Avant j’avais des principes, maintenant j’ai des enfants


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IVG : la tête ou le coeur – le témoignage de Leila

Par  • Le 4 mars 2013 à 7:44 • Catégorie : Guests, IVG, Surmonter

Un nouveau témoignage d’IVG aujourd’hui avec Leila, que je remercie beaucoup de venir partager avec nous. Si vous aussi vous souhaitez raconter votre histoire d’IVG ou de fausse-couche, il suffit de me l’envoyer à lapoulepondeuse at gmail point com. Si vous vous trouvez dans une situation de grossesse non désirée, un billet d’information est disponible ici (c’est aussi sous ce billet que je vous demande de commenter si vous voulez discuter autour de l’IVG, les commentaires du témoignage étant réservés à celui-ci). 

 Bruxelles, janvier 2013. Je me sens mal. Très mal. Je n’arrive plus à dormir. Ma tension est très basse. Je suis épuisée. J’ai mal au ventre, des nausées. Je pleure beaucoup. Je dois m’absenter au travail, le temps de comprendre ce qui se passe dans mon corps. J’imagine le pire. Après quelques jours, maman me propose de faire un test de grossesse. C’est impossible, je suis sous stérilet. Je le fais quand même.

Positif.

Je ne me sens pas enceinte, je n’ai pas pu connecter avec l’embryon. Je suis malade. Je sens que je n’y arriverai pas. J’ai déjà deux enfants, de 4 et 6 ans. J’ai 39 ans, mon mari 44. Maman, notre unique soutien, a 68 ans. Cette fois-ci, ni mon mari ni ma maman n’ont l’énergie nécessaire pour m’entourer. Moi aussi je suis fatiguée : déjà deux amours à gérer, un travail aux horaires fatigants.

Je suis de plus en plus mal. Ma tête tourne : que se passera-t-il si je n’ai pas la force physique  de mener cette grossesse à terme ? Pour moi mais
aussi pour le futur bébé ? Que se passera-t-il s’il y a un problème (risques plus élevés à cet âge quand même ; j’avais bu un peu et pris
quelques médicaments, ne me sachant pas enceinte), pour moi ou pour lui ? Que se passera-t-il pour mes deux amours, déjà là et bien réels ?
J’ai peur, très peur. Je panique. Quelle sera notre vie avec trois enfants ? Je n’y arriverai pas. Je ne saurai pas gérer cela. Comment pouvoir leur payer des études, leur accorder assez de temps dans toutes les étapes que la vie réserve ?
J’ai peur, il faut se décider, le délai pour l’IVG approche.

Je me décide, c’est la moins mauvaise solution, je me sens mal, je pleure, je pleure, je pleure beaucoup. Je n’ai pas de réel choix. La veille, j’avais rediscuté avec ma mère et mon mari. Aucun d’eux ne m’a poussée à le garder. Je ne leur en veux pas, ils sont fatigués eux aussi.
Le jour de l’intervention (8 semaines et 5 jours d’aménorrhée), je verse toutes les larmes de mon corps. Je suis prise d’une tristesse infinie.
L’embryon n’a pas souffert. Moi tellement ! Inconsciemment, j’aurais voulu le garder, j’aurais voulu être plus jeune, avoir plus d’entourage, pouvoir assurer à tous mes enfants un avenir digne et leur offrir une mère détendue…

Aujourd’hui, environ un mois après l’intervention, je suis encore infiniment triste quand j’y repense, c’est-à-dire à peu près à chaque
minute. Je ne sais pas quel autre chemin ma vie aurait pu prendre. Mais je sais que l’IVG peut nous arriver à toutes. Que c’est une épreuve extrêmement douloureuse et éprouvante psychologiquement (en tout cas pour moi ce fut le cas).
Et que, parfois, on ne peut parler de réel choix. Car le vie nous rattrape. Accueillir un bébé, ce n’est pas seulement l’aimer ni lui changer ses couches. C’est aussi se sentir assez solide pour pouvoir répondre à tous ses autres besoins, et ce toute sa vie durant.

La tête a parlé.
Pour le cœur, c’est autre chose…

Photo : Doug88888 sur Flickr

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30 Commentaires »

  1. Bouleversant…
    Pleins de courage…
    Je pense que tu l’as fait pour toi, mais également pour ta famille…

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    leilaNo Gravatar a répondu :

    Merci Soma

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  2. Plein de pensées, Leila …

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    leilaNo Gravatar a répondu :

    Un grand merci Béatrice

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  3. Oh, comme c’est dur!
    je comprends cette douleur.

    Répondre

    leilaNo Gravatar a répondu :

    Merci Madeleine. Et pourtant je sais que chaque femme réagit différemment face à l’avortement et que toutes n’en souffrent pas nécessairement.

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    leilaNo Gravatar a répondu :

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  4. Bon courage, à toi et toute ta famille.
    Peut-être qu’un rituel ou une forme d’au revoir propre à votre couple (comme dans le témoignage précédent) vous aiderait à faire le deuil ?

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    leilaNo Gravatar a répondu :

    Merci Oops. Mais vois-tu, je crois que ce genre de pratique n’est pas pour moi. En effet, si j’ai pu avoir recours à l’avortement, c’est parce que je sais que l’embryon n’a pas souffert et que je me persuade qu’il s’agit de cellules à ce stade. Bien sûr, il y a toute la symbolique autour de la maternité et, malheureusement, ce tas de cellules est bel et bien chargé émotionnellement (pour moi aussi!). Mais si je pratique ce genre de rituel, alors mon argumentation ne tient plus et, là, ce serait trop dur pour moi, enfin je pense. Merci quand même pour ton intervention!

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    oopsNo Gravatar a répondu :

    @leila, Je n’y avais pas pensé ; je note au cas où j’ai de nouveau l’occasion de recevoir les confidences d’une copine dans le même cas… Merci pour ton témoignage.

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  5. Leila, je suis très touchée par ton témoignage. Tu dis avec tellement de simplicité ce que nous ressentons avec tellement d’émotion. Comment réagirais-je dans la même situation ? Les accidents existent. Comment surmonter la douleur de cette décision, comment se persuader que la raison doit prendre le pas sur le coeur ? Je ne sais pas. J’espère juste ne jamais être y être confrontée. A mes yeux tu as pris une décision pleine de courage et d’amour pour tes deux enfants. Tu as entièrement raison : un bébé ce n’est pas seulement changer des couches et faire risette. C’est un projet sur toute la vie du couple qui ne doit pas mettre en danger les chances de réussite des autres enfants de la fratrie. Je te souhaites plein de bonheur.

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    leilaNo Gravatar a répondu :

    Merci beaucoup Meduse69!
    Malheureusement, je ne saurai jamais vraiment si j’ai pris la bonne décision. Et peut-être qu’après tout, dans la vie, il ne faut pas être trop sage / rationnel?
    Tous ces doutes sont douloureux, car, évidemment, un enfant peut aussi apporter tant de bonheur (dans de bonnes conditions)…

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  6. Tu sais, tu n’es pas obligée de faire le deuil d’un bébé, tu peux aussi faire le deuil d’une grossesse. Le deuil concerne aussi nos espoirs, nos projets, nos capacités. Parfois il faut faire le deuil de l’idée de ce qu’on pensait être capable de faire, se dire qu’on n’a pas su affronter quelque chose, que c’est un fait et que ça ne fait pas de nous un lâche ou un faible. Un petit rituel peut aider effectivement sans qu’il te paraisse bizarre ou déplacé. Écrire ce que tu ressens (tu l’as déjà fait en quelque sorte ici) puis le jeter ou le mettre dans un cahier à part, tout en gardant en tête que c’est symbolique, par exemple.

    Bon j’arrête la partie conseil, c’est souvent la dernière chose à faire pour consoler une personne…

    On se connait pas (fatalement), mais c’est un témoignage qui ne peut pas laisser indifférent. J’espère que tu arriveras à surmonter cette épreuve, ne plus ressentir cette tristesse infinie dont tu parles.

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    leilaNo Gravatar a répondu :

    merci « la sorcière » pour toutes ces lignes réconfortantes et ces bons conseils.
    On présente souvent la grossesse comme quelque chose de magnifique (et ça l’est souvent, je l’ai vécu aussi) mais il s’agit quand même de se sentir capable physiquement (et psychiquement) de mener à terme une grossesse. On porte la vie (un petit moment ou pendant 9 mois) et, si l’on décide d’aller au bout, on a une énorme responsabilité (comme par exemple ne pas fumer pour celles qui fument, ne pas prendre de substances potentiellement dangereuses pour le bébé, se préparer à l’accouchement, se ménager, etc. etc.). Il est terrible de se sentir investie d’une telle responsabilité lorsqu’on y est pas prête (sans parler de l’après grossesse).

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  7. Tu as tout mon soutien pour traverser cette épreuve.

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    leilaNo Gravatar a répondu :

    merci Blanche

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  8. Parce que c’est une de mes hantises récurrentes, une partie de ce témoignage m’interpelle tout particulièrement. Enceinte, avec un stérilet !?! Moi qui me serine régulièrement que c’est pur psychotage d’avoir peur d’être enceinte avec une telle protection, voilà qui n’est pas pour me rassurer. Serait-ce trop demander que d’avoir quelques précisions sur la question ?

    Bon courage et merci pour ce témoignage.

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    pétrolleuseNo Gravatar a répondu :

    @Berzingh, aucune méthode contraceptive, à l’exception de l’abstinence, n’est efficace à 100%. Le DIU, ou stérilet, a un taux d’échec (appelé aussi indice de Pearl) de 0,1 à 0,6% (selon qu’il s’agit d’un DIU hormonal ou d’un DIU au cuivre), ce qui en fait un des moyens de contraception les plus fiables qui soient. En comparaison,la pilule contraceptive, en utilisation optimale, a un indice de Pearl de 0,3%, mais, en utilisation habituelle, on estime que 6% des femmes qui l’utilisent tombent quand même enceinte (principalement à cause des oublis qui sont assez courants).

    http://contraception.comprendrechoisir.com/comprendre/sterilet
    http://contraception.comprendrechoisir.com/comprendre/pilule-contraceptive

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    leilaNo Gravatar a répondu :

    merci pour cette intervention Pétrolleuse

    Répondre

    leilaNo Gravatar a répondu :

    Répondre

    leilaNo Gravatar a répondu :

    Bonjour Berzingh,
    Le commentaire de pétrolleuse t’apportera effectivement plus de précisions. Dans une société où l’on se croit à l’abri vu les progrès de la médecine, on oublie souvent les taux d’échec. Le pire, c’est que j’avais mis un an à chaque fois avant de tomber enceinte de mes deux premiers amours, très très attendus.

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    BerzinghNo Gravatar a répondu :

    @leila et prétrolleuse, je sais bien que ce taux d’échec existe, mais c’est toujours perturbant de véritablement réaliser que même si on suit le mode d’emploi à la lettre, on peut se retrouver dans ce petit 0,1 à 0,6% (qui n’est pas si petit que ça à l’échelle d’une population). Les vendeurs de test de grossesse ont de beaux jours devant eux avec moi… :/
    Merci pour réponses.

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  9. En voyant ce qui se passe en Irlande et les manifestations contre l’avortement, d’autres réflexions me sont venues à l’esprit:
    Je pense que le terme « non désiré » est très culpabilisant pour la femme. Il ne s’agit pas de rejeter un beau bébé mais plutôt de se sentir prête pour affronter le marathon qu’est une grossesse non planifiée et ses conséquences. Pour avoir vécu les deux, il y a pour moi une énorme différence entre une grossesse planifiée et investie dès le début et une grossesse surprise, résultat d’un échec de contraception.
    En tant que maman, j’aime tous mes enfants…mais je n’ai simplement pas eu le courage, à ce moment-là, de courir ce marathon-là. Et ce n’est pas simple de se sentir si faible tant les enjeux sont grands…

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  10. je pense leila que tu as du prendre une décision difficile, peser le pour et le contre avant d’en arriver là ! J’admire exceptionnellement ton courage, car prendre une décision nécessite une grande force, contrairement à l’attente de ce qui va suivre.

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    leilaNo Gravatar a répondu :

    @Annie, merci pour tes commentaires.
    Malheureusement, je me demande aujourd’hui si je n’ai pas présumé de mes forces et si j’ai eu raison de m’infliger une telle souffrance. Peut-être n’aurait-ce pas été si dramatique que cela de laisser grandir cet embryon? En tout cas, cette grossesse était beaucoup trop angoissante pour moi. Avec du recul (même deux mois), on voit parfois les choses différemment.

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  11. Un témoignage vraiment poignant, et je n’imagine pas cet énorme pincement au coeur que vous avez du avoir… C’est une preuve d’un courage infini.

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    leilaNo Gravatar a répondu :

    @Jeanne, je ne sais pas si on peut parler de « courage ». C’est plutôt l’angoisse de l’avenir qui m’a poussée.Il y avait quelque chose qui m’empêchait de profiter de cette grossesse comme une femme enceinte épanouie. A ce stade, plus de salut possible: en le gardant, j’avais l’impression d’être inconsciente; en avortant, j’ai l’impression d’avoir créé beaucoup de souffrance (et était-ce réellement bien nécessaire? aurais-je pu prendre de la hauteur et relativiser?) Dur, dur. Impossible d’en parler sans larmes aux yeux.
    Merci pour le commentaire.

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  12. Témoignage bouleversant! J’espère que tu t’es senti un peu mieux après ce partage? Va de l’avant maintenant! Je ne te demande pas d’oublier car on ne peut oublier cela mais fait le pour les 2 qui sont là et qui comptent sur toi. Courage!

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    leilaNo Gravatar a répondu :

    Merci Dimple!

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