Avant j’avais des principes, maintenant j’ai des enfants


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La journée des mères actives

Par  • Le 9 février 2012 à 23:21 • Catégorie : News, Réfléchir

 Comme je l’avais annoncé ici, j’ai assisté le 9 février à la première journée des mères actives, à la sympathique invitation de l’équipe de Maman travaille (dont je salue ici bien bas le travail magistral). Maman travaille, c’est un des premiers blogs que j’ai découverts, forcément intéressée par la problématique, même si je n’étais pas d’accord avec tout ce qui s’y disait (mais n’est-ce pas là la beauté d’internet que de pouvoir se frotter à des opinions et points de vue différents des nôtres ?), c’est maintenant un réseau et une association. Autour de la problématique des mères actives ont été abordés plus généralement l’articulation entre vie professionnelle et vie privée, la discrimination et bien d’autres questions qui nous touchent finalement tous. Selon mon engagement, j’en ai également fait un copieux Live tweet qui a noyé mes malheureux abonnés Twitter sous un flot d’extraits. Je dois dire que j’ai globalement été très impressionnée par la qualité des intervenants. A travers ce billet je vais essayer de vous donner plutôt une vision plus synthétique et forcément partielle de la journée, vraiment passionnante, sachant que l’équipe d’organisation fera sans doute une restitution plus exhaustive (tout a été filmé).

Un des leitmotivs de la journée pour moi : oser ! Oser se mettre en valeur, oser viser plus haut, oser demander un poste même si on ne se sent pas à 100% (120% ?) légitime pour le prendre… Comme l’a dit l’incroyable Aude de Thuin*, les femmes souffrent culturellement d’un manque de confiance en elles. Et en parallèle, ainsi que nous y incite Brigitte Grésy (une autre des stars du jour), les femmes doivent organiser leur incompétence parentale et ménagère, afin que les hommes prennent toute leur place dans la sphère familiale. Ceux-ci n’étaient d’ailleurs pas en reste (citons Till the Cat, père au foyer, et Mercredi C papa, une des rares associations d’hommes à s’intéresser à ces questions), et il ressort que les femmes d’aujourd’hui ne combattent plus contre les hommes mais AVEC eux (l’importance du bon choix du mari est d’ailleurs ressortie plusieurs fois comme un facteur clé de succès professionnel des femmes). On voit des effets positifs pour les hommes de s’impliquer dès les premiers jours auprès de leur bébé (cela augmenterait leur espérance de vie !) et également de promouvoir la parité en général ainsi que la flexibilité du temps de travail, ce qui augmente la performance mais également leur permet de passer sous le plancher de verre. Oui, car autour du plafond de verre c’est une vraie maison en fait, avec la métaphore déclinée à l’infini : plancher, murs, labyrinthe, et même escalators pour ces messieurs !

Il a été martelé tout au long de la journée que les valeurs, les compétences, les activités et les métiers que nous définissons comme féminins sont en réalité des stéréotypes culturels (si vous n’êtes pas convaincu lisez l’excellent livre de Brigitte Laloupe alias Olympe qui était là pour nous en parler), ce qui n’empêche que nous gagnerons tous à augmenter leur visibilité et leur attractivité : comme l’a souligné François Fatoux, délégué général de l’ORSE, si on cherche à attirer les femmes dans les métiers traditionnellement masculins (notamment en sciences) on ne fait pas la démarche inverse (combien d’hommes dans les métiers de la petite enfance ?). Il faut augmenter la visibilité des femmes au travail (et en particulier en situation de responsabilité) et celle des hommes au foyer, y compris dans la pub, mais aussi dans la presse, comme l’a rappelé Isabelle Germain.

Concrètement, je n’ai pas vraiment vu passer de solution révolutionnaire à tout cela. On a parlé modes de garde, avec le manque de places en crèche et la crèche d’entreprise qui n’est pas forcément la panacée (n’est-ce pas Mère Bordel ?), on a discuté congés parentaux/paternité/maternité : plus ? moins ? pour qui ? Ségolène Finet, s’appuyant sur son expérience aux Etats-Unis, a rappelé que le congé maternité se paie par une discrimination à l’emploi : si on ne veut pas de cette discrimination il faut un congé pour les deux parents ou un congé pour personne (ce qui est le cas aux US). On a également eu plusieurs intervenants pour rappeler qu’on ne peut pas être hyper performant sur tous les plans à tous les moments, avec l’idée de respecter les différents temps de la vie. Le congé parental (à temps partiel ou complet) est montré comme une respiration, voire comme un MBA où on apprendrait de nouvelles compétences ! Le télétravail est plébiscité, même si ses inconvénients ne sont pas occultés (incompatible avec la garde d’un enfant et source d’une trop grande porosité entre vie pro et vie privée). L’entrepreneuriat, s’il a le vent en poupe, n’est pas forcément la panacée, notamment avec des enfants en bas âge. Le temps partiel, et notamment le 80%, a été très critiqué (en gros même travail à faire en moins de temps et payé moins, incompatible avec l’ascension hiérarchique). Il semble pourtant mieux fonctionner voir être prisé par les hommes dans d’autres pays comme la Suisse. On n’a pas trop parlé de travail qu’on puisse faire AVEC les enfants (allez donc voir chez Alisabel pour quelques idées, comme toujours décoiffantes, sur ce sujet).

Mais peut-on vraiment avoir des solutions uniques pour tous ? La journée était très axée sur des problématiques de cadres supérieurs, de bobos. Aurélie Gastineau a rappelé que beaucoup de femmes ont un salaire quasi équivalent au coût de leur travail (garde de l’enfant, transport etc), ce qui dans un contexte économique tendu rend l’emploi salarié peu attractif. Attention aussi aux solutions à première vue cosmétiques, comme le jeudi des pères, qui une fois par mois (!! à terme par semaine) partiraient à 18 h, ou ce père qui expliquait tout fier avoir raté une réunion importante pour aller au conseil de classe. Les solutions ne sont pas les mêmes si on a un travail « de présence » (notamment en relation directe et physique avec le public ou le client : caissier, infirmier, commerçant…) ou « de dossier » (comme beaucoup de cadres) : l’un sera plus propice au temps partiel et l’autre au télétravail par exemple. De même, on a peu abordé les professions libérales, le public, les PME et TPE, les familles recomposées, homoparentales et bien d’autres cas, même s’il a été souligné que l’entreprise avait intérêt à étudier individuellement les besoins de chaque salarié. J’ai beaucoup aimé cette proposition de Laurence Cocandeau-Bellanger : il n’y a pas d’Idéal avec un grand I, il faut trouver son idéal à soi.

Enfin la journée a commencé et terminé autour de deux One woman shows, très complémentaires et également hilarants : le matin un extrait de Je suis top de Blandine Métayer, et l’après-midi Olivia Moore et son mythique « Bref, je suis une mère active ». J’avoue que ça m’a tellement donné envie que je serais tentée de proposer deux petites sorties aux poulettes parisiennes que ça tente : faites signe en commentaire.

En bref une belle journée, très inspirante et motivante, avec en prime la joie de rencontrer ou de revoir un certain nombre de chouettes personnes (elles se reconnaîtront) : un grand merci à Maman travaille !

*J’ai eu un véritable coup de coeur pour cette femme. Fondatrice du Women’s forum, avec un CV boulimique et une classe admirable, elle réussit en parallèle à rester vraie, sincère, émouvante, bref l’alliance parfaite du yin et du yang.


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110 Commentaires »

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  3. Je restais un peu sur ma faim en ayant l’impression de « troller » ce sujet, car je n’arrivais pas à trouver les mots pour expliquer avec un peu de recul le malaise que je ressens venant d’une certaine vision du féminisme, dans lequel je ne me retrouve pas.

    Or je suis en train de lire « Beauté fatale, Les nouveaux visages d’une aliénation féminine », sur le site des éditions Zones et je pense acheter le livre pour le terminer, car l’analyse est vraiment intéressante, et m’éclaire sur mon ressenti.
    Je vous en livre un extrait (à effacer si ce n’est pas autorisé) :

     » On ne peut espérer critiquer efficacement la réduction des femmes à leur apparence sans examiner toutes les raisons qui font qu’elles marchent dans ce conditionnement ; sans admettre les séductions réelles sur lesquelles il s’appuie. Il s’agit peut-être bien là d’un objet d’étude qui oblige à produire une radicalité nuancée. Notre hypothèse sera que, si le « complexe mode-beauté », comme l’a appelé la féministe britannique Angela McRobbie, connaît une telle prospérité, c’est parce qu’il est seul, dans la société, à prendre au sérieux une certaine culture féminine.
    De génération en génération, les femmes se sont en effet constitué bien malgré elles une culture partagée, officieuse, illégitime. Certains objets de préoccupation leur ont été assignés par l’ordre social ou ont été portés à leur attention par leur condition de dominées. C’est la théorie de la philosophe Séverine Auffret : « Au fil de l’histoire, les femmes ont développé une culture particulière, qui tient au rôle qu’on leur a donné, aux positions dans lesquelles on les a cantonnées – un peu comme les esclaves ont été amenés à développer certaines valeurs qui n’étaient pas celles des maîtres, ou comme le prolétariat, lui aussi, s’est constitué une culture propre, de résistance à la culture dominante. Il me semble qu’il y a là une richesse qui ne doit pas être reniée, mais, au contraire, revendiquée » Christine Bard, elle aussi, l’affirme implicitement lorsqu’elle place en exergue de Ce que soulève la jupe cette citation de Virginia Woolf : « Quand une femme se met à écrire… elle constate sans cesse qu’elle a envie de changer les valeurs établies : rendre sérieux ce qui semble insignifiant à un homme, rendre quelconque ce qui lui semble important. Et naturellement, la critique l’en blâmera. » Précisons qu’il s’agit bien d’une culture et qu’il n’y entre aucun déterminisme biologique ; c’est-à-dire que de nombreuses femmes n’y adhèrent pas et que de nombreux hommes en partagent certains traits, sans forcément les identifier comme « féminins ».
    Le sort qu’il convient de réserver à cet héritage particulier n’a cessé de diviser les féministes. Les unes rejettent sans barguigner ce qu’elles ne voient que comme des stéréotypes aliénants ; les autres ont envie, au contraire, de revendiquer ces centres d’intérêt que la culture officielle méprise et dont elle s’est débarrassée sur le féminin. Une même femme peut osciller entre ces deux attitudes, qui sont, estime Susan Bordo, « deux pôles de tension aussi nécessaires l’un que l’autre au combat féministe et au changement socialnote ». En effet, il s’agit à la fois de provoquer une « transformation de la culture », en interrogeant l’ordre symbolique en place, et d’« abattre les barrières qui interdisent aux femmes l’accès à des terrains réservés aux hommes ». Trouver le bon dosage entre les deux démarches relève d’une alchimie délicate. Bordo remarque qu’elle-même, devenue une professeure d’université respectée, peut désormais laisser parler des traits « féminins » de son identité et proposer un modèle d’autorité professorale qui leur doit beaucoup ; durant ses études, en revanche, pour sa survie professionnelle, elle était obligée de reproduire les comportements masculins.
    (…)
    Les préoccupations auxquelles les femmes ont été assignées n’ont, en elles-mêmes, rien d’aliénant ni de réactionnaire. Elles peuvent même représenter un atout indéniable, car elles offrent un regard sur le monde différent de la vision dominante. Elles deviennent cependant aliénantes lorsque les femmes y sont cantonnées et se voient refuser, ou se refusent à elles-mêmes, l’accès à des prérogatives masculines ; mais aussi lorsque ces centres d’intérêt sont récupérés par le complexe mode-beauté, seul à leur offrir une possibilité d’expression.  »

    Bon, c’est peut-être un peu long, mais c’est instructif !

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    La poule pondeuseNo Gravatar a répondu :

    @oops, ah mais il FAUT lire « Beauté fatale » ! sinon j’ai un billet sur ma vision du féminisme qui me trotte dans la tête mais je ne sais pas quand j’aurai le temps de le mettre au propre 😉

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  4. Pour celles que l’éducation des enfants intéressent, voilà un site où une doctorante a fait une étude des catalogues de jouets, , vous ne regarderez plus jamais un catalogue du Père (Mère!) Noël de la même façon !
    http://www.enfanceetcultures.culture.gouv.fr/actes/zegai

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    La poule pondeuseNo Gravatar a répondu :

    @Cathalapointe, moi je les regarde déjà avec horreur 😆

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  5. Hello les Poulet(te)s, j’ai à peine le temps de lire tous les commentaires en ce moment. 🙁
    J’ai un petit projet dans les tuyaux et je recherche des idées. J’ai bien avancé mais j’aimerais avoir aussi votre point de vue/ vos idées. Si votre employeur préféré mettait en ligne un intranet dédié aux parents et futurs parents (pères y compris), quelles informations aimeriez-vous absolument y retrouver ? Je suis preneuse.

    La Poule, j’espère que cela te convient si j’utilise ton blog. Sinon, n’hésite pas à effacer mon message.

    En tout cas, merci !

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    La poule pondeuseNo Gravatar a répondu :

    @rysy, hé non au contraire, pas de souci. Moi j’aimerais bien y voir un récap de tous les droits et devoirs des parents : ce qui dépend de la loi (code du travail), de la convention collective et puis d’arrangements spécifiques à la boîte. Peut-être aussi un guide sur les aides disponibles dans la région (CAF mais aussi CG etc) ainsi que les modes de garde et qui contacter pour quoi.
    Et bien sûr un lien vers la basse-cour de la poule pondeuse :mrgreen: :mrgreen: 😆 😆

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    rysyNo Gravatar a répondu :

    @La poule pondeuse, Merci merci ! Je n’avais pas pensé aux aides disponibles dans la région.
    Je peux toujours mettre un lien vers la Poule Pondeuse, j’en parle déjà dans ma crèche (d’entreprise, tu sais :mrgreen: ). Mais les blogs sont toujours bloqués. 👿

    Je ne vais surtout pas oublier les infos sur les lieux mis à disposition pour tirer son lait / l’allaitement. J’aurai bien avancé quand, en plus du bouquet envoyé à la naissance, la jeune maman recevra chez elle un courrier lui précisant que ces salles existent et qu’elles sont à sa disposition. 😛 Il me reste un peu de lobbying à faire.

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  6. […] journée sur le site Mamantravaille ou sur Youtube. La Poule Pondeuse a également rédigé un billet ainsi que Zen et […]

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