Archive for the ‘Faire un bébé’ Category

Je travaille et j’allaite

samedi, octobre 23rd, 2010

allaitement_travail Un autre billet « nénés » pour soutenir la Semaine mondiale de l’allaitement maternel qui s’achève, et après on parle d’autre chose, promis. Après l’article choc de Marie-Claire, voici donc un témoignage sur la conciliation allaitement et travail. Il s’agit de La Poule P., 30 ans, blogueuse, qui a souhaité garder l’anonymat (OK je sors).

Pour Pouss1, cette conciliation a été de courte durée. J’ai repris le travail peu après la fin du congé maternité, et j’avais déjà bien entamé le sevrage. Il a gardé tétée du matin et tétée du soir, puis tétée du soir seule pendant deux-trois semaines et puis on est passés au biberon exclusif vers ses quatre mois.

Pour Pouss2, j’ai choisi de prendre six mois de congé parental à la suite du congé maternité, entre autres pour pouvoir l’allaiter plus longtemps. Bien sûr il est possible d’allaiter exclusivement et de reprendre rapidement son travail, mais c’est tout de même plus simple d’être avec le poussin. Il a donc commencé la crèche à huit mois, n’ayant jusque là eu que de rares biberons de mon lait lors de mes quelques absences. Malgré son bel appétit pour les nourritures solides, il n’était pas rare qu’il tète encore toutes les trois heures en moyenne (sauf la nuit où j’ai fermé le bar depuis ses six-sept mois environ). J’ai de longues journées (je le laisse d’environ 8h à 19h -une nounou vient le chercher à la crèche le soir) donc dans un premier temps j’ai tiré du lait pour qu’il ait un biberon à goûter. L’adaptation s’est très bien passée, avec des repas solides très appréciés et pas de réclamation quant à la diminution un peu abrupte du nombre de tétées.

Le hic c’est qu’étant en lactation automatique j’ai beaucoup de mal à tirer des quantités suffisantes de lait, ne ressentant aucun trop plein de lait en l’absence de mon fils (ni en sa présence d’ailleurs, le lait ne vient que lorsqu’il tète). J’essaie le tire-lait électrique double pompage (Lactina de Medela, un vrai tue l’amour), le tire-lait manuel (Avent), à la main, mais les résultats sont kif kif. Le plus efficace restant de tirer un sein pendant que Pouss2 tète l’autre (comme quoi le bébé est vraiment irremplaçable pour provoquer un bon réflexe d’éjection), mais du coup je finis par passer chaque tétée avec le tire-lait, ce qui est un peu acrobatique (d’autant que Pouss2 est un grand bébé tonique de 8 mois 1/2) et gâche la simplicité de l’allaitement que j’apprécie tant. Après deux semaines à ce régime, nous convenons avec les puéricultrices d’essayer de remplacer ce biberon par un yaourt, ce qui ne semble à nouveau poser aucun problème à Pouss2.

Finalement nous sommes arrivés à l’arrangement suivant : en semaine, deux, parfois trois tétées par jour (ou même une seule de temps en temps si je rentre tard) et laitages solides en mon absence, et le week-end (ou les jours de congé), tétée plus ou moins à volonté (généralement trois-quatre par jour). Ma lactation semble bien s’adapter, sans manque ni débordement, ce qui est vraiment très agréable. Pouss2 lui n’a pas l’air perturbé par ce nouveau rythme, et prend sein et yaourts avec le même enthousiasme (et la même redoutable efficacité). Il n’a pas redemandé à téter la nuit pour compenser (ouf). Le bonus c’est qu’il a attrapé une gastro à la crèche, pendant laquelle il vomissait tout sauf mon lait : je dois dire que ce n’est pas désagréable de pouvoir facilement soulager son enfant malade.

Bien entendu, cet arrangement ne fonctionnera pas pour tout le monde, loin s’en faut, mais je crois qu’il est bon de savoir que cette possibilité existe. Vous trouverez d’ailleurs des témoignages sur le blog A tire d’ailes et un topo plus complet chez Ficelle, qui illustrent bien la diversité des alternatives.

Photo : Licia Ronzulli, l’eurodéputée italienne qui a fait sensation en venant au Parlement européen avec son bébé d’un mois en écharpe. Je ne sais pas si elle allaite mais en tout cas c’est un bel exemple de conciliation famille-travail !

Aparté sans aucun lien : poussée par le Coq et son imparable slogan (« 100 % des gagnants ont tenté leur chance »), je me suis inscrite aux Golden Blog Awards pour tenter d’obtenir un peu de reconnaissance (d’autant plus que je stagne toujours dans les abysses du Wikio). En cliquant sur ce lien, vous pouvez voter pour moi. Promis je ne vous en reparlerai plus (sauf si par miracle je gagne quelque chose).

C’est la faute à l’allaitement si…

lundi, octobre 11th, 2010

mannequin-toddler-nursing Je prends un peu d’avance sur la semaine mondiale de l’allaitement maternel, mais comme ça fait une éternité que je n’ai pas publié vous ne m’en voudrez pas j’espère. Je voudrais revenir sur quelques idées reçues sur l’allaitement. En effet, la schizophrénie actuelle veut qu’après avoir expliqué à la future mère que si elle ne veut pas allaiter elle va limite être signalée aux services sociaux, on accuse ensuite l’allaitement de tous les maux et problèmes. Encore une fois, le but de cet article n’est absolument pas de culpabiliser celles qui ne souhaitent pas allaiter, ou pour qui ça ne marche pas, mais plutôt d’encourager les autres, et surtout d’éviter que le choix d’allaiter ou pas soit basé sur de mauvaises raisons. Voilà dix exemples de ce qu’on peut entendre ou lire :

1. C’est la faute à l’allaitement si mon bébé ne grossit pas (assez). Trois possibilités : 1. bébé est naturellement un petit gabarit/appétit de moineau, auquel cas le lait infantile ne changera rien, 2. bébé a une maladie qui l’empêche de prendre du poids, auquel cas il devient d’autant plus important de poursuivre l’allaitement, 3. il y a un problème d’allaitement qui empêche bébé de manger à sa faim. Un bébé qui ne mange pas à sa faim va d’abord pleurer beaucoup pour réclamer plus puis passer en mode « économie d’énergie » (sauf s’il est déjà fragile auquel cas il va directement à la case « économie d’énergie ») ; attention donc au nouveau-né poids plume qui dort tout le temps et ne réclame jamais. Au biberon on mesure ce qui rentre, tandis qu’au sein on mesure ce qui sort. Les couches sont-elles bien pleines d’urines et de selles (n’oublions pas qu’à partir de six semaines environ le bébé allaité peut beaucoup espacer ses selles, jusqu’à plusieurs jours d’intervalle) ? Le poids est UN indicateur parmi d’autres de la bonne croissance du bébé (et vous trouverez ici les courbes de référence pour des bébés allaités). Les problèmes d’allaitement les plus fréquents qui conduisent à ce que l’enfant ne mange pas assez sont soit une mauvaise succion (à corriger à l’aide d’un(e) spécialiste : sage-femme, consultante en lactation, animatrice d’association de soutien…), soit un allaitement trop dirigé (style toutes les trois heures dix minutes par sein) qui ne stimule pas assez la lactation (voir ici un bel exemple). Au moindre doute ne pas hésiter à demander l’avis d’une personne compétente (pas forcément votre médecin, voir ici quelques pistes pour juger de sa compétence en la matière).

2. C’est la faute à l’allaitement si le papa ne s’occupe pas du bébé. Certes la tétée occupe une part importante de la vie d’un nouveau-né, mais il y a tellement d’autres choses dont son père peut s’occuper. Outre le fait qu’il peut déjà prendre en charge l’ensemble des tâches ménagères pour que la mère se repose après l’accouchement, en plus des couches à changer, des bains à donner, etc, il y a surtout les câlins, le portage, le dodo dans les bras et tous ces petits plaisirs. Sans compter que c’est souvent le mieux placé pour faire accepter un autre moyen que le sein d’avoir du lait (biberon, tasse etc) quand la mère veut laisser le poussin. Je crois que ce qui compte vraiment plus que le mode d’alimentation c’est que le père soit motivé pour trouver sa relation et ses « trucs » avec le bébé et que la mère soit prête à le laisser prendre toute sa place.

3. C’est la faute à l’allaitement si mon bébé a des coliques/mal au ventre etc. Si vous avez un bébé au tube digestif sensibilisé par un problème ou un autre (reflux gastro-œsophagien, allergie, intolérance…), il n’y a pas mieux que le lait maternel pour lui. C’est ce bébé qui est difficile, quel que soit le mode d’alimentation, et c’est souvent pire avec un lait infantile qui lui est moins adapté (sans compter les essais pour trouver celui qui convient). Si le lait maternel peut donner mal au ventre, c’est souvent parce que le bébé n’a eu que le lait de début de tétée, très riche en lactose. Pour éviter ce problème (repéré généralement par des selles vertes et moussues), il suffit de ne pas changer trop souvent de sein. Dans certains cas d’allergies, l’allergène passant par le lait maternel, la poursuite de l’allaitement va nécessiter que la mère suive un régime d’éviction (ce qui n’est pas une partie de plaisir je vous l’accorde).

4. C’est la faute à l’allaitement si mon bébé dort mal/ne s’endort qu’au sein. La question du sommeil des bébés est si complexe et polémique qu’une dizaine de billets n’y suffirait pas. Ceci dit sur la question allaitement et sommeil, tous les cas de figure existent : le bébé exclusivement allaité qui fait des nuits de 10-12 h à quelques semaines, le bébé qui fait ses nuits une fois passé au bib, celui qui au contraire continue à se réveiller (enfin surtout à réveiller ses parents…). On peut tout de même observer que d’une part il n’est pas anormal qu’un enfant n’arrive pas à gérer son sommeil entièrement seul pendant au moins un an, voire deux ou trois. Et d’autre part, il se trouve que la tétée est un formidable moyen d’endormir ou de rendormir un bébé. C’est souvent très efficace, et pour un effort minimum puisqu’on peut le faire en se rendormant soi-même (lors de la tétée les hormones sécrétées favorisent le sommeil, ce qui peut donner l’impression que l’allaitement fatigue). Il faut donc en avoir sacrément marre des tétées de nuit et des endormissements à rallonge pour chercher une autre méthode. Ceci dit, rien n’empêche aux parents d’un bébé allaité d’essayer d’autres pistes, notamment avec le père (vous voyez qu’il participe !), qui sera moins tenté de donner ce qu’il n’a pas. Là encore, que le père ait mis en place ses trucs avec le bébé facilite la dissociation du sein et du sommeil. Et les tout petits changent tellement vite qu’aucune habitude, bonne ou mauvaise, n’est gravée dans le marbre.

5. C’est la faute à l’allaitement si je ne peux rien faire. Scoop : un bébé, même un petit nouveau-né supposé dormir 20 heures sur 24, suffit à vous occuper environ 25 heures sur 24. Et ce que vous allaitiez ou non. « Il est 16 heures et je n’ai toujours pas réussi à prendre de douche » : je crois l’avoir entendu chez toutes mes amies découvrant les joies de la maternité, celles qui allaitent comme celles qui n’allaitent pas. Le gros avantage de l’allaitement, c’est que passées les éventuelles difficultés de mise au sein du début, le bébé se débrouille tout seul. Donc la tétée est un formidable alibi pour se poser tranquille dans un fauteuil (ou autre endroit confortable) avec une bonne lecture, un coup de fil, un DVD, une histoire pour l’aîné ou autre activité tranquille (et surtout une tablette de chocolat). Enfin personnellement je ne suis pas très douée pour allaiter en porte-bébé, mais dans ce cas on devient en prime mobile (pas au point de passer l’aspirateur, mais quelle bonne excuse pour refiler cette activité à son cher et tendre -ou se faire offrir des heures de ménage comme cadeau de naissance).

6. C’est la faute à l’allaitement si je ne peux jamais sortir. Soyons honnêtes : il est plus facile de sortir avec un bébé allaité mais moins facile de sortir sans. L’allaitement est souvent un super joker qui permet d’apaiser et d’endormir un petit dans les circonstances les plus difficiles : on peut ainsi éviter de se taper l’affiche dans un lieu public avec un bébé qui hurle. Et bien sûr l’aspect logistique est grandement simplifié puisqu’au moins dans les premiers mois on n’a pas de nourriture à trimballer. Quand on ne peut/veut pas sortir avec bébé, les options sont multiples selon l’âge et les circonstances : pas de lait en l’absence de la mère, du lait tiré donné par différents artifices (biberon, tasse à bec, seringue, pipette…) ou du lait artificiel. Pour la reprise du travail, je crois que c’est aussi aux professionnels de la petite enfance de faire le travail pour aider l’enfant à s’adapter. Rappelons qu’un enfant allaité dont la mère travaille devrait être une situation très ordinaire (puisque les recommandations des autorités sanitaires françaises préconisent l’allaitement jusqu’à deux ans et que le congé maternité post-natal n’est que de dix semaines), et pas une bizarrerie qui ne rentre pas dans les cases.

7. C’est la faute à l’allaitement si mon enfant est indécollable. Un petit bébé a besoin de contact et de câlins, autant que de nourriture. L’allaitement est une façon de répondre à ce besoin, mais pas la seule. Et l’intensité du besoin est fonction de la personnalité de l’enfant, de son âge, et de la réponse qui y est apportée, bien plus que de la façon dont on le nourrit. Il y a aussi -et ce n’est pas un reproche- des mères qui ont un peu de mal à lâcher leur bébé, et ce n’est pas l’apanage des allaitantes (même si elles sont peut-être plus nombreuses dans ce cas…).

8. C’est la faute à l’allaitement si je dois surveiller ce que j’avale. Hors cas d’allergie ou d’intolérance avéré, on peut bien manger exactement ce qu’on veut quand on allaite. Il est conseillé de limiter (mais pas éviter) la caféine (comme quand on est enceinte), sauf là encore si vous constatez un effet majeur sur le bébé. Il est possible de boire de l’alcool en sachant que le taux dans le lait est identique à celui du sang ; l’idéal étant si/quand l’enfant a un rythme de boire le soir après la dernière tétée et d’avoir toute la nuit pour cuver. Il existe même des alcootests pour le lait maternel. Quant à la cigarette, même s’il est préférable de l’éviter, son impact laisse le lait maternel supérieur au lait infantile. Et si vous devez prendre des médicaments, n’hésitez pas à envoyer votre médecin sur le site du CRAT. Là encore, les risques liés à l’exposition (souvent ponctuelle) au médicament sont souvent faibles en regard des bénéfices procurés par l’allaitement maternel.

9. C’est la faute à l’allaitement si je ne peux pas retomber enceinte. Peut-on tomber enceinte en allaitant ? Oui mais c’est plus facile si on pose le bébé. Plus sérieusement, hors des critères stricts de la MAMA, l’allaitement n’est pas une contraception mais peut empêcher certaines femmes de tomber enceinte. Sans compter qu’un taux élevé de prolactine (hormone de la lactation) peut induire une baisse de libido. A priori si vous avez eu votre retour de couche c’est que l’ovulation est relancée et que vous pouvez retomber enceinte (attention l’inverse n’est pas vrai, c’est-à-dire qu’on peut être enceinte sans avoir eu le retour de couche). Sinon, il faut effectivement patienter ou sevrer (totalement ou partiellement).

10. C’est la faute à l’allaitement si je ne ressemble à rien. En théorie, l’allaitement facilite le retour du corps à l’état pré-grossesse, puisque les premières tétées aident l’utérus à retrouver sa taille normale (ce qui peut occasionner les fameuses tranchées) et que les graisses maternelles sont supposées être converties en lait. Dans la vraie vie, il y a celles qui sortent de la maternité en jean slim taille 36 et mère nature la truie (copyright Pensées de ronde) pour les autres. Idem pour la taille et la forme des seins : difficile de savoir a priori dans quel camp vous serez, même si la grossesse est souvent pointée comme principal coupable des variations de volume mammaire (avec pour état final la forme décrite poétiquement comme gant de toilette ou encore queue de castor). Cependant l’allaitement est une super excuse pour refaire sa garde-robe (avec toutes ces boîtes de lait économisées) à un moment où on est rarement au top physiquement (je ne dis pas qu’on a besoin d’une garde-robe spécifique pour allaiter, juste que c’est une excuse pour faire du shopping). LA spécialiste de la question, c’est Ségolène de MamaNANA, comme le montre par exemple ce billet (ou encore celui-là). Je n’ai pas grand chose à rajouter, si ce n’est d’insister sur l’importance d’avoir un bon soutien-gorge, bien coupé et à la bonne taille pour rééquilibrer sa silhouette. Personnellement je n’ai que des soutien-gorge à armatures (sinon je trouve que ça ne sert à rien ; quant au risque d’engorgement j’en ai eu quelques uns mais toujours sur le dessus du sein donc à mon avis sans rapport) et j’aime bien aussi qu’ils soient un peu rembourrés : non que je cherche du volume supplémentaire mais ça donne un meilleur maintien, sans compter que c’est plus discret pour les coussinets (ou pour vos nouveaux tétons façon star de porno). On trouve encore très peu de choses en boutique, même si Vertbaudet et H&M s’y mettent doucement. Sur le net, outre MamaNANA on peut fouiller chez Sibellia (lingerie uniquement) et BellaMaman par exemple. Pas mal de sites de puériculture et de vêtements de grossesse ont aussi quelques trucs pour compléter sa commande.

Et vous, en voyez-vous d’autres ?

Photo : Source

Un bébé en retard

dimanche, mai 16th, 2010

tanguy Toutes les femmes enceintes voient arriver avec soulagement le terme de 37 semaines d’aménorrhée (SA), qui correspond à la fin de la prématurité. Et s’il est bien légitime de craindre la mise au monde d’un bébé prématuré, on pense moins souvent au problème inverse : un bébé qui se fait attendre. C’est un sujet que je connais bien puisque Pouss1 est né le lendemain du terme et Pouss2 une semaine après.

La date prévue d’accouchement (DPA) est calculée de façon différente selon les pays. Ainsi, en France on considère la DPA comme la date avant laquelle on doit avoir accouché (41 SA), alors qu’en Belgique ou en Suisse par exemple on prend une date à laquelle il est probable d’accoucher (40 SA : 79 % des naissances auraient lieu entre 37 et 39 SA). Quoi qu’il en soit, tout le monde s’accorde à parler de terme dépassé ou de grossesse prolongée autour de 42 SA.

L’écueil principal est de déterminer avec précision la date de début de grossesse : on se base souvent sur la date des dernières règles (qui sont plus faciles à repérer que l’ovulation) en supposant que l’ovulation a eu lieu 14 jours après. Ainsi n SA = n SG + 2. Cependant, toutes les femmes n’ovulent pas avec la régularité d’un coucou suisse, sans parler des interférences possibles de la contraception (sous contraception hormonale par exemple les saignements ne sont pas liés à une éventuelle ovulation mais à la privation hormonale lors de la pause entre deux plaquettes) ou encore des femmes qui enchaînent grossesses et allaitements sans passer par le retour de couches (« de quand datent vos dernières règles ? » « d’il y a deux ans »…). Certaines femmes sentent l’ovulation (et peuvent même dire quel est l’ovaire actif !), d’autres utilisent des méthodes d’observation (température, col, glaires…) qui permettent de situer la période fertile mais ce n’est pas le cas de toutes. Rappelons que comme les spermatozoïdes peuvent survivre plusieurs jours à attendre un ovule, la date du rapport n’est pas forcément celle du début de la grossesse ; l’ovule ayant un temps de survie plus faible (environ 24 heures) est un meilleur indicateur. En dehors de certaines procédures d’assistance médicale à la procréation où on sait exactement la date du début de la grossesse, le plus fiable reste une échographie de datation avant 12 semaines d’aménorrhée lors de laquelle la mesure de l’embryon permet de déterminer une date de début de grossesse à plus ou moins trois jours. Le taux de beta-HCG dans le sang maternel est un moins bon indicateur : un taux bas peut indiquer une grossesse toute récente comme une fausse-couche à venir. Pour ma part, j’ai fait une échographie de datation autour de 8 SA pour chacune de mes grossesses, ce qui a dans les deux cas permis de corriger la DPA de quinze jours par rapport à l’estimation selon la date des dernières règles. Cependant l’échographie « officielle » des 12 SA permet normalement d’ajuster le terme, même si plus l’échographie est précoce et plus elle est précise. Notons aussi qu’on compte le terme à neuf mois après la date de début de grossesse ou à 39 semaines après cette même date (ce qui correspond à 41 SA) : c’est supposé être équivalent mais selon les dates 41 semaines font plus ou moins neuf mois. Par exemple pour Pouss1 les deux dates coïncidaient exactement mais pour Pouss2 il y avait deux jours d’écart. Ainsi si on prend le terme de 41 SA il est né à 42 SA +1, alors que si on se base sur neuf mois on est à 41 SA +6. Cela paraît négligeable sur neuf mois de grossesse, mais à partir de 41 SA chaque jour de rab est généralement l’objet d’une âpre négociation.

En effet, le dépassement de terme s’accompagne d’un risque accru de postmaturité : au bout d’un certain temps le placenta cesse de fonctionner correctement, entraînant une baisse du poids du bébé (et parfois une hypotrophie) et pouvant aller jusqu’à sa mort in utero (la mortalité périnatale est multipliée par 3 à 42 SA). Paradoxalement, tant que le placenta fonctionne bien, le bébé continue à grossir et la probabilité d’une macrosomie fœtale augmente. L’approche de la date du terme (41 SA) entraîne donc généralement la mise en place d’une surveillance rapprochée pour dépister d’éventuels signes de postmaturité. Les examens généralement pratiqués sont :

  • le monitoring : il permet de suivre à la fois le rythme cardiaque du bébé et d’éventuelles contractions de la mère (et s’il y a des contractions de voir comment le bébé les supporte)
  • l’échographie : on y vérifie la quantité de liquide amniotique (qui peut diminuer en fin de grossesse : on parle d’oligoamnios), les mouvements du bébé et le bon fonctionnement du placenta (on parle de grade placentaire, allant de 0 à III, III étant le plus avancé)

La surveillance commence autour de 41 SA, tous les deux jours, puis tous les jours.

Vous entendrez peut-être parler des examens suivants mais d’après la poule sage-femme ils ne sont quasiment plus pratiqués :

  • amnioscopie : observation du liquide amniotique afin d’en vérifier la qualité (un liquide teinté est généralement le signe d’une souffrance foetale).
  • test au syntocinon : une perfusion d’ocytocine artificielle (syntocinon) permet de provoquer des contractions et de voir comment le bébé les supporte par monitoring.

L’examen du col de l’utérus n’est pas nécessaire (il ne permet pas de déterminer l’imminence éventuelle de l’accouchement) mais peut être réalisé afin d’évaluer la faisabilité d’un déclenchement.

Bien sûr tout ceci est valable pour une grossesse non pathologique, certains facteurs (grossesse multiple, diabète gestationnel…) peuvent venir compliquer la donne.

A la naissance, quelques signes sont typiques des bébés qui ont fait du rab : pieds et mains fripés (comme s’ils étaient restés trop longtemps dans le bain…), peu ou pas de vernix, peau qui pèle dans les jours qui suivent. Pour ma part j’ai été étonnée de voir à quelle vitesse Pouss2 s’est « déplié » : les nouveaux-nés ont en effet les jambes et les bras en flexion et apprécient généralement d’être « contenus » dans un couffin, par emmaillotage, etc. Mais lui au contraire semblait ravi de s’étaler et n’a jamais voulu dormir dans la nacelle, préférant son transat ou notre lit.

Psychologiquement, la situation est assez inconfortable. Il est difficile de prévoir la date d’un accouchement mais en général tout le monde a pris ses dispositions en pensant que le bébé serait là après cette date. Si vous avez un (ou plusieurs) aînés, la personne qui doit s’en occuper pendant l’accouchement n’est peut-être plus disponible. Vos parents ou beaux-parents ont peut-être prévu de s’installer chez vous pour vous aider après la naissance : vous voilà tous tournant comme des lions en cage sans savoir quand le bébé arrivera. La fin de la grossesse est rarement de tout repos, et on est tiraillée entre l’envie d’en finir et celle de laisser le temps à un bébé qui se fait désirer, surtout si l’équipe médicale qui vous suit vous met la pression pour déclencher (parfois simplement par protocole alors que d’après cet article il n’y a pas de bénéfice prouvé à déclencher sans signe de souffrance fœtale avant 42 SA). Sans compter les appels réguliers des proches pour savoir où on en est (forte tentation de répondre que ça fait quinze jours que le bébé est là mais qu’on n’a pas jugé utile de prévenir), auxquels s’ajoutent tous les trucs censés déclencher l’accouchement : boire du champagne (« allons à ce stade ça ne peut plus faire de mal au bébé ») et/ou de l’huile de ricin (se préparer à passer les six heures qui suivent sur les toilettes), rouler sur des pavés (en Austin mini pour les plus raisonnables, en deux roues pour les plus aventureuses), faire un grand ménage et en particulier les vitres (bonjour la sciatique), faire du trampoline (et rebondir sur sa dignité largement piétinée), faire l’amour (pour celles dont la circonférence permet encore au futur père de s’approcher), se mettre pieds nus sur la terre adossée à un arbre (parfait à Paris au mois de janvier), marcher 17 km (cf la sciatique plus haut) et j’en passe. Ajoutons le recours aux médecines parallèles : ostéopathie, homéopathie, acupuncture, et j’en passe, ainsi que des suggestions formulées avec plus ou moins de tact que vous faites un blocage psychologique qui empêche ce pauvre enfant de sortir, le tout repassé en boucle à une femme qui vient de supporter neuf mois de grossesse et qui a les hormones en folie : je tire mon chapeau à celle qui n’aura pas craqué au moins une fois dans cette situation. Il n’est pas interdit de débrancher son téléphone et d’aller passer l’après-midi au cinéma (ou toute autre activité agréable qui sera difficile à faire après la naissance) pour se changer les idées. Certains disent ainsi qu’il n’y a rien de tel qu’une soirée en amoureux au restaurant pour accoucher dans la nuit : au moins c’est plus sympa que de faire les vitres et meilleur que l’huile de ricin. C’est aussi l’occasion de (re)lire en famille l’excellent Bébé de Fran Manushkin et Ronald Himler.

Image : ça a failli être le quatrième prénom de Pouss2…

Le lactarium

jeudi, avril 22nd, 2010

lactarium Les fidèles de ce blog le savent : j’ai un petit faible pour les séries télé, en particulier médicales, et notamment pour leurs beaux médecins. A force d’en regarder je m’imagine être moi aussi la super héroïne qui fait une trachéotomie d’urgence au restaurant avec un bic… Mais d’une part personne ne semble jamais avoir besoin d’un massage cardiaque (alors que je me suis coltiné un certain nombre de formations aux premiers secours) et puis d’autre part je ne vais pas souvent au restaurant. Sans compter qu’avec le fouillis qu’il y a dans mon sac à main, le temps que je mette la main sur ce foutu bic… Bref. Heureusement il y a d’autres moyens de jouer les super héros du quotidien. D’habitude j’essaie de donner mon sang (surtout s’ils viennent le chercher au boulot), mais ces derniers temps c’est impossible  (jusqu’au 6 mois du bébé je crois, sans compter que me pointer avec les deux poussins dans un centre de don de sang pourrait être comique). Alors en attendant je donne du lait.

En effet, les prématurés et les bébés atteints de certaines maladies ne supportent rien d’autre que le lait humain ; et comme leurs mères ne sont pas toujours en mesure de donner leur propre lait ils dépendent alors exclusivement des dons. En France, ces dons, anonymes et gratuits, sont collectés et gérés par les lactariums, qui dépendent d’institutions publiques ou d’ONG (comme la Croix rouge). Ils ont une compétence régionale, même s’ils sont assez inégalement répartis sur le territoire. Le lait est ensuite donné uniquement sur ordonnance médicale ; il est d’ailleurs intégralement pris en charge par la sécurité sociale. En effet, même si les donneuses ne sont pas rémunérées, la collecte et le traitement (analyses, pasteurisation…) du lait ont un coût ; au final le prix du lait humain est de 80 € le litre.

Qui peut donner ? Ne hurlez pas à la discrimination sexiste et à la pression culpabilisatrice sur les mères, mais aussi étonnant que ça puisse paraître il faut être une femme, avoir un enfant et l’allaiter. En outre il faut remplir certaines conditions médicales (un peu comme pour le don du sang) et posséder un congélateur où stocker le lait entre deux passages du collecteur. Et il est possible que certains endroits ne soient desservis par aucun lactarium. En pratique il faut en prime avoir un surplus de lait à donner, et selon les situations ce n’est pas le cas de tout le monde. Certaines femmes peinent déjà à satisfaire la demande de leur bébé, d’autres font des stocks en vue d’une prochaine reprise du travail… charité bien ordonnée commence par soi-même et il ne s’agit pas de priver son bébé pour nourrir ceux des autres ! Enfin il faut donner un minimum (afin de « rentabiliser » les frais de dossier etc) mais je n’ai pas réussi à savoir combien, cela dépend aussi peut-être du lactarium.

Concrètement si vous remplissez ces conditions vous pouvez alors vous adresser au lactarium le plus proche de chez vous. Dans mon cas c’est le lactarium d’Ile de France (et c’est donc leur façon de procéder que je vais décrire mais j’imagine qu’elle varie peu de l’un à l’autre). Un entretien téléphonique permet de vérifier que vous êtes éligible et un collecteur passe vous voir dans les plus brefs délais afin de vous remettre :

  • des flacons stériles pour recueillir le lait et des étiquettes
  • le matériel dont vous avez besoin pour recueillir le lait (tire-lait, coquilles…) selon votre demande
  • des pastilles de stérilisation
  • un dossier médical à remplir (à faire signer par un médecin ou une sage-femme, je l’ai apporté à ma visite des six semaines)
  • une ordonnance pour une prise de sang

En effet, une sérologie est effectuée tous les trois mois pour vérifier le statut infectieux des donneuses (VIH, hépatite B etc). Les analyses sont faites par le lactarium pour vous en éviter les frais, il faut donc confier au collecteur les tubes de sang (prélevé au maximum 48 heures à l’avance). Quant au matériel, pour ma part j’avais demandé un tire-lait électrique mais quand j’ai vu arriver le Kitet vintage simple pompage je l’ai vite rendu et je suis restée fidèle à mon petit Avent manuel qui est parfaitement adapté à la situation. Comme le lait est à destination de bébés déjà fragiles (prématurés et/ou malades), des conditions d’hygiène plus strictes s’appliquent et il est demandé de stériliser le matériel de recueil du lait (d’où les pastilles) et de se laver le sein au savon avant de tirer. Autant la première condition est à peu près facile à respecter (j’ai un grand saladier en plastique avec le bain de stérilisation dans la cuisine -pour info pas de contenant métallique car la solution est corrosive), autant je trouve la seconde plus compliquée. Du coup je tire mon lait peu après ma douche du matin sans relaver le sein (à un moment je le passais au brumisateur -celui qui me reste de l’accouchement…- mais je ne suis pas sûre que ça serve à grand chose). Si quelqu’un a un truc génial ne pas hésiter à le partager en commentaire !

Par ailleurs je trouve que je passe déjà beaucoup de temps topless dans la journée donc je tire un sein pendant que Pouss2 tète l’autre. Comme il ne tète plus beaucoup la nuit (béni soit-il), j’ai les seins bien pleins le matin. Je lui donne le sein déjà donné à la dernière tétée et comme ça l’autre, qui est plein comme une outre, coule plus ou moins tout seul (je suis une feignasse et mon tire-lait est manuel…). Ma production varie selon les jours mais cela me permet de récupérer 80 à 240 ml, ce que j’estime suffisant pour la journée. Et en m’installant bien avec le coussin d’allaitement j’arrive à garder une main libre pour téléphoner ou bouquiner. Bien sûr ce type d’arrangement ne convient pas à tout le monde ; il y a des bébés par exemple qui ne supportent pas que leur mère fasse autre chose pendant la tétée (y compris jouer du tire-lait donc). Il est aussi possible de tirer plusieurs fois dans la journée pour remplir le biberon de stockage (qui devra être congelé dans les 24 heures), mais personnellement je ne le fais que rarement, ne serait-ce qu’à cause de ces histoires de stérilisation. Le collecteur passe environ une fois par mois pour récupérer le tout et renouveler le matériel (biberons stériles, pastilles etc).

Enfin ne vous méprenez pas : ce n’est pas de l’altruisme. D’après mes propres calculs pifométriques j’ai estimé que le lait tiré pour le lactarium demande une dépense calorique pouvant être compensée par l’ingestion de trois carrés de Côte d’or aux amandes caramélisées avec une pointe de sel. Par contre je n’ai pas réussi à convaincre le lactarium de fournir le chocolat. Bref, pour reprendre une proposition de slogan pour une campagne d’appel aux dons (bizarrement non retenue) : « Mères, ne soyez pas vaches, donnez votre lait ! »

La nuit d’avant

lundi, avril 5th, 2010

lmaternite_litsidecar Encore un billet pour vous parler de lait, mais à ma décharge je baigne un peu dedans ces temps-ci. Promis pour les prochains je vais essayer de varier les plaisirs. Il s’agit d’un aspect très concret de l’allaitement mais sur lequel je n’ai pas trouvé grand chose : la nuit précédant la montée de lait. Pour Pouss1, j’étais encore à la maternité, jeune et naïve ; c’était sa deuxième nuit à l’air libre. Moi pleine de bonne volonté je l’allaitais donc à la demande, découvrant avec stupeur que mon bébé, s’il avait bien cinq doigts à chaque main et à chaque pied, devait probablement être pourvu de trois ou quatre estomacs. Mais cette nuit-là sa demande était quasiment continue. Heureusement l’auxiliaire de puériculture, appelée à la rescousse par la jeune poule en panique, m’a immédiatement rassurée : c’était un phénomène normal et passager qui voulait dire que la montée de lait arriverait le lendemain. Effectivement, le lendemain le colostrum avait été remplacé par du lait, et Pouss1 s’était un peu calmé. Pour Pouss2 ça n’a pas raté : il a tété facilement toutes les heures à sa deuxième nuit aérienne. Cette fois pas de panique, j’ai pris mon mal en patience, donné à la demande et telle la chèvre de M. Seguin attendu que le soleil le Coq se lève (nous étions déjà à la maison) pour lui refiler le bébé et dormir jusqu’à midi. Et l’après-midi le lait était là, et le poussin moins acharné au sein. Je dois dire que jusqu’ici, ayant eu deux gros bébés bons téteurs, j’ai accueilli la montée de lait avec soulagement car les quantités répondent plus facilement à la demande et comme ça coule facilement ils tètent moins fort.

Pourquoi est-ce que  je vous raconte tout ça ? Il me semble que c’est typiquement le genre de situation qui entraîne une jeune mère dans une spirale de doute sur son allaitement, et ce d’autant plus si elle est mal entourée et conseillée : « mon lait n’est pas assez bon/pas suffisant pour le bébé » « si c’est ça l’allaitement autant arrêter tout de suite ». Or cette demande acharnée (qui peut avoir lieu dès la deuxième nuit ou plus tard) est à la fois normale et transitoire (un peu comme pour les pics de croissance). Et dans mes nombreuses lectures sur l’allaitement, je n’ai jamais rien vu sur le sujet.

Que faire ? Dans l’idéal, il faut donner au bébé quand il réclame, afin de bien lancer la crèmerie. Cependant, nous ne vivons pas dans un monde idéal, et ça n’est pas toujours possible. On a le droit d’être fatiguée et de vouloir dormir plus d’une demi-heure à la fois ou encore d’avoir mal aux seins. Je dois dire que pour Pouss1,  j’ai accepté sans discuter la proposition de l’auxiliaire de puériculture de l’embarquer 2-3 heures avant de terminer la nuit tant bien que mal (elle lui a même proposé des compléments dont il n’a pas trop voulu… tout ce qu’il ne faut pas faire mais heureusement pour nous sans incidence sur la suite de l’allaitement). Il y a toujours la carte du petit doigt (peut être proposé par le père s’il est dans les parages -il y a maintenant des maternités où il peut rester dormir), voire de la tétine, mais pour cette dernière avec un risque d’interférence avec la succion (surtout si le bébé ne tète pas très bien). Il n’est pas recommandé de donner des compléments de lait artificiel, mais j’imagine qu’il y a des cas où cela peut rendre service sans compromettre l’allaitement (d’autant plus s’ils sont donnés à la pipette plutôt qu’au biberon). Prendre l’enfant dans son lit est aussi une bonne façon de répondre à sa demande sans trop se fatiguer ; on peut se rendormir pendant la tétée et cela évite de se lever sans cesse (surtout juste après l’accouchement). Si on s’assure que le lit ne comporte aucun risque de chute ou d’étouffement (et s’il n’y a pas d’adulte sous l’influence de psychotropes dedans), il n’y a pas de risque accru (voir ici par exemple). Ceci dit, il n’est pas obligatoire de répondre à la demande pour que la montée de lait survienne (d’ailleurs on donne un médicament pour l’empêcher aux femmes qui ne veulent pas allaiter) mais cela facilite le processus.

Cet article se basant beaucoup sur ma propre expérience (puisque je n’ai hélas pas trouvé grand chose sur le sujet), il serait très intéressant de savoir comment ça s’est passé pour d’autres : avez-vous constaté aussi une nuit de folie avant la montée de lait ? Si oui comment l’avez-vous gérée ? Et les bébés au bib ? Ont-il aussi été tout fous une nuit 2 ou 3 jours après leur naissance ?

Photo : l’allaitement des paresseuses ou comment préserver son sommeil

Pourquoi allaiter (ou pas)

lundi, mars 22nd, 2010

0125child7 Je ne vais pas vous refaire l’article des nombreux bienfaits de l’allaitement maternel, tant pour le bébé que pour la mère. Tout le monde les a entendus (sinon faites un tour à la Leche League), et soit vous allaitez et ça ne sert à rien de vous convaincre, soit vous n’allaitez pas et vous allez trouver ça culpabilisant. Il me semble aussi que ce n’est pas forcément ce qui joue le plus dans la décision d’allaiter ou pas : c’est si intime, si personnel. Je crois que c’est plutôt une question d’envie, de plaisir. Ainsi je vous propose de partager sur un mode plus personnel les petits trucs qui me plaisent et aussi ceux qui m’agacent dans l’allaitement.

Pourquoi j’aime allaiter :

  • Ne pas avoir à me lever la nuit pour faire des biberons et pouvoir me rendormir en cours de tétée
  • Avoir une bonne excuse pour faire du shopping : personnellement entre acheter une robe d’allaitement et acheter un chauffe-biberon, y a pas photo
  • Dépenser 500 calories de plus par jour sans bouger mes fesses du canapé, et admirer les cuissots dodus et autres triples mentons en me disant que c’est toujours ça de moins pour ma cellulite
  • Kit mains libres (une main libre, voire deux avec le coussin d’allaitement ou un porte-bébé) : pendant la tétée je peux bouquiner, manger, glander sur l’iPhone, etc (d’ailleurs ce billet a été en partie écrit pendant une tétée)
  • Avoir une bonne excuse pour ne rien faire : « Ah non désolée je ne peux pas ……………*, j’ai le bébé au sein »
  • Avoir trouvé le bouton « mute » : quand Pouss2 grogne et s’agite et que je n’entends plus ma série préférée, hop au sein et silence (oui c’est très mal, il mettra des années de psychanalyse à s’en remettre)
  • Ne pas avoir à réfléchir : suivre les quantités prises au cours du temps, savoir si un biberon est encore bon, etc. Il demande et je suis disponible : au sein.
  • Ne pas avoir besoin de faire pipi (ou presque) : quel agréable contraste avec la fin de grossesse !

Pourquoi ça m’énerve :

  • Tout repose sur moi, alors que je vois la parentalité comme une aventure à deux. Et je je ne nous reconnais pas dans les clichés sur la fusion mère – enfant avec le père en tiers séparateur ; pour moi les deux parents sont différents mais ont la même « importance » pour l’enfant (pas la mère à la place du Soleil et le père quelque part en orbite autour de Pluton).
  • Après neuf mois d’abstinence, je veux boire ET me resservir.
  • Un bébé qui s’énerve sur son biberon, c’est un peu agaçant. Un bébé qui s’énerve au sein : AAAAAÏÏÏEEEEE ! (j’appréhende l’arrivée des dents…).
  • J’ai parfois l’impression d’être une paire de seins sur pattes plus qu’une personne pour mon bébé et que toute tentative de câlin finit inévitablement par une tétée (or je préfère les câlins aux tétées, moi).
  • En lieu et place de seins j’ai une paire de pastèques qui ne rentre dans RIEN.
  • Les grosses fuites de lait : pas très fréquentes mais totalement imprévisibles et rien ne les arrête, trop glamour. Sans parler des montées de lait inopportunes, à croire que mes seins mènent une vie indépendante de la mienne.

Et vous ? Bien sûr ça marche aussi avec le biberon…

* remplir en fonction de la situation, par exemple, changer la couche pleine de caca du grand, faire la vaisselle…

Image : J’adore ce mode d’emploi imagé du bébé

There will be blood

samedi, mars 6th, 2010

Eric-true-blood-7701652-864-1296 Attention : billet anti-glamour. On a déjà évoqué ici ou la question des saignements autour de la grossesse mais je me disais qu’un petit récapitulatif sur la question pourrait intéresser les poules de la basse-cour.

Pendant la grossesse, en théorie, on ne saigne pas du tout. On parle d’ailleurs d’aménorrhée (absence de règles), qui est un des principaux signes précoces de la grossesse. Cependant, comme toujours la théorie et la pratique sont deux choses séparées et on peut avoir des « règles anniversaires » en début de grossesse, sans que ce soit inquiétant. Il arrive également que la nidation s’accompagne de petits saignements. Ensuite, un col un peu sensible peut saigner un peu après un examen, voire spontanément en fin de grossesse (notamment lorsqu’il y a des contractions). Tant que cela reste ponctuel, peu abondant et que le sang est frais (bien rouge), sans autre signe d’alerte (pertes vaginales inhabituelles, température etc), ce n’est pas un motif d’inquiétude non plus (bien sûr si vous êtes quand même inquiète il ne faut pas hésiter à consulter). Le bouchon muqueux peut aussi être accompagné d’un peu de sang lorsqu’on le perd.

Au moment de l’accouchement, là encore les contractions peuvent provoquer quelques saignements, mais les choses sérieuses ne doivent normalement commencer qu’après la sortie du bébé. Une surveillance rapprochée s’impose alors afin d’éviter l’hémorragie de la délivrance, qui reste une des principales complications de l’accouchement pour la mère (en France première cause de mortalité maternelle). Une fois que le placenta et les membranes amniotiques sont sortis dans leur intégralité, le risque est fortement diminué. La plupart des maternités ont d’ailleurs un protocole de délivrance dirigée, avec injection d’ocytocine artificielle au passage des épaules du bébé et sortie du placenta par traction contrôlée du cordon, ces pratiques ayant montré qu’elles permettaient de réduire le risque d’hémorragie. A noter qu’une tétée précoce peut également provoquer des contractions (les fameuses tranchées qui n’ont pas grand chose à voir avec les poilus de Verdun) et aider la délivrance. On perd environ 250 à 300 ml de sang (à partir de 500 on parle d’hémorragie).

Le post-partum est marqué par des pertes de sang (les lochies) pendant plusieurs semaines. Elles sont généralement très abondantes dans les jours qui suivent l’accouchement puis diminuent rapidement. Vers 12-15 jours arrive le petit retour de couche, qui correspond à la cicatrisation de la zone d’insertion placentaire. Il passe généralement inaperçu puisqu’il est rare de s’arrêter de saigner avant, et les saignements sont peu abondants. Rappelons qu’à cette période les protections périodiques internes (comme la coupe ou les tampons) ne doivent pas être utilisés pour écarter les risques d’infection.

Le retour de couche marque le retour de la fécondité mais attention, comme c’est l’ovulation qui provoque les règles, lorsqu’il arrive c’est généralement qu’on a déjà ovulé. On peut donc tomber enceinte AVANT le retour de couche. Celui-ci arrive six à huit semaines après l’accouchement si on n’allaite pas, et n’importe quand si on allaite. Si on ne souhaite pas tomber enceinte, il faut donc prendre ses précautions à partir de trois semaines après l’accouchement environ. Contrairement à ce qu’on entend parfois, il est possible de se faire poser un stérilet sans avoir eu son retour de couche (le stérilet aux hormones n’est pas contre-indiqué pour l’allaitement), après la visite post-natale des six semaines. Si on allaite on peut recourir à la MAMA (méthode de l’allaitement maternel et de l’aménorrhée), mais attention les conditions sont restrictives :

  • bébé de moins de six mois
  • tétée exclusive au sein et à la demande (pas de biberon, pas de tétine)
  • pas plus de quatre heures entre les tétées
  • pas de retour de couche

(les mauvaises langues diront que le simple respect de ces conditions suffit à remplir la seule méthode de contraception fiable à 100% : l’abstinence)

Et bien sûr il reste la pilule (ou ses dérivés : patch, anneau, implant…) et les méthodes barrière en local (préservatif, diaphragme, spermicides…), sans compter les méthodes d’observation (comme la méthode sympto-thermique, même si j’ai du mal à trouver des infos sur son application pendant cette période particulière). Je réalise qu’on a un peu dérivé du sujet initial mais je trouve qu’on n’en fait jamais trop sur la contraception (cf ici).

Photo : Comment parler de sang sans rendre hommage à Eric, si injustement oublié ici. Et puis c’est la journée des droits de la femme, non ?

La poule pondeuse enquête

jeudi, février 25th, 2010

TupperwareParty En ces temps de grand débat autour de l’allaitement (j’ai la flemme de vous faire une collection de 50 liens donc si vous ne voyez pas à quoi je fais allusion tapez « Elisabeth Badinter » dans Google…), et toujours prête à me dévouer pour la basse-cour, j’ai décidé d’en savoir plus sur La Leche League (LLL pour les intimes). Extrémistes et culpabilisateurs, voire nazis du lait maternel pour certains (et un point Godwin, un !), sauveurs d’allaitement pour d’autres, qu’en est-il réellement ?

Je pense qu’il faut déjà faire la part entre les différents rôles et actions de la célèbre association pour mieux comprendre. En effet, ayant pour but la promotion de l’allaitement maternel, c’est un lobby qui de ce fait a un message public général un peu stéréotypé. Je n’utilise pas le terme « lobby » de façon péjorative, ou dans une perspective de théorie du complot, simplement pour désigner une entité qui défend des intérêts particuliers (pas forcément à l’encontre de l’intérêt général) ; pour plus d’infos sur ce terme voir sur wikipédia. Je comprends que ce message puisse heurter certains (la fameuse limite information/culpabilisation) mais cela ne me choque pas qu’un groupe exprime ses idées dans une démocratie, d’autant plus que dans ce cas c’est généralement basé sur des études scientifiques, sans but lucratif et à peu près dans le sens de l’intérêt général.

Passons au cœur de métier de l’association : le soutien direct aux mères souhaitant allaiter. Cela passe par la constitution et la mise à jour d’un important fonds documentaire, que chacun peut consulter sur le site web, et bien sûr par l’intervention des animatrices, par téléphone (il y a une hotline ouverte 7 jours sur 7 !) ou en personne. On peut soit consulter une animatrice pour un problème particulier et pressant, soit se rendre à une réunion. N’ayant pas de problème particulier pressant justifiant de déranger quelqu’un, j’ai choisi d’aller à une réunion, que j’ai sélectionnée selon des critères purement géographiques.

Afin de me fondre parfaitement dans la masse, j’ai mis Pouss2 en couche lavable dans ma belle écharpe allemande au nom imprononçable que j’ai nouée de mon plus beau kangourou, emballé le tout dans mon beau manteau et roule ma poule. Au total, j’ai retrouvé une dizaine de mères dans l’appartement de l’animatrice. Autant vous le dire tout de suite, j’ai été séduite. Beaucoup de tolérance, d’ouverture, et une ambiance très sympathique. L’animatrice a commencé par expliquer que LLL accompagnait tous les projets d’allaitement, quels que soient les envies et les besoins (y compris les sevrages par exemple), et que peut-être certaines pratiques nous paraîtraient étranges mais qu’il fallait prendre ce qui nous convenait et laisser le reste. Le principe de la réunion est simple : chacune se présente et expose ses problèmes et questions. Les autres partagent leur expérience et l’animatrice apporte ses connaissances « techniques » (aide pratique à une mère qui n’arrive pas bien à mettre son bébé au sein, quantités moyennes de lait bues par un bébé selon l’âge, etc). Aucun diktat, aucune solution toute faite n’est imposée ; les femmes qui ont rencontré une situation similaire expliquent comment elles s’en sont sorties (ou pas), et celle qui a posé la question y prend ce qui lui convient. En fait ça ressemblait pas mal à la basse-cour (sauf que je suis beaucoup plus bavarde que l’animatrice).

Au delà des problèmes de bébés qui ne prendraient pas assez de poids (devinez qui est la seule mère indigne dont le poussin n’a pas été pesé depuis la naissance ?), j’ai été frappée de constater que la requête la plus récurrente concernait le tirage et le stockage de lait. La phrase typique : « J’aimerais bien pouvoir sortir plus de deux heures ». Comme quoi l’allaitement n’empêche nullement les femmes de vouloir prendre l’air (et d’y arriver…).

Par contre il n’y avait aucun père (j’ai l’impression qu’ils ne sont pas conviés mais corrigez-moi si je me trompe). D’un côté je pense que cela permet aux femmes de s’exprimer plus librement et aussi très prosaïquement d’être plus à l’aise pour allaiter (parce qu’évidemment il y a toujours au moins un bébé en train de téter). De l’autre c’est dommage de renforcer cette impression que l’allaitement exclut le père. Je peux vous dire que ce n’est pas vrai, et je l’ai vu de mes yeux : un père peut faire mille autres choses que nourrir pour créer un vrai lien avec son enfant, et pas que changer des couches. Bien sûr il y a le bain et les soins variés (cordon, mouchage…), mais il y a aussi le portage, le matelas en peau de papa, donner son petit doigt à téter, faire les cent pas pour aider bébé à s’endormir en lui chantant des chansons. Peut-être faire aussi des réunions pour les pères ? (ceci dit je suis pour ma part certaine que le Coq n’y mettrait jamais les pieds)

Alors bien sûr j’ai vu une seule réunion d’un seul groupe avec une seule animatrice, ce qui est un peu juste pour faire des généralités, mais j’ai trouvé qu’on était bien loin de l’image sulfureuse que l’association traîne ces temps-ci. Il me semble plus que probable qu’il y ait -comme partout- des gens bien et des gens moins bien à LLL, qu’il y a bien sûr une part de chance pour tomber sur quelqu’un avec qui on accroche ou au contraire une personne avec qui ça ne se passe pas bien du tout. Mais il faut tout de même rappeler que les animatrices sont des mères bénévoles dont la motivation principale est d’aider d’autres mères, et qu’a priori si on a affaire à elles c’est qu’on est venu les solliciter parce qu’on a un minimum l’envie d’allaiter. Et si ça se passe mal, rien n’oblige à rappeler ou à y retourner. Dans une société où les préjugés et les idées reçues sur l’allaitement sont monnaie courante, y compris au sein des professionnels de santé, il me semble qu’une association de ce type comble un manque de façon appréciable. Enfin s’il est possible d’adhérer à l’association pour 25€, cela n’est nullement obligatoire pour bénéficier de conseils généralement avisés (et le contenu du site est également en accès libre). On peut aussi acheter des livres, revues et porte-bébés, mais là encore la pression marketing est largement supportable.

Il me semble donc qu’une association de ce type constitue une ressource précieuse pour une femme qui souhaite allaiter (évidemment si ce n’est pas le projet ça a moins d’intérêt), surtout si elle n’en a pas l’expérience et n’a pas dans son entourage de personne susceptible d’être de bon conseil. Globalement ces groupes de parole et de soutien entre parents peuvent être extrêmement bénéfiques. Et n’oublions pas que si LLL est l’association la plus proéminente, il en existe d’autres comme Solidarilait, sans compter les associations locales et celles tournées vers la parentalité en général (et pas seulement l’allaitement) : n’hésitez pas à prospecter autour de chez vous.

(Photo : J’avoue que ça m’a un peu fait penser à une réunion Tupperware…)

Le retour précoce à la maison

mardi, janvier 26th, 2010

Jouve_nativite_Arles_2005JPG Comme promis dans le billet précédent, et pour continuer avec les aventures palpitantes de l’Oeuf alias Pouss2, voici quelques infos sur le retour précoce (voire ultra-précoce ?) de la maternité. Je vous rassure, c’est beaucoup plus cool que l’épisode précédent. Pour ceux qui ont raté le début, Pouss2 est né au petit matin et nous avons quitté la clinique avant 16 heures. A dire vrai on serait bien partis plus tôt mais nous avions l’opportunité d’avoir la visite pédiatrique obligatoire des 7 jours dans la foulée donc on y a passé quelques heures de plus (cette visite peut être signée par une sage-femme mais elle comme nous préférions que Pouss2 soit quand même vu par un médecin). Et on en avait déjà marre : alors qu’on n’était même pas dans une vraie chambre mais planqués dans une salle de pré-travail, on a quand même été réveillés trois ou quatre fois par des visites pas super intéressantes (« oui bonjour c’est juste pour vous dire que finalement le pédiatre passera dans une heure »).

Concrètement, il faut remplir plusieurs conditions pour être libéré de la maternité rapidement. La première est bien sûr que l’accouchement se soit bien passé et que la mère et le bébé aillent bien. Le poids de naissance important de Pouss2 lui a valu une dextro peu après la naissance, qui s’est avérée excellente et a permis d’obtenir l’aval du pédiatre pour partir. Ensuite il faut trouver une sage-femme libérale qui assure le suivi à domicile. Pour nous, facile, c’est celle qui accompagne la grossesse depuis le début. Enfin, la mère doit être délivrée des tâches ménagères pour une durée au moins égale à celle qu’elle aurait passé à la maternité. Pour ce dernier point, c’est en général le père qui s’y colle mais selon les configurations familiales cela peut être quelqu’un d’autre. Chez nous, le Coq a carrément pris trois semaines de congé car nous devons déménager dans la foulée. Donc entre deux lessives il fait les cartons…

Pour le suivi médical, il est modulé en fonction des besoins. Notre sage-femme est passée deux fois, le lendemain du retour puis deux jours plus tard. Elle s’assure de la bonne santé physique et morale de la mère et du bébé, tout comme à la maternité. Pour la mère : évolution de l’utérus, problèmes éventuels avec l’allaitement, débriefing sur l’accouchement… Pour le bébé : examen et auscultation, pesée (ou pas, selon la situation), test de Guthrie, vérification de la fermeture du canal artériel… En cas d’urgence ou de problème inopiné, on peut bien sûr la joindre à tout moment (comme pour l’accouchement). Notre sage-femme étant au sein d’un groupe avec d’autres sages-femmes libérales, nous avons aussi la possibilité d’en appeler une autre si par hasard elle n’était pas disponible. Cette organisation est particulière mais il n’est pas rare que les sages-femmes libérales soient associées à deux ou trois. Enfin en cas de gros pépin on peut toujours filer aux urgences (habitant Paris ce n’est jamais bien loin) ou appeler le SAMU bien sûr.

Côté administratif, c’est le Coq qui est allé déclarer Pouss2 à la mairie le lendemain ; l’avantage c’est qu’au moins c’est lui qui apparaît sur l’extrait de naissance et pas le nom d’un obscur employé de l’hôpital que ni nous ni Pouss2 n’avons jamais vu. On peut aussi noter que la formule est plutôt économique pour la Sécu qui jusqu’ici a deux visites de sage-femme à rembourser plutôt que deux ou trois jours d’hospitalisation.

En ce qui nous concerne (et je dis « nous » car sur ce point le Coq est aussi moteur que moi), le choix est sans aucun regret : on est vraiment mieux à la maison. Moi je peux me caler au mieux sur les rythmes du sommeil de Pouss2 et personne ne vient interrompre ma grasse matinée pour me demander à quelle heure il a tété cette nuit (je sais plus, je n’ouvre qu’un œil pour lui mettre le sein en face de la bouche) ou me tirer sur le téton pour être sûr qu’il y a vraiment du lait dedans. Je mange ce dont j’ai envie à l’heure où ça me convient. Je ne suis pas confinée au lit dans une petite chambre un peu étouffante (certes il faut se reposer mais de là à être 24h/24 alitée… pas indispensable quand l’accouchement s’est bien passé). J’ai toutes les affaires dont j’ai besoin à portée de main. Le Coq aurait du choisir entre passer du temps avec Pouss2 et moi et s’occuper de Pouss1, sans compter les temps de trajet (40 minutes de métro dans chaque sens) ; quant à Pouss1 il aurait peu vu sa mère pendant quelques jours (voire même pas du tout avec l’interdiction des visites due à la grippe A ?). Sans compter qu’on n’a plus de nounou donc ç’aurait été une galère de plus pour s’organiser pendant les visites du Coq. Je pense que ça tamponne un peu le choc de l’arrivée du petit frère puisque pour le moment ça veut dire rester avec papa ET maman à la maison. Et je trouve ça aussi plus agréable pour les visites que la petite chambre où on ne sait pas où s’asseoir (vu que le père a déjà pris le magnifique fauteuil en skaï authentique).

On voit aussi que c’est un deuxième, on est plus relax pour s’en occuper. En ce qui me concerne j’ai compris après Pouss1 que le bébé « de base » veut tout le temps téter et jamais dormir dans son couffin, donc je m’émerveille à chaque sieste que Pouss2 fait dans son transat. L’allaitement également est plus simple, je gère et je vis beaucoup mieux les petites difficultés puisque ce sont plus ou moins les mêmes que pour Pouss1. C’est vrai que pour Pouss1 je ne sais pas si j’aurais pu rentrer si vite, pour le premier on a souvent moins confiance en soi et en ses capacités à s’occuper d’un tout petit. Mais maintenant non seulement le Coq et moi sommes sereins sur ce point mais je sais également qu’autant ça ne me pose aucun problème de « lâcher » mon bébé pour que son père s’en occupe (« Chériiiiii, je crois qu’il a fait cacaaaaaa »), autant le laisser à une auxiliaire de puériculture que je ne connais pas, j’ai beaucoup de mal. Donc sur ce point-là aussi je me repose mieux (par contre le Coq…).

En bref je ne regrette absolument pas d’avoir choisi l’accompagnement global, notamment pour ce volet. Pour celles qui souhaitent une solution moins « extrême », vous pouvez négocier de rentrer après 24 ou 48 heures et demander une hospitalisation à domicile (HAD) avec suivi par une sage-femme libérale (de votre choix ou proposée par la maternité). Il faut savoir que les visites de cette sage-femme sont remboursées à 100% par la sécu (je n’arrive pas à retrouver combien et dans quel délai après la naissance mais la sage-femme pourra vous le dire) et à mon avis on aurait tort de s’en priver. C’est d’autant plus précieux si on allaite car ces sages-femmes sont généralement bien au point sur le sujet ; globalement cela permet d’avoir des conseils et des idées sur mesure pour votre famille dans votre maison. J’avais pris cette option pour Pouss1 et vraiment je ne l’ai pas regretté.

A plus long terme, je ferai la visite post-natale des six semaines avec notre sage-femme (plutôt que chez ma gynéco par exemple) : je pense qu’il est utile de pouvoir refaire le point sur l’accouchement « à froid » avec la personne qui l’a accompagné, de pouvoir prendre un peu de recul et de poser les questions sur tout ce qu’on n’a pas bien compris/digéré sur le moment. On n’a pas toujours la présence d’esprit pour cela dans les jours qui suivent la naissance et c’est dommage de rester avec des choses en travers de la gorge, surtout si les choses ne se sont pas déroulées comme on le souhaitait. Si vous n’avez pas retenu le nom de la personne (sage-femme ou obstétricien) qui était de garde pour votre accouchement, il est marqué dans le carnet de santé à la page sur la naissance.

Image : c’est un peu hors saison mais je suis sûre qu’ils auraient aussi voulu rentrer chez eux fissa…

La naissance de l’Oeuf

vendredi, janvier 22nd, 2010

eclosion Puisque ça semble intéresser la basse-cour, voici plus de détails sur la naissance (la ponte ? l’éclosion ?) de l’Oeuf.

Commençons par le détail des faits, en essayant de rester succincte. Dimanche en fin d’après-midi, j’ai rendez-vous avec la sage-femme pour une énième consultation de dépassement de terme. Elle me propose un décollement des membranes que j’accepte. Je rentre tranquillement à la maison où les contractions s’installent dans la soirée. Vers minuit, ma mère est arrivée pour garder le Poussin et la sage-femme prévenue, nous partons pour la maternité. La salle de pré-travail est très agréable, elle ressemble plutôt à une grande chambre d’hôtel avec un lit double, un canapé et une grande baignoire. Nous restons là plusieurs heures, au rythme du travail qui s’intensifie. La sage-femme écoute régulièrement le cœur du bébé et me propose différentes positions ou options pour mieux supporter la douleur (bain, ballon…), mais elle nous laisse tous les deux la plupart du temps. La douleur monte crescendo et j’ai de plus en plus de mal à la supporter. Le Coq alterne entre se faire broyer les mains et me masser vigoureusement les reins (j’avais des marques le lendemain…).

Après un dernier bain, je décide de passer en salle de naissance (on ne peut pas accoucher dans la salle de pré-travail car elle n’est pas au même étage que le bloc opératoire…) car j’ai peur de ne plus pouvoir bouger après. Arrivés là, la douleur devient carrément intenable. J’ai l’impression d’être dans un épisode de 24 heures face à Jack Bauer sauf que je n’ai pas la moindre idée de quoi lui dire pour qu’il arrête. Je ne trouve rien qui me soulage, je voudrais juste que ça s’arrête, même cinq minutes. La sage-femme m’explique que le bébé n’arrive pas bien à s’engager car la poche des eaux est très importante et l’empêche de progresser. En prime il se présente dos contre mon dos (en OS pour les intimes*), ce qui est moins favorable. Il peut y en avoir encore pour deux heures, et je ne vois déjà pas comment je vais pouvoir supporter la prochaine contraction (même en hurlant et en insultant tout le monde). J’essaie le gaz hilarant mais le masque m’étouffe, je n’arrive pas à le garder. La sage-femme propose soit de percer la poche des eaux soit d’appeler l’anesthésiste. Je prends la première option même si la seconde est plus que très tentante (mais je m’imagine que le temps total pour avoir l’anesthésie risque d’être proche du temps qu’il reste pour que le bébé sorte). La rupture de la poche est censée rendre les contractions plus douloureuses, mais dans mon cas cela les rend un poil moins intolérables. Je trouve une sorte de second souffle en me mettant à quatre pattes sur la table d’accouchement et en poussant un peu pendant les contractions. Je n’irais pas jusqu’à dire que ça va mieux, disons plutôt qu’au lieu d’envisager de sortir le bébé en m’ouvrant le ventre avec les dents je me dis que je pourrais peut-être tenir quelques minutes de plus. Le bébé en question progresse, j’essaie de l’accompagner ou au moins de ne pas me bloquer mais chaque nouvelle sensation semble encore plus douloureuse que la précédente. Il est à nouveau bloqué par un reste de col, que la sage-femme doit tenir pendant qu’une contraction lui permet d’avancer, tandis que je lui hurle d’arrêter (je vous laisse imaginer à quel point ce type d’opération peut être agréable). Finalement il arrive enfin au dernier passage, horrible sensation de brûlure qui me paraît interminable mais au moins la fin est là. La sage-femme me propose de toucher sa tête, je lui crie de le sortir, je veux juste que ce soit fini et vite. Et là, enfin, enfin, enfin, tout s’arrête. Il est 6h07.

Je m’allonge sur la table pendant qu’elle débobine le cordon (apparemment y en a qui faisaient des scoubidous pour passer le temps ces derniers jours) puis me donne le bébé. Sans doute le contre-coup de l’épreuve, je me mets à grelotter violemment, je suis transie de froid. La sage-femme craint que cela n’annonce un problème mais finalement un bon édredon suffit à me réchauffer pour faire la connaissance de l’Oeuf. Lui est très calme, il ne pleure pas et nous regarde. Le cordon a cessé de battre, la sage-femme le coupe (ni le Coq ni moi n’en avons envie). Le placenta est déjà décollé, je n’ai qu’à pousser quelques fois pour le faire sortir ; voilà au moins une source potentielle de problèmes facilement évacuée. L’Oeuf demande rapidement le sein et le tète goulûment. Tous les soins sont fait dans mes bras, à part la pesée bien sûr qui est faite sur la table d’à côté. La suite est beaucoup plus ennuyeuse et agréable : nous restons encore dans la salle, le temps de prendre le petit déjeuner, avant de remonter dans notre « chambre » de pré-travail, où nous attendons le pédiatre en dormant tous les trois sur le grand lit. Enfin vers 16 heures, toutes les formalités réglées (et déjà marre de la clinique), nous repartons tous les trois à la maison.

Voilà grosso modo pour les faits, le plus délicat étant maintenant d’essayer de prendre un peu de recul sur cette expérience et de tenter une sorte de bilan. Il s’agit bien sûr de ma petite expérience personnelle qui n’a pas valeur de généralité ; chacune vit les choses différemment. Evidemment, je ne peux pas m’empêcher de comparer avec la naissance du Poussin, bien différente puisque sous péridurale. Franchement, je ne m’attendais pas à souffrir autant. J’étais beaucoup plus sereine et joyeuse lorsque j’ai donné l’ultime poussée qui a fait sortir le Poussin ; je ne peux honnêtement pas dire que la naissance de l’Oeuf était le plus beau jour de ma vie. Et je n’ose pas imaginer ce que cela peut être de vivre une naissance sans péridurale avec un protocole rigide à supporter (monitoring continu, position imposée etc) ; en ce qui me concerne je pense que c’est purement et simplement de la torture. J’ai lu un certain nombre de récits de naissances physiologiques où les femmes racontent avoir enfin senti toute la puissance de leur féminité, et vécu une expérience quasi-mystique. Personnellement la puissance de ma féminité je la sens mieux avec une tenue séduisante qu’à quatre pattes les fesses à l’air à hurler que je n’en peux plus et à insulter tout le monde. Ce ne sont pas non plus des circonstances dans lesquelles je me sens fière et triomphante ; j’ai plus l’impression de m’en être pris plein la figure que de pouvoir me vanter d’avoir passé une épreuve difficile.

Ceci dit autant j’étais curieuse de cet aspect, autant ce n’était pas ma motivation première pour accoucher dans ces circonstances. Pour moi, il s’agissait de donner toutes ses chances à l’Oeuf pour avoir une naissance aussi physiologique que possible. Dans ce sens, c’est plutôt un succès. Ce n’était pas une naissance facile : gros bébé se présentant « mal », poche des eaux gênant la progression… L’absence de péridurale m’a « forcée » à me mettre à quatre pattes ce qui apparemment lui a permis de s’engager et de progresser efficacement, et même de faire le grand tour pour arriver dans la « bonne » configuration (présentation OP). Il n’est pas impossible qu’en d’autres circonstances il ait été nécessaire de recourir à une méthode instrumentale (forceps ou autres) pour l’aider à sortir. Je ne sais pas dans quelle mesure cela a joué, mais il est arrivé avec une tête parfaitement ronde et lisse, et un calme olympien (pas comme sa mère). Ceci dit son frère n’était pas dramatiquement différent sur ces points.

En ce qui me concerne, sur le plan physique, j’ai un gros bonus : mon Oeuf de 4,4 kg et 36 cm de périmètre crânien a laissé mon périnée intact, sans une égratignure. Très appréciable. D’après la sage-femme, la délivrance a été accompagnée d’une perte de sang minime, ce qui est également positif. Je récupère plutôt vite et bien, mais c’était aussi le cas pour la naissance du Poussin.

Finalement, si troisième il devait y avoir, je ne sais pas honnêtement ce que je ferais. Le Coq (qui trouve le récit un peu édulcoré : rajoutez ça et là une bonne dose de hurlements et autres menaces de vasectomie pour compléter le tableau) m’a déjà dit que ce serait avec péridurale ou sans lui, pour vous donner une idée du bon moment qu’il a passé (enfin il reste ouvert à la discussion). De mon côté j’ai déjà du mal à envisager de revivre ça, et encore moins sans lui. En toute honnêteté je ne sais pas si les bénéfices retirés valaient un tel prix pour moi. Mais on a du temps pour y réfléchir…

Quant à la suite des aventures avec le retour précoce à la maison, je vous en parlerai dans un prochain billet. En attendant il est temps de rebaptiser les poussins après l’éclosion de l’Oeuf : le Poussin devient Pouss1 et l’Oeuf Pouss2.

*Pour tout savoir sur les différentes présentations, voir le site de Césarine.

(Image : This is Broken)