Avant j’avais des principes, maintenant j’ai des enfants


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Mais tu vas la fermer ta g….

Par  • Le 6 mai 2008 à 14:40 • Catégorie : Education

  Quiconque a déjà vécu avec un nourrisson n’a pas pu passer à côté de la terrible vérité : un bébé, ça pleure. Même Lao-Tseu l’a remarqué : « Il faut trouver la voie. C’est pourquoi je vais vous couper la tête. » « Le bébé vagit tout le jour sans avoir la gorge enrouée ». C’est ça le pire : ils sont équipés pour pouvoir hurler toute la journée (et toute la nuit). Le bon sens suggère que la première chose à faire pour limiter les hurlements est de respecter autant que possible le rythme du poussin : le nourrir quand il a faim, le changer quand il a fait et le coucher quand il a sommeil. Sauf que le bébé-type semble avoir un léger souci : bien qu’il ait clairement sommeil, il n’a pas l’air d’avoir compris que la solution à son problème était tout simplement de s’endormir, et pas de hurler comme si on tentait de l’éviscérer. Parfois (souvent ?) aussi, il veut juste être dans les bras, va se calmer quand on le prend et se remettre à crier dès qu’on le pose (notamment observé lors de la phase de tentative d’endormissement, le poussin étant livré en série avec un détecteur de matelas ultra-perfectionné). Et puis il y a des moments où on a beau le prendre dans les bras, lui proposer à manger, le changer, le bercer, mais rien n’y fait : il hurle. Il hurle si on le pose, il hurle si on le prend, il hurle si on marche, il hurle si on s’assied. Et il est proche des 130 dB.

D’abord pourquoi tant de haine ? Il faut savoir qu’un tout petit, contrairement à Einstein, n’a aucun sens de la relativité. Il ne peut pas se dire « ça n’est pas si grave », ou « ça va aller mieux bientôt ». C’est physiquement impossible : il n’a pas la maturité neurologique pour le faire. En plus, il ne peut pas faire grand chose pour résoudre lui-même ses problèmes : par exemple s’il a mal au ventre il ne saura pas prendre une position plus confortable ou se faire un petit massage. Enfin, il « sait » au plus profond de lui que si on ne s’occupe pas de lui sa survie est en jeu. Toute son énergie est donc dévouée à se rappeler au bon souvenir des adultes qui en ont la charge. Et pour ça il n’a pas trente-six solutions ; malheureusement le formulaire de réclamation B-7623f en trois exemplaires (rose, jaune et bleu) n’est pas dans ses cordes. Vous savez qu’il ne risque rien bien installé dans son berceau dans sa chambre au calme et qu’un tigre à dent de sabre ne va pas surgir pour en faire son quatre heures. Mais le bébé, lui, n’est pas au courant. Laisser pleurer un nouveau-né est donc pour lui un acte de grande violence. Et c’est bien pour ça que ça nous est vite insupportable.

Alors qu’est-ce qu’on fait ? A mon avis, et quoi qu’on en dise, il n’y a pas vraiment de bonne raison de laisser un bébé pleurer, et surtout pas (en vrac et non exhaustif) : se faire les poumons, lui montrer qui est le chef, ne pas répondre à ses odieux caprices et machiavéliques tentatives de manipulation. Ceci étant dit, nous ne sommes pas des saints et nous ne vivons pas au pays magique des bisounours. Je vois au moins trois situations dans lesquelles laisser un bébé pleurer :

  • On ne peut pas s’en occuper là maintenant tout de suite. Exemples : on est dans la voiture (il vaut mieux qu’il pleure plutôt que de faire la balle de flipper s’il y a un accident), on prend sa douche (oui, on n’est pas une mauvaise mère si on ne sort pas dégoulinante avec les cheveux pleins de shampooing pour aller consoler son poussin sur le champ).
  • On craque. C’est vraiment usant un bébé qui hurle, et il vaut mieux le poser dans son lit et fermer la porte que de lui hurler dessus en retour/le secouer/le balancer par la fenêtre. On a même le droit de lui dire « Je suis désolé(e), j’en peux plus, je reviendrai, mais là, arriverci bye bye » (pour remonter un peu son score de mauvais parent, en profiter pour introduire quelques notions de langues étrangères).
  • Certains enfants pleurent pour trouver le sommeil, et la présence d’un parent parfois les « excite » et ne fait que retarder leur chute salutaire dans les bras de Morphée. On reconnaît généralement cette situation à ce que les pleurs décroissent rapidement d’intensité (s’ils ont besoin de hurler deux heures tous les soirs pour s’endormir, il y a peut-être un problème à creuser). On a aussi le droit de ne plus en pouvoir de se lever la nuit, et de finir par laisser son poussin pleurer en attendant qu’il finisse par se rendormir. Il y en a qui font leurs nuits (ou plutôt celles de leurs parents…) après ça, mais ce n’est pas garanti pour autant.

En pratique, c’est à chacun de trouver ses limites et de sentir ce qui est acceptable pour lui. On ne rend pas service à son enfant si on devient un martyr à sa cause. Et petit à petit, au fur et à mesure que le poussin pousse, il acquière progressivement la capacité de patienter, de jouer tout seul et finalement de relativiser.

En attendant, un bon porte-bébé peut rendre d’inestimables services pour tenter de mener sa vie tout en garantissant la paix auditive. Une visite chez l’ostéo fait aussi parfois des miracles (mais pas toujours, votre dévouée poule s’étant vu facturer 55€ pour qu’après 5 minutes d’examen l’ostéo déclare que le poussin pétait le feu…). Il y a aussi le tour en poussette/en voiture, le lave-linge, le transat vibreur et que sais-je encore (ça peut-être ?), avec comme toujours des résultats très variables selon les individus.

Paradoxalement, il ne faut pas non plus avoir peur de faire parfois pleurer son enfant : par exemple s’il n’a pas envie qu’on l’habille là maintenant tout de suite, ce n’est pas une raison pour le laisser à poil, etc etc. Ce qui est vraiment dommage à mon avis, c’est de laisser pleurer son enfant parce qu' »il faut », ou parce que Mamie/la boulangère/le beau-frère/le pédiatre a dit que c’était mieux, alors que ça nous fend le cœur. Et puis petit à petit, à force de si bien s’en occuper, on vous dira « mais il ne pleure jamais cet enfant ! » (à votre grande surprise). Enfin pas d’inquiétude, tout enfant finit un jour par vouloir quitter les bras de ses géniteurs (au plus tard à l’adolescence…).

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