmes sont incapables d’appréhender elles-mêmes ce type de problème ? Qu’elles n’ont pas le bien-être et la santé de leur bébé au coeur de leurs préoccupations ? Est-ce qu’on ne peut pas plutôt les laisser décider des risques qu’elles souhaitent prendre ou pas ? Quoi qu’il en soit, j’aime bien l’approche de Prescrire : « informer des risques (…) de manière nuancée, sans culpabiliser ». Et je ne vois pas pourquoi elle ne ferait pas consensus.

Image : « Attention : la consommation d’alcool peut entraîner la grossesse. » Et cet article est dédié à Mère Bordel à qui je pense à chaque fois que je vois une bouteille de vin…

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137 Responses to “Boire ou se reproduire, faut-il choisir ?”

  1. C’est vrai qu’au final on n’est pas plus avancés…
    mais quand je pense à ma belle-famille qui me propose systématiquement un verre de champagne à chaque apéro! C’est le même cirque à chaque fois:
    -un verre de champagne?
    -non, ça ira! Merci!
    -ha oui, c’est vrai que tu n’aimes pas ça! (c’est exact…sauf le très très bon qui coûte bien cher en fait, donc je m’abstiens)
    -ben, c’est surtout que je suis enceinte!
    -ha, et alors?

    Bon, voilà, tout est dit… 🙄
    Il semble donc que le champagne, comme la bière et le cidre, ne soit pas de l’alcool… Serait-ce l’effet des bulles?

  2. Béatrice dit :

    J’aime bien ta phrase  » … je déteste qu’on décide pour moi » 😉
    Je crois qu’effectivement, on recommande le « zéro alcool » parce que c’est plus simple … (perso,enceinte, pour le très très bon vin comme pour le fromage au lait cru que j’aime beaucoup beaucoup : un tout petit peu, de temps en temps !!)

  3. C’est vrai que la façon dont on nous présente les risques de l’alcool pendant la grossesse est vraiment terrorisante. Le médecin qui a suivi mes grossesses m’avait dit qu’un tout petit verre pour une occasion spéciale ne présentait pas de danger. Je n’ai quasimment rien bu, par manque d’envie et préférant être trés prudente. Cependant, j’ai été mortifiée de voir les regard assassins de certains clients d’un restaurant lorsque, lors d’un repas savoyard, j’ai simplement trempé les lèvres dans le verre de mon conjoint… Je me suis fait aussi traiter d’inconsciente et mon médecin de criminel parce que j’ai bu un fond de champagne à Noël (allez, 5cl à tout casser…). Ton article m’interpelle donc beaucoup, car j’estime être capable de décider toute seule ce qui est bon pour moi ou bébé….

  4. Merci beaucoup pour ton article… je n’ose même pas te dire que Mr Déjanté danse la gigue près de moi…J’aime aussi beaucoup le point de vue que tu cites en conclusion…
    J’avais personnellement entendu un spécialiste proclamer sérieusement que (à titre d’exemple) si une femme ingérait un verre de vin au 42ème jour (dit au hasard) de sa grossesse et que ce même 42ème jour, l’embryon formait ses reins et ben PAF, c’était fichu pour les reins…!!
    Soyons critiques, intelligents et mesurés en toute circonstance et tout ira bien!!!

  5. La Mère Joie dit :

    Je trouve pas ça bien comme billet après y aura plus de blogueurs pour nous faire rigoler en assurant que si tu bois un verre de rouge pendant ta grossesse, tu vas avoir un enfant hyperactif…
    :mrgreen: 😎

  6. La loupiote dit :

    « Allez, un p’tit coup, ça n’a jamais fait de mal à personne… » ou le « Bah regardes moi, à mon époque, on fumait et on buvait et mes enfants sont parfaits » : ça me donnait encore moins envie de boire enceinte. Esprit de contradiction ou comme toi, je déteste qu’on décide pour moi! T’as bien raison, na !

  7. @La Ptite graine folle, c’est vrai, je n’ai pas parlé de cette pression insupportable où il FAUT que tu boives même si tu as dit 15 fois que non, tu ne voulais pas 👿

  8. @Béatrice, moi ça me donne envie de faire l’inverse, par pur esprit de contradiction :mrgreen:

  9. @Flolasouricette, pfff j’hallucine, ou on te traite d’inconsciente parce que tu bois un fond de verre, ou on te traite de psychorigide parce que tu veux pas boire, mais c’est jamais comme il faut 🙄

  10. @Mme Déjantée, sacré objectif (être critique, intelligent et mesuré en toute circonstance) !! Et bonne gigue à Mr D 😉

  11. @La Mère Joie, est-ce à dire que si tu ne bois pas tu es assurée que ton enfant ne sera pas hyperactif ? 😆

  12. @La loupiote, ah oui ça aussi ça m’énervait ! Mais qu’est-ce que ça peut leur faire, on ne les empêche pas de boire, au contraire, ça leur en laisse plus.

  13. llythie dit :

    salut !
    Quand j’étais en « formation » pour l’entretien « du 4ème mois », on nous a parlé de l’alcool pendant la grossesse. Elle expliquait que tous les bébés ne réagissaient pas à la même dose, un peu comme les adultes, ceux qui sont ivres au bout d’un demi verre et ceux à qui il faudra la bouteille (bon j’exagère ptet). Le deuxième problème était que pour un taux d’alcoolémie même bas, le foetus aura le mm taux mais pour un corps bcp plus petit…Et donc zéro alcool car parfois un verre suffit à engendrer un SAF, parfois c’est un verre régulier, parfois c une cuite. On ne le sait pas à l’avance alors dans le doute…

  14. Anne Cé dit :

    youhou ! quelle bonne nouvelle, je m’en vais de ce pas boire une bouteille de rouge, qui s’accordera à merveille à tous les bons fromages au lait cru dont je ne me suis pas privée ces 6 derniers mois ! 😆

    blague à part, j’ai réussi à tenir le « zéro alcool » pour ma première grossesse, à l’exception d’une gorgée de champagne pour un mariage. j’ai trouvé que mon abstinence était plutôt bien respectée même si j’ai entendu une ou deux fois « allez, tu peux bien faire une petite exception » (avec plus ou moins d’insistance)

    et, cette fois-ci, je trouve que c’est plus difficile… j’ai l’impression d’entendre tout le temps « toi je te propose pas de vin » alors que je suis encore en possession de mon cerveau et de mon libre choix ! et si justement, j’avais eu envie d’en goûter juste un petit fond ? quoi ? qui a dit que j’avais l’esprit de contradiction ? 😈

    après, pour ce qui est du corps médical, les sages-femmes que j’ai rencontrées ont un discours tout à fait conforme aux recommandations de Prescrire !

  15. Titi dit :

    j’ai été enquiquinée par les deux extrêmes : ceux qui ne comprenaient pas que je ne boive pas une bière au repas (un repas tout ce qu’il y a de plus normal au boulot) alors que j’étais très enceinte et des tas d’engueulades parce que je buvais un demi verre de vin à table, lors de réunions de famille alors que j’allaitais mon fils (j’ai recommencé à boire alors qu’il avait 10 mois et à cette époque, je ne buvais, très peu, que le soir après la dernière tétée).

    E l’article scientifique que tu cites pour l’augmentation du QI des enfants dont la mère a un peu bu, je crois que j’ai lu le même. Ce qui m’hallucine à chaque fois c’est que c’est celui là qui est systématiquement cité en France pour prouver que *toute* consommation, même minime, d’alcool pendant la grossesse est dangereuse. Comme toi, je préférerais qu’on me dise : pour les faibles consommations, on ne sait pas trop et qu’on me laisse choisir le niveau de précaution que je souhaite. Par exemple, on SAIT que prendre sa voiture est dangereux. Personne ne décide pourtant pour moi si je dois y mettre mon bébé ou non (la plupart du temps, je choisis de ne pas l’y mettre si je peux l’éviter mais ça c’est parce que je suis bizarre).

  16. Purplenessa dit :

    Voici ma vision des choses : en leur disant qu’il ne faut pas boire du tout, certaines femmes vont peut-être boire un ou deux verres de temps en temps en se disant qu’elles enfreignent un peu les conseils/interdictions, et que finalement, une fois de temps en temps ça ne fera rien au foetus, et à elles, un peu de bien – parce qu’au bout d’un moment, mange pas ci, bois pas ça, pffff… C’est ce que je commence à penser. Mais ce n’est pas parce que les gens connaissent les risques qu’ils n’en prennent pas, et malheureusement, n’en font pas prendre à leurs enfants.
    Je suis encore bien partagée car ayant découvert ma grossesse tardivement, j’ai passé les vacances d’été (enceinte, donc) à m’enfiler 2 verres par jour (ce qui est pas mal pour moi), et j’ai énormément culpabilisé ensuite.
    J’y ai pensé toute ma grossesse, et quand j’en avais parlé à ma gynéco elle m’avait fait déculpabiliser.
    En attendant, j’ai refusé sèchement le verre du vin d’honneur que me tendait ma mère à mon mariage (7° mois), et quand j’y repense, après avoir picolé les premières semaines, c’était un peu con, non ?
    Et donc si cette étude servait aussi à ça ? À ce que les femmes enceintes puissent boire un verre, parfois, pour se faire plaisir, et ne pas se sentir exclues, puis surtout ne pas se culpabiliser des jours/semaines durant ? (je pense tout autre chose de la fumée hein, mais faut que je me fasse soigner – ou pas)

  17. Stéphanie dit :

    Moi je pense qu’il ne faut pas oublier que sur ce blog on est entre personnes informées ! Donc « j’estime être capable de décider toute seule ce qui est bon pour moi ou bébé », c’est loin d’être le cas de tout le monde.

    Je vais donc peut être me faire huer mais je suis TRES contente que le message zéro alcool soit autant martelé, que les personnes qui boivent le fassent en toute mauvaise conscience. C’est de l’ordre pour moi de la santé publique, au même titre que ne pas boire en conduisant. On limite le risque au maximum, même si le risque est faible. Si ça peut éviter à quelques petits de rester handicapés à vie… Parce que dans certains pays, tels l’ukraine par exemple, le problème est très présent. Sur le site de l’adoption internationale, ils préviennent que les enfants à adopter ont souvent de gros problèmes d’alcoolisme foetal (ce qui n’est pas entièrement représentatif de l’ensemble de la population évidemment mais quand même). Bon maintenant, je suis consciente que les personnes qui prennent de gros risques pour leur enfant en buvant beaucoup et régulièrement ne peuvent pas s’en empêcher donc la cible n’est pas tout à fait atteinte…

    Ca me fait penser, lorsque j’étais hospitalisée dans le service « grossesse à haut risque » d’un hopital parisien très spécialisé, je voyais super souvent 3 nanas passer dans le couloir et me disait « ben dis donc, elles sont courageuses de faire autant d’exercice ». Mais non ! Elle descendaient fumer 10 fois par jour ! L’une d’entre elle a même déclenché un vent de panique dans la maternité parce qu’on ne la trouvait plus, 4 heures après sa césarienne… Ben sur le banc en bas, en train de fumer !
    C’est sur que ce genre de personnes sont hermétiques à toute campagne de prévention…

  18. pétrolleuse dit :

    @llythie, Un diagnostic de syndrome d’alcoolisation fœtale peut être établi sur le simple fait que la femme a bu un SEUL verre d’alcool pendant sa grossesse 😯 ? Franchement, j’aimerais bien avoir confirmation de ça, parce que ça me paraît un peu gros, quand même… D’autant plus que cela semble aller à l’encontre de l’étude publiée dans « Prescrire ».

    A mes yeux, la recommandation « zéro alcool pendant la grossesse » s’explique avant tout par l’absence de données scientifiques concluantes sur la question des effets d’une consommation très modérée: donc, comme tu le dis, dans le doute, on s’abstient. Cette attitude s’explique aussi par l’obsession du risque zéro et donc de la prévention poussée à l’extrême dans les pays occidentaux (liste d’interdictions à rallonge, batterie de tests de dépistage, suivi médicalisé de la grossesse…), reposant sur l’illusion qu’on pourra à terme supprimer TOUTES les pathologies affectant le nouveau-né. Attention, je ne préconise pas particulièrement l’alcool pendant la grossesse: moi-même, je me suis comportée comme une enfant de Marie pendant ma grossesse (zéro clope, zéro alcool, zéro fromage au lait cru: autant de renoncements difficiles… 🙂 ). Mais j’ai le sentiment que ce discours sans nuances s’explique aussi par le fait que les médecins se disent que si on commence à assouplir les recommandations en matière de consommation d’alcool pendant la grossesse, les femmes vont forcément se mettre à boire comme des trous. Bah bien sûr, parce que la majorité d’entre elles sont quand même trop connes pour faire la différence entre s’enfiler une bouteille par jour et tremper leurs lèvres dans un verre à certaines occasions… Enfin – et là, je vais faire la ronchon de service – l’idée dans tous ces discours de soi-disant prévention, c’est quand même: « qu’est-ce qu’on pourrait bien encore inventer pour faire chier les femmes (je précise pas forcément « enceintes »…)? quand on pense qu’aux États-Unis, la femme enceinte qui sirote un Coca light est à deux doigts d’être poursuivie pour infanticide, on s’interroge quand même…

  19. clo dit :

    Je suis assez d’accord avec Stephanie. Ma belle soeur qui est educ spé vois tous les jours au boulot les ravages de l’alcolisme foetal. bien sur la maman a du boire bien plus qu’un verre de temps en temps. Mais comme dit plus haut, dire 0 alcool permet aux mamans informées de boire 4 verres en 9 mois et peut être de faire réfléchir un peu les autres…

  20. Anonyme dit :

    @pétrolleuse, ben apparemment ct le cas parfois pour un verre ou deux… 😥 Après on peut toujours douter des études, des interrogatoires et des réponses données…mais c comme Prescrire, c’est pas parce qu’ils reprennent cette étude qu’elle est forcément juste et non biaisée 😉
    Après certaines estiment prendre des risques qu’elles connaissent mais si on dit un ou 2 verres c rien, combien de femmes vont s’engouffrer dans la brèche et y trouver une excuse pour boire ?

  21. Fofo dit :

    Pareil, je comprends qu’on insiste autant sur « zéro alcool » pour faire prendre conscience du danger… Mais comme toi, je déteste les discours trop moralisateurs et culpabilisants. Une amie a moi, prenant le premier demi-verre de bordeaux de toute sa grossesse dans un restaurant un mois ou deux avant son accouchement, s’est carrément fait interpellée par un homme assis à la table voisine au restaurant : « Mais voyons, madame, il ne faut pas boire, c’est dangereux pour votre bébé ! ». Je trouve ça intolérable.

    Cela dit, moi qui n’aime pas l’alcool et qui suis très souvent soumise aux pressions « sociales » dont parle La Ptite Graine Folle (genre « Oh, allez, tu ne vas tout de même pas refuser de trinquer avec nous ? »), je suis bien contente d’avoir un bon prétexte pour refuser… 😉

  22. pâte à crêpe dit :

    Je suis assez d’accord moi aussi avec ces mesures préventives car malgré tout, cela marque les esprits, dont ceux chez qui la consommation d’alcool est quotidienne hors grossesse. Ici, je ne parle pas de consommation occasionnelle d’un produit alcoolisé, mais de l’alcool comme une drogue courante quand elle est quotidienne et insidieusement nécessaire.
    Je me prends pour exemple, non avec l’alcool mais la clope. J’étais grosse fumeuse mais avec toujours dans l’idée que bien sûr j’arrêterais enceinte, évidemment. Mais non, j’ai continué, certes à une ou deux cigarettes par jour, et non plus un paquet ou plus, mais j’ai continué, avec arguments à l’appui. Je ne culpabilise pas plus que cela, mais je suis étonnée de ne pas avoir arrêté à ce moment là.
    Alors que ne buvant pas beaucoup d’habitude, je n’ai pas bu une seule goutte d’alcool et les gens qui me proposaient une goutte me choquaient énormément.
    Alors si ce message radical peut inciter un peu à réduire au moins ceux qui ont une consommation excessive, quotidienne, addictive (et nous savons bien que pour être alcoolique, cela ne veut pas nécessairement être ivre mort toute la journée ou siffler un verre au petit déj’), je pense qu’on peut s’assoir un peu sur le côté « paternaliste » (je déteste ce mot), biaisé ou moralisateur de la démarche. Parce que personne ne va nous enlever un verre ou une clope des mains au final, les femmes enceintes ne se voient pas refuser leur achat. Nous sommes quand même libres et responsables de notre consommation.
    Bon, par contre le logo femme au gros bidon avec sa bière barré sur les bouteilles, un peu nul quand même… :mrgreen:

  23. Madame Sioux dit :

    Quitte à me faire tirer dessus, je pense avoir croisé des femmes qui étaient effectivement incapables d’appréhender de façon responsable ce type de problème, comme tu dis.
    Mais comme je suis aussi pour qu’on arrête de nous prendre pour des décérébrées (a fortiori quand on est enceintes), je partage ton point de vue sur la nuance, nécessaire en toutes choses et utile pour laisser les gens faire leurs propres choix, en connaissance de cause.
    Cela dit, il y a quand même des comportements de femmes enceintes dans mon entourage qui me font bondir… des femmes qui pensent à elles et leurs besoins sur un instant T, besoins qu’elles n’ont pas envie de sacrifier, et pas assez aux conséquences irrémédiables que cela pourrait avoir sur leur enfant (pas forcément alcool mais contact avec des produits chimiques tout au long de la grossesse par exemple). Je trouve ça vraiment regrettable et j’espère que leurs enfants naîtront tout de même sans souci majeur.

  24. pétrolleuse dit :

    @Anonyme « s »engouffrer dans la brèche »? Comme je le disais plus haut, c’est bien partir du postulat que les femmes seraient incapables de faire la différence entre une consommation modérée d’alcool et une consommation excessive et donc, en tirer la conclusion que des autorités compétentes, et les règles qu’elles édictent, ou encore la société doivent décider pour elles… Ça me dérange un peu… et même beaucoup!

    D’autre part, comment peut-on être certain que l’unique verre d’alcool pris pendant la grossesse soit incontestablement la cause d’un retard de croissance, de la présence de malformations ou encore de troubles psychiatriques (qui sont les symptômes du syndrome d’alcoolisation fœtale)? J’ai du mal à saisir comment un diagnostic aussi précis peut être établi avec certitude, de la même manière que sa cause…

  25. llythie dit :

    @pétrolleuse, excuse j’avais pas vu que gt en anonyme.
    J’ai envie de dire et pkoi pas un verre ne suffirait-il pas? Qui peut être sûr qu’un seul verre n’ait aucun retentissement sur un petit foetus de 200g ? Tu serais prête à faire prendre ce risque non pas à toi mais à une amie, à une patiente à toi ?
    Et malheureusement comme c’est dit plus bas, toutes les femmes ne sont pas « cérébrées », ni capables de réfléchir comme ici donc on fait quoi, on les laisse faire ? Il faut bien se souvenir que toutes les catégories de personnes peuvent avoir des enfants…et je dis ceci sans aucun préjugé.

  26. pâte à crêpe dit :

    @pétrolleuse, il ne s’agit pas ici de capacité ou non a être responsable, il s’agit surtout dans cette démarche d’une drogue, certes légale mais amenant potentiellement l’addiction et d’une maladie qui s’appelle l’alcoolisme.
    Attention, je ne suis pas anti alcool du tout, je dis juste que dans cette démarche de prévention, il est impossible d’omettre ces dangers et ces comportements là au nom de la dénonciation d’un paternalisme désagréable.

  27. Elise dit :

    Je suis aussi d’accord avec celles qui disent que fixer le taux à 0 permet d’avoir un message de santé publique clair et suffisamment restrictif pour que chacune essaye de prendre ses responsabilités.
    Après, je suppose qu’il y a des manières plus ludiques et moins culpabilisatrice de le faire. Parce que le gyneco que tu vois le 3 janvier et qui te demande sévèrement si tu as bu au Nouvel An, ça donne surtout envie d’aller faire la tournée des bars en sortant !!
    LMais ce qui me semble le plus difficile à assumer, c’est le double discours de l’entourage et de la société : « allez vous reprendrez bien un verre ! /Mais Mme comment osez vous prendre un verre !! »
    Je me souviens d’une copine enceinte qui avait mis naievement en statut sur Facebook un truc du genre  » je vais manger un coq au vin, miam-miam » et qui s’était faite moraliser, voire lyncher dans les commentaires parce qu’il y avait de l’alcool dans son plat.
    Je suis sure que si elle avait ecrit : « il y a du coq au vin au menu mais je ne vais pas en manger », les mêmes personnes de son entourage seraient venues écrire « oh ne t’inquiète pas, c’est pas un plat en sauce qui va lui faire du mal à ton bébé ».
    Donc une consommation tres modérée oui, mais faut savoir se tenir, faut le faire en cachette :mrgreen:

  28. Stéphanie dit :

    @pétrolleuse, je pense moi que oui, les autorités compétentes doivent prendre les décisions pour certaines personnes (et par là même pour l’ensemble de la société). Il ne faut pas oublier que ce n’est pas SON enfant, qu’il ne nous appartient pas ! Donc ok pour mettre sa propre vie en danger mais pas celle de quelqu’un qui n’a rien demandé !

    Pour moi et je pousse volontairement le trait, c’est comme dire « ben oui je le frappe mais c’est mon enfant alors je fais bien ce que je veux ». Et bien non !!!

    D’autre part, quelque chose dans ce débat m’échappe : certes, on ne pourra pas supprimer toutes les pathologies du nouveau né, mais quand il y a un risque et qu’on le connait, aussi minime soit-il, pourquoi le prendre ??? Ah ça c’est pas marrant de ne pas manger du sushi pendant 9 mois, mais enfin, ce n’est que 9 mois !!! Et croyez moi, ce sera encore moins marrant le jour où on perdra un bébé pour ce super sushi ou alors cette tranche de foie gras (ah oui, pas de bol, 10 cas en France par an mais ça arrive !) ! Et c’est arrivé à une nana que je connais alors, à 8 mois de grossesse… Imaginez le désastre !

  29. pétrolleuse dit :

    @Stéphanie, Houuu, alors là, on peut aller loin comme ça! Je rappelle que tant que le fœtus est dans le ventre de sa mère, il n’est pas considéré comme une personne juridique et de ce fait, on ne lui reconnaît pas de droits: au regard de la loi, il ne peut donc être victime de maltraitance ou d’homicide. S’il y des lois qui punissent la maltraitance envers les enfants, il n’y en a pas pour l’instant qui sanctionnent les comportements jugés dangereux pendant une grossesse. Par contre, si on commence à considérer que le fœtus, dans le ventre de sa mère, a des droits juridiques, on en arrive aussi à suggérer que le corps d’une femme, dès que celle-ci tombe enceinte, ne lui appartient plus et ÇA, c’est très grave, parce que les conséquences seraient sans fin…

  30. opale dit :

    Le « zéro alcool » ne me choque pas, je trouve au contraire qu’il marque les esprits pour le femmes qui consomment de l’alcool au quotidien et qui n’auraient pas conscience du danger d’une consommation quotidienne de l’alcool …(d’autant qu’en France, je trouve que l’alcool est vachement banalisé)
    Après, je n’aime pas non plus les discours moralisateurs et culpabilisants si une femme enceinte boit quelques verres pendant toute sa grossesse !
    Moi, j’ai arrêté de boire pendant ma grossesse mis à part 1 coupe de champagne pour le 1er janvier et une autre pour je ne sais plus quelle occasion, c’est vrai que lorsque j’ai bu ces 2 coupes, j’avais fait attention d’avoir le ventre plein, je ne voulais pas boire le ventre vide car si je n’ai pas mangé et que je bois une petite coupe, même une seule, je sens bien l’effet …
    De toute façon, ça ne m’a pas du tout manqué l’alcool pendant ces 9 mois vu que j’ai eu la gerbouille pendant 9 (longs…) mois.
    J’étais inquiète quand je suis tombée enceinte car avant de faire le test, j’avais eu 2 soirées apéro un peu arrosées (genre 3/4 apéros avec le ventre vide), j’en ai parlé au médecin qui m’a dit « pas d’inquiétude car avant 2/3 semaines la circulation sanguine de la mère ne passe pas encore dans l’embryon » (oui, La Poule, c’est vrai que la Nature est bien faite ❗ ) mais j’ai tout de même culpabilisé pendant longtemps …
    Moi, une femme enceinte qui boit même un seul verre par jour, ça me choque quand même, je n’aurai pas pu, j’aurai eu trop peur pour mon bébé, j’aurai eu l’impression de « jouer avec le feu » …
    Je connais une nana qui buvait assez réguliérement pendant sa grossesse et sa fille a de graves problèmes de comportement, cette petite fille est très violente, parle peu pour son âge, elle a beaucoup de retard : est-ce coïncidence ?
    Ah oui, l’alcootest pour le lait maternel, je trouve ça assez inutile et ridicule, j’ai allaité ma fille 13 mois et il m’arrivait de boire à partir de ses 7-8 mois un verre de temps en temps : je buvais peu et si je buvais , c’était à la dernière tétée de la journée … je reste dubitative devant ces tests car pour moi, si j’allaite, je fais tout de même attention !!
    Je crois qu’il faut bien faire la part des choses entre une femme enceinte/qui allaite et qui boit un verre très occasionnelement et celle qui a des problèmes d’addiction avec l’alcool …

  31. pétrolleuse dit :

    @llythie, J’ai beaucoup de mal avec tes arguments et avec la notion de risque… « Qui peut être sûr qu’un seul verre… » Et qui peut être sûr que l’eau que nous buvons, les légumes que nous mangeons, l’air que nous respirons n’auront aucune incidence sur le développement et la santé du fœtus que l’on porte? Les études scientifiques sur la pollution des eaux, sur les conséquences des pesticides utilisés dans l’agriculture ou sur la pollution de l’air ne manquent pas pourtant. Alors on fait quoi pour se prémunir du risque? On enferme les femmes enceintes à l’intérieur d’une bulle stérile pendant 9 mois afin qu’elles soient placées sous surveillance permanente et qu’elles ne risquent jamais d’être en contact avec aucune substance dangereuse ou toxique? A mes yeux, le refus de toute forme de risque, fut-il infime, devient ridicule et peut conduire à adopter des comportements qui confinent au délire.

    Et pour les femmes qui semblent incapables de se prendre en charge et d’adopter des comportements sans risque pendant une grossesse, on fait quoi? On ne se contente plus de recommandations et on fait des lois pour interdire la consommation d’alcool, de tabac, de drogue, pendant la grossesse? Pire: on les stérilise à l’accouchement? Je suis ici volontairement provocatrice, bien sûr, mais il est très important de réfléchir aux conséquences de certaines politiques publiques dont le but premier, louable certes, est de préserver la santé des enfants à naître et de toute la population? Jusqu’où ont-elles le droit d’aller? Où est la limite?

  32. sophie dit :

    Les messages de santé publique sont forcément sans nuance, une campagne qui dirait « ne buvez pas enceinte mais 2-3 petits verres de temps en temps, c’est pas si grave », ça serait comme « Ne secouez pas votre bébé, enfin pas trop fort » ou « Mettez une capote pour tout rapport, sauf si le mec a l’air clean » … totalement inefficace !
    Mais c’est bien que les médecins soient informés pour éviter les discours culpabilisateurs et rassurer les mères qui ont bu leur fond de verre de champagne au Nouvel An.

  33. pétrolleuse dit :

    @Stéphanie, Je te réponds aussi sur la notion de risque en m’écartant un peu (beaucoup… 😳 ) du sujet avec un exemple qui m’est TRES personnel, je m’en excuse. Pourquoi prendre un risque aussi minime soit-il? Mon premier enfant est né par césarienne. J’espère de tout cœur que mon deuxième enfant naitra par voie basse. L’AVAC (Accouchement Vaginal Après Césarienne) comporte malgré tout un risque de rupture utérine précisément chiffré par des études, de l’ordre de 0,5% (rupture utérine qui peut avoir des conséquences graves sur le fœtus) soit 1 sur 200 (d’ailleurs, soit dit en passant, je rappelle que le risque de faire une fausse couche suite à une amniocentèse est équivalent…) La voie basse m’est-elle définitivement interdite parce que ce désir, qu’on pourrait très bien qualifier d’égoïste, fait courir un risque, certes minime, mais réel après tout, à ce futur bébé? LE RISQUE 0 N’EXISTE PAS. Tu fais prendre un risque à ton/tes enfants en prenant la voiture avec eux, en traversant la route, en les envoyant à l’école… Ces risques sont connus, nous en sommes conscients mais nous les prenons chaque jour. Pour les éviter, on fait quoi: on s’arrête de vivre?

  34. pâte à crêpe dit :

    @pétrolleuse, bah non justement pas d’interdiction, des conseils, des recommandations, de l’information… Ce n’est pas parce qu’il y a potentiellement plein de trucs dangereux et de l’hypocrisie dans la société qu’il ne faut pas prendre ces conseils…
    Je ne vois pas en pas en quoi cette information contraint les femmes, au pire comme je l’ai dit agacer celles pour qui l’alcool n’est pas un problème … A nous de faire le tri, si on estime que cela ne nous concerne pas. Quant aux remarques désagréables ou culpabilisatrices, je ne pense pas que ce soit la source du mal….

    La société n’a pas je pense à nous conforter dans tous nos choix, à nous caresser dans le sens du poil. Dire que c’est potentiellement dangereux, ce n’est pas déplacé, c’est de l’information. Si on ne se sent pas concerné, on fait « oui oui en souriant », ce ne sera pas la première fois… Et je redis que l’on reste libre de prendre de la vodka au comptoir ou une cartouche de clope enceinte! On n’est pas infantilisées!

    Pour une fois qu’on ne nous incite pas à acheter un truc…

  35. llythie dit :

    @pétrolleuse,
    je comprends ce que tu dis et oui il y a des risques partout, mais est-ce une raison pour les cumuler? Est-ce que tu ne veux pas éviter ce qui pourrait nuire à ton bébé? Après je ne dis pas ça pour culpabiliser hein mais c important de savoir qu’on ne sait pas à partir de quelle dose le foetus morfle mais on sait que l’alcool est toxique. Je ne sais pas ce que contient mon eau mais je suis obligée de boire pour vivre. Idem pour manger, pour respirer. Par contre l’alcool je m’en passe. Quand j’étais enceinte, je ne me maquillais même plus tu vois, j’essayais d’éviter tous les pesticides et autres cochonneries, bref je voulais que mon bébé ait le moins de saletés possibles. Mais ça c moi, je ne vais pas dire aux femmes ne vous maquillez plus.
    En revanche l’alcool on sait que c bel et bien toxique alors pkoi j' »autoriserais » un verre ? Et si ce verre, cet unique verre avait une conséquence ?

    Pour la deuxième partie, je voies bien où tu veux en venir mais j’ai l’autre versant de la population qui vient en consultation : oui il faut leur dire clairement que c interdit point barre. Après je ne vais pas envoyer les flics pour vérifier ni faire la chasse chaque minute, mais mon discours doit aller dans ce sens.
    http://www.ortho-saf.com/effets-alcool-foetus.php

  36. pâte à crêpe dit :

    @sophie, comme c’est bien dit!

  37. opale dit :

    @sophie, c’est un bon résumé ! 😉

  38. pétrolleuse dit :

    @pâte à crêpe, je répondais ici surtout à Llythie qui s’interrogeait: « On les laisse faire »? Et si la réponse est « non, on ne les laisse pas faire », qu’est-ce qu’on propose à la place? Je ne suis pas certaine qu’ici, on parle juste de leur adresser de simples recommandations… A mes yeux, suggérer l’idée que certaines femmes ne sont pas en mesure de réfléchir et d’adopter des comportements « raisonnables » peut conduire à adopter des mesures liberticides au nom du bien public, et, dans le cas qui nous occupe aujourd’hui, ça me fait froid dans le dos.

    Alors d’accord avec toi pour la nécessité de l’information et des recommandations. Néanmoins, le discours « zéro alcool » me pose malgré tout problème car, si l’on en croit l’article de La Poule et donc la revue Prescrire, il ne repose pas sur des études scientifiques, mais il prétend jouer plutôt sur le principe de la culpabilisation des femmes enceintes (comme si elles ne l’étaient pas suffisamment…). La poule pondeuse dit qu’elle n’aime pas qu’on décide pour elle et moi, j’ajouterais que j’apprécie qu’on fasse confiance à mon intelligence…

  39. Je fais une réponse globale à plusieurs commentatrices qui abordent plus ou moins la même objection, à savoir que pour les femmes « irresponsables » de tels messages sont nécessaires. D’abord je pense que c’est plus complexe, au-delà du fait que les lectrices de la basse-cour ne sont pas forcément représentatives de l’ensemble de la population (mais les super mères y sont surreprésentées :mrgreen: ). Il y a des femmes qui ont un vrai problème d’addiction à l’alcool, et pour celle-là une brochure pour leur dire de ne pas boire à mon avis c’est comme pisser dans un violon. Il faut mettre en place un vrai accompagnement, par une personne compétente, pour les aider autant que possible à limiter voire arrêter leur consommation. Et il y a aussi des femmes qui n’en ont rien à carrer des recommandations médicales, et qui feront comme elles en ont envie de toute façon : alors à quoi bon « pénaliser » les autres si de toute façon elles n’écoutent pas ? Pour poursuivre sur ce cas en particulier, nous sommes prompts à juger l’autre comme complètement irresponsable, mais moi je trouve ça dangereux car nous sommes à peu près tous l’irresponsable de quelqu’un, et souvent irresponsable = quelqu’un qui ne fait pas les mêmes choix que moi (qui accouche à domicile, qui ne fait pas vacciner ses enfants…). Et puis on peut être très attentif à une chose et pas du tout à une autre (l’un fera très attention aux pesticides, l’autres aux accidents de la route etc).
    Enfin de commencer à suggérer que la société doit prendre en main l’intérêt du foetus malgré la femme enceinte c’est s’engager sur une pente plus que glissante au bout de laquelle on arrive à l’eugénisme et aux stérilisations forcées (et avant qu’on ne me sorte le point Godwin :mrgreen: cela a été pratiqué dans bien d’autres pays que l’Allemagne nazie, cf http://fr.wikipedia.org/wiki/St%C3%A9rilisation_contrainte).

  40. @llythie, d’après le dossier Prescrire (que j’ai finalement eu en intégralité) : 5% des enfants dont la mère a consommé au moins 50 g/5 verres d’alcool par jour ont présenté un SAF. Je n’ose pas imaginer le % pour ceux dont la mère a consommé UN verre : cela veut-il dire que les conseils doivent être donnés en fonction d’un cas sur 10 000 ? 100 000 ? 1 000 000 ? Encore une fois je ne dis pas qu’il faut boire mais qu’on peut donner une information plus nuancée de ce qu’on sait réellement (et ça peut être : on ne sait pas, alors dans le doute je vous recommande rien du tout, mais c’est à vous de voir).

  41. @Anne Cé, super pour tes sages femmes !

  42. Stéphanie dit :

    @pétrolleuse, justement, tout l’art de la chose c’est, pour moi, de prendre le minimum de risque en n’arrêtant pas de vivre. Et ne pas manger ci ou ne pas boire ça ce n’est pas arrêter de vivre justement.

    Concernant ce choix que tu dois faire, je ne suis vraiment pas la bonne personne avec qui en discuter ; je m’abstiens toujours de commenter les articles où les mamans font part de leur tristesse parce que leur accouchement ne s’est pas passé comme elles le souhaitaient, malgré « le bébé et la maman vont bien ».

    Pour rentrer aussi dans le personnel 😳 , oui, l’hopital où j’étais m’a pourri ma grossesse, j’ai été hospitalisée 3 mois pour rien (selon toutes les SF que j’ai vues et dieu sait que j’en ai vu un paquet). Oui, ils m’ont aussi pourri mon accouchement (pas de chance 😛 ), la péridurale ayant été mal posée et l’anesthésiste ne souhaitant pas se redéplacer. Ca a trainé en longueur, j’ai beaucoup souffert, montée à 19 de tension tellement ils ont forcé sur l’ocytocyne…

    Malgré tout ça, je ne regrette rien, ma poupoule va bien, c’est bien l’essentiel !
    Je ne me glorifie en rien, j’ai juste de la chance de vivre ça comme ça ! C’est juste pour te dire que personne ne peut te dire tel choix est le bon ou tel autre le mauvais, ça dépend tellement de ton ressenti…

  43. pâte à crêpe dit :

    @pétrolleuse, j’entends ce que tu dis, mais ici on parle d’une drogue qui peut mener à une addiction contre laquelle l’intelligence ne peut pas malheureusement pas grand chose. Je n’ai pas réussi à arrêter de fumer pendant la grossesse malgré tout ce que j’ai lu, mais je sais que c’est ce que j’ai lu sur l’allaitement et tabac (même si ce sont des lectures aussi biaisées ou peu fiables que celles sur l’alcool) qui a fait que ma dernière cigarette fut celle sur le chemin de la maternité. Pourquoi je n’ai pas repris ensuite est une autre histoire, mais j’en avais l’intention.
    Je ne parle pas d’irresponsabilité, de négligence ou d’inconscience, je parle de comportements pas forcément logiques ou raisonnés d’individus face à une drogue. Donc si le message peut passer pour certaines tant mieux, parce que je suis quand même un peu convaincue (mais peut être je me trompe) que c’est pas terrible de boire pendant la grossesse.

  44. @Stéphanie, je comprends ton incompréhension face à ces femmes mais je crois que nous avons encore une forte méconnaissance de l’addiction, qui est une vraie pathologie, entretenue par des mécanismes physiologiques et psychologiques, et qui ne se soigne pas par de simples injonctions (« arrêtez c’est pas bien »). Je pense que ces personnes ne sont pas hermétiques mais sont aussi incapables de répondre à une telle demande qu’un diabétique de produire plus d’insuline en se concentrant très fort. Personnellement j’ai la chance de ne pas fumer et de ne pas être attirée par la cigarette du tout, je trouve pénible de respirer la fumée des autres à l’occasion, mais quand je vois ma main finir un paquet de chips sans passer par mon cerveau :mrgreen: je me dis qu’un peu d’empathie vis-à-vis des fumeurs n’est pas forcément déplacée…

  45. @Elise, voilà là c’est vraiment n’importe quoi (pour mémoire l’alcool est hyper volatile donc il n’en reste pas après cuisson).

  46. @sophie, 😆 😆

  47. pâte à crêpe dit :

    @La poule pondeuse, et le cheddar dans la tronche aussi…rapport aux montées d’hormones…! :mrgreen:

  48. Segolene dit :

    Bravo et merci pour cet excellent article et débat.

  49. Vervaine dit :

    Très bon article de la Poule, et je suis contente de savoir que de tels articles paraissent dans Prescrire.
    Pour ma part, je partais aussi sur le « 0 alcool » (sauf que les tests de grossesse étaient négatifs pendant qq temps avant que je me rende compte que j’étais bien enceinte, et ce même après plus de 3 semaines -bref). Mais quand un médecin m’a dit que – justement-, le risque n’était pas si grand qu’on voulait bien le dire et que je pouvais bien prendre un petit verre de temps en temps, en faisant attention à bien manger avant, et bien j’ai trouvé cela super décompressant.
    Car les fromages au lait pas cru, la viande trop cuite, etc… c’était fatiguant. Bien sûr ça ne dure que 9 mois et je ne voulais pas prendre de risque, mais un petit verre de temps en temps quand le vin est bon, j’apprécie. Et c’est important aussi d’être bien pendant sa grossesse, et cela, je trouve que l’on n’en parle pas assez! Le même médecin me disait que pour la cigarette, c’était plus grave. Par chance, je ne fume pas. Mais, comme dit dans beaucoup de commentaires, j’aime aussi qu’on me laisse décider, à condition d’avoir l’information relativement complète sur les risques que je prend (ou pas).
    Pour l’allaitement, je trouve aussi relaxant de m’autoriser un petit verre le soir, maintenant que ma fille dort pour au moins 4-5 h d’affilé. Là encore, on rejoint l’importance de l’information à avoir pour pouvoir s’autoriser certaines choses. Je pense à certaines femmes qui arrêtent d’allaiter pour pouvoir boire/fumer, et là, je trouve cela dommage.
    Et sinon, je suis contente de voir que d’autres que moi ont l’esprit de contradiction !!! 😆